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  • Les douleurs de l’avant-pied: diagnostic et possibilités de traitement

Douleurs de l’avant-pied : démarche diagnostique et indications thérapeutiques

  • Dr Patrick Vienne
  • Examen clinique de l’avant-pied : statique, dynamique et en charge
  • Hallux valgus : étiologie, DMAA et métatarsalgies de transfert
  • Hallux rigidus et arthrose de la première articulation métatarso-phalangienne
  • Métatarsalgies : fracture de fatigue, capsulite et névrome de Morton
  • Logique d’indication : conservateur de première ligne et seuils chirurgicaux
  • Supports plantaires, semelles rigides en carbone et adaptation de la chaussure
  • Infiltration de cortisone péri-articulaire, jamais intra-articulaire sur les petits orteils
  • Ostéotomie de correction (Revel, Akin) et arthrodèse de la première articulation métatarso-phalangienne
  • Excision du névrome de Morton par voie dorsale
  • Examiner le pied dans son ensemble, à la marche, et demander des radiographies en charge
  • Éviter les injections intra-articulaires de cortisone dans les petites articulations des orteils
  • Privilégier l’abord dorsal et proscrire l’abord plantaire dans la chirurgie de l’avant-pied
  • Proposer un traitement conservateur en première intention avant tout adressage chirurgical

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Patrick Vienne, lunch meeting, 2015

L’avant-pied douloureux est un motif fréquent de consultation en médecine de premier recours, souvent jugé délicat tant sur le plan diagnostique que thérapeutique. Le pied est une structure très complexe, comportant entre 29 et 34 os, plus de 30 articulations et une centaine de ligaments, et ses différents segments interagissent étroitement sur le plan biomécanique, ce qui impose de raisonner sur l’ensemble du pied, de l’arrière-pied à l’avant-pied. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la valeur de l’examen clinique statique et dynamique, complété par un bilan radiologique en charge, puis hiérarchise les options de traitement. Les pathologies se répartissent schématiquement en déformations, atteintes arthrosiques et syndromes de surcharge, dont la prise en charge reste conservatrice en première intention. L’objectif est de fournir des repères de bilan, de prudence thérapeutique et d’adressage.

Examiner l'avant-pied dans le contexte du pied entier

Le pied est une structure anatomiquement très complexe, qui comporte entre 29 et 34 os, plus de trente articulations, une centaine de ligaments et une trentaine de muscles intrinsèques et extrinsèques, vascularisée par trois artères principales et innervée par cinq nerfs majeurs. Cette densité anatomique explique que tout examen doive partir d’une représentation précise des structures, puisque la démarche diagnostique consiste à rechercher la modification d’une structure donnée, inflammation, malformation ou défaut d’axe. Sur le plan biomécanique, les interactions sont étroites entre arrière-pied, médio-pied et avant-pied : un trouble débutant à la cheville ou au talon se répercute rapidement vers l’avant par adoption d’une démarche de surcharge ou de décharge, au point qu’il devient parfois impossible de situer l’origine du problème.

L’examen doit donc rester global et dynamique. Il convient d’observer le pied à la marche, en statique comme en charge, afin de repérer les défauts d’axe qui orientent vers un diagnostic précis avant de se focaliser sur la zone douloureuse. L’avant-pied est en effet soumis à des contraintes considérables, majorées par certaines activités, par l’obésité ou par le port de chaussures à talon haut. Cette analyse mécanique préalable conditionne autant la valeur du diagnostic que la pertinence des options thérapeutiques proposées, qu’elles soient conservatrices ou chirurgicales.

Le pied est une structure anatomiquement et biomécaniquement très complexe, qui comporte entre 29 et 34 os, plus de trente articulations et une centaine de ligaments.

Hallux valgus : décentrage articulaire et effet déformant progressif

L’hallux valgus représente la part majeure des consultations de l’avant-pied. Son étiologie est aujourd’hui rapportée à une composante héréditaire portant sur l’orientation de la surface articulaire de la première articulation métatarso-phalangienne (MP1), traduite par une augmentation du DMAA, l’angle articulaire distal du premier métatarsien, qui n’est plus perpendiculaire à l’axe du métatarsien mais légèrement valgisé. Ce facteur prédisposant, parfois visible dès l’adolescence dans les formes juvéniles, entraîne un décentrage progressif de l’articulation, des os sésamoïdes et surtout des tendons extenseur et fléchisseur du gros orteil. Une fois décentrés, ces tendons agissent comme une force déformante supplémentaire, à la manière d’une corde tendant un arc, ce qui rend la déformation auto-aggravante. Il importe de noter que l’intensité des douleurs n’est pas corrélée au stade de la déformation.

Cliniquement, la douleur prédomine sur la tête du premier métatarsien, où se forme une pseudo-exostose inflammatoire au contact de la chaussure, avec parfois une irradiation proximale le long de l’abducteur et des troubles neurologiques sur le versant dorsal du gros orteil par compression du nerf fibulaire superficiel. L’évolution conduit à un orteil en marteau du deuxième rayon, voire à une luxation de la deuxième articulation métatarso-phalangienne, et à des métatarsalgies de transfert : le premier rayon devient hypermobile et insuffisant, et la charge se déplace vers les têtes métatarsiennes latérales. Cette hypermobilité, aisément reproductible à l’examen, doit être recherchée, car le recentrage chirurgical de la MP1 restabilise le premier rayon et corrige indirectement ces métatarsalgies par redistribution harmonieuse des charges.

Du bilan radiologique en charge à la décision opératoire

Le diagnostic se complète d’un bilan radiologique, dont la règle est de réaliser des clichés du pied en charge, face et profil, afin d’apprécier correctement l’angle de l’hallux comme l’angle intermétatarsien entre le premier et le deuxième rayon. Cette exigence vaut pour tout problème d’avant-pied et pas seulement pour l’hallux valgus, car seul l’appui révèle la situation réelle de l’articulation, le décentrage des sésamoïdes et l’augmentation du DMAA. Le traitement débute toujours, lorsque rien n’a été tenté, par une approche conservatrice : support plantaire à appui médial pour corriger un valgus de l’arrière-pied souvent associé, pelote rétrocapitale en cas de métatarsalgies de transfert, et semelle trois quarts si des points de pression sur des orteils en marteau ne tolèrent pas un appui antérieur. Cette adaptation ne corrige pas la déformation mais peut soulager et freiner son évolution.

Lorsque les douleurs persistent malgré ces mesures, devant une déformation symptomatique et progressive, la chirurgie corrige l’hallux valgus. Plus de cinquante techniques sont décrites ; l’évolution récente vise à restaurer un angle physiologique et surtout à obtenir une correction durable, là où les simples résections des années 1980 et 1990 exposaient à de nombreuses récidives. Les ostéotomies actuelles rétablissent l’équilibre articulaire et l’angle distal du métatarsien. L’ostéotomie de Revel, développée en milieu universitaire et issue d’une modification de plusieurs techniques, se réalise en L par une voie d’abord minimale respectueuse des tissus mous, corrige des angles importants, offre un grand contact osseux comprimé lors de l’appui, est fixée par deux vis en titane laissées en place, autorise l’appui immédiat en chaussure à semelle rigide et reste reproductible. Elle peut être complétée par une ostéotomie d’Akin de la base de la première phalange pour recentrer les tendons.

Hallux rigidus : arthrose de la première métatarso-phalangienne

L’hallux rigidus est le pendant arthrosique de l’hallux valgus, c’est-à-dire l’arthrose de la première articulation métatarso-phalangienne. Principalement primaire, elle repose elle aussi sur un facteur anatomique : un aplatissement de la tête du premier métatarsien, normalement ronde, qui perturbe les mouvements de rotation accompagnant la marche et concentre les contraintes médialement et latéralement. L’usure cartilagineuse qui en résulte crée un déséquilibre articulaire et une progression de l’arthrose, marquée par une perte de mobilité, des douleurs à la palpation et surtout le développement d’ostéophytes dorsaux qui pincent la capsule et deviennent douloureux dans la chaussure. Le tableau typique associe une douleur bien localisée sans déformation apparente.

Le bilan repose sur des clichés standard face et profil, complétés au besoin d’une incidence oblique pour bien objectiver les éperons osseux dorsaux et le pincement articulaire. Le traitement conservateur précède toujours la chirurgie : élargissement de la chaussure pour diminuer la pression sur les ostéophytes, semelle rigide en carbone limitant la flexion dorsale et répartissant mieux les charges, et infiltration de cortisone à visée purement symptomatique, susceptible de différer le geste opératoire. En cas d’échec, le traitement de choix demeure l’arthrodèse de la MP1, réalisée en position neutre pour éviter un défaut d’axe et permettre le port d’une chaussure normale. Elle apporte une nette amélioration des douleurs avec une gêne fonctionnelle minime, autorise la reprise de la marche et de la course, et permet l’appui total dès le premier jour en chaussure rigide pendant six semaines.

Soyez prudent pour injecter l'avant-pied avec de la cortisone : en intra-articulaire, elle fragilise tellement la capsule que celle-ci devient insuffisante et que l'orteil finit par se luxer vers le haut.

Métatarsalgies : un diagnostic différentiel à structurer

Les métatarsalgies constituent un groupe diffus dont le diagnostic différentiel doit être méthodique. La fracture de fatigue s’évoque sur une charge inhabituelle récente, marche prolongée ou déménagement, avec douleurs à l’appui et tuméfaction persistante ; la radiographie initiale reste normale les deux premières semaines, et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) de l’avant-pied est l’examen de choix pour objectiver précocement l’atteinte osseuse et la réaction des tissus mous. Son traitement est conservateur, par décharge en semelle de carbone ou chaussure rigide durant quatre à six semaines ; une récidive sans cause apparente doit faire rechercher une ostéoporose sous-jacente. Les capsulites des petites articulations métatarso-phalangiennes, deuxième à cinquième rayon, surviennent volontiers dans la polyarthrite rhumatoïde et peuvent aboutir à une luxation dorsale instable.

Un point d’alerte mérite d’être souligné à l’intention du référent : ces capsulites peuvent être iatrogènes, induites par des injections intra-articulaires répétées de cortisone qui fragilisent la capsule jusqu’à l’insuffisance et la luxation dorsale chronique, source d’arthrose secondaire difficile à traiter. Il convient donc d’éviter toute injection intra-articulaire de cortisone dans ces petites articulations et de rester en péri-articulaire. Le névrome de Morton, autre entité fréquente, n’est pas une atteinte du nerf mais un tissu cicatriciel développé autour d’un nerf intermétatarsien, comprimé contre le ligament intermétatarsien, le plus souvent dans le troisième ou le deuxième espace. Il provoque des irradiations et des paresthésies des orteils, un soulagement à l’arrêt de la marche et au déchaussage, et se confirme par échographie ou IRM.

Stratégie thérapeutique globale : conservateur d'abord, chirurgie anatomique

La prise en charge des métatarsalgies de surcharge et des déformations chroniques d’orteils, fréquentes dans le pied creux décompensé avec hyperkératoses douloureuses, reste conservatrice en première intention : adaptation de la chaussure, supports plantaires de décharge, soins des hyperkératoses et, point souvent négligé, étirements du gastrocnémien, dont le raccourcissement majore la charge sur l’avant-pied à la marche. Dans le névrome de Morton, l’infiltration de cortisone, réalisée par voie dorsale et répétée deux à trois fois selon l’évolution, peut apporter une amélioration parfois définitive. Lorsque le conservateur échoue, des interventions combinées rétablissent l’anatomie : réalignement du premier rayon et ostéotomies de raccourcissement des deuxième, troisième et quatrième métatarsiens pour redonner une longueur harmonieuse aux têtes, notamment en cas d’hyperlongueur du deuxième rayon. Chez le patient diabétique porteur d’ulcères, l’allongement du gastrocnémien diminue la pression plantaire et favorise la cicatrisation.

L’excision d’un névrome de Morton réfractaire se fait par voie dorsale, classique et sans séquelle plantaire. Un message s’impose ici au confrère : l’abord plantaire de l’avant-pied doit être proscrit, car une cicatrice à ce niveau peut avoir des conséquences désastreuses et durables. Au total, la démarche tient en quelques principes : examiner l’avant-pied de manière anatomique et dynamique, demander un examen clinique puis un bilan radiologique en charge pour préciser le diagnostic, proposer le traitement conservateur en première ligne, adaptation de la chaussure et supports, puis n’orienter vers la chirurgie qu’en cas d’échec. La chirurgie de l’avant-pied a beaucoup progressé en privilégiant des techniques respectueuses, dont l’objectif constant est de restaurer une anatomie et une fonction normales.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Les douleurs de l'avant-pied: diagnostic et possibilités de traitement

Intervenants

Dr Patrick Vienne

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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