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La marche nordique comme prescription d’activité physique : technique, mécanismes et indications

  • Beatrix Pfister
  • Activité physique comme prescription de première intention
  • Technique « Alpha » et paramètres biomécaniques du geste
  • Retentissement cardiovasculaire, respiratoire et métabolique
  • Posture, travail du tronc et chaîne axiale
  • Proprioception, équilibre et prévention des chutes
  • Marche nordique enseignée selon la technique « Alpha »
  • Travail du saisir-lâcher et effet de pompe sur la circulation
  • Renforcement du transverse et du périnée pour la stabilité du bassin
  • Coussin instable « Be Balanced » pour le travail proprioceptif
  • Envisager la prescription d’activité physique avant ou en complément du médicament dans les pathologies chroniques
  • Orienter vers un enseignement encadré : sans la bonne technique, le bénéfice est faible voire contraire
  • Vérifier la longueur du bâton, la sortie de la dragonne arrivant au niveau du nombril
  • Privilégier la variété des activités pour limiter les surcharges et les déséquilibres musculaires

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Beatrix Pfister, conférences publiques, 2013

Cette conférence publique présente la marche nordique comme un outil de prescription d’activité physique mobilisable par le médecin référent face à la sédentarité et à ses comorbidités. L’intervenante, formatrice en marche nordique, en détaille la technique dite « Alpha » et les paramètres biomécaniques qui en conditionnent le bénéfice. Sont successivement abordés le retentissement cardiovasculaire, respiratoire et métabolique, le travail postural et axial, puis la proprioception et la prévention des chutes. L’angle retenu est celui du confrère prescripteur : quelles indications, quelles adaptations et quels signes imposent une analyse du geste plutôt qu’un arrêt de l’activité.

Prescrire l'activité physique avant le médicament

La sédentarité croissante, liée au mode de vie et au travail assis prolongé, constitue un facteur de risque transversal sur lequel le médecin référent dispose d’un levier sous-utilisé. La marche nordique illustre l’intérêt d’une activité d’endurance complète, mobilisant l’ensemble du corps du pied à la tête, là où de nombreux sports restent unilatéraux comme le tennis. Au même titre que la natation et le ski de fond, elle sollicite simultanément l’endurance, la force, la mobilité et la coordination, ce qui en fait un outil pertinent pour préserver les capacités fonctionnelles au fil de l’âge.

Le message central tient dans une inversion de réflexe : envisager la prescription d’une activité physique régulière, par exemple trois fois par semaine, comme alternative ou complément à une mise sous traitement médicamenteux dans l’hypertension, le diabète ou les pathologies de l’appareil locomoteur. Les bénéfices sont rapportés sur le plan cardiovasculaire et métabolique, et l’adhésion repose avant tout sur le choix d’une activité qui plaît au patient, condition de la régularité. Le rôle du référent est ici d’orienter vers une pratique encadrée et de soutenir cette régularité dans la durée.

C'est un peu dommage qu'on reçoive tout de suite un médicament du médecin au lieu de dire : prescription, activité physique, trois fois par semaine.

La technique « Alpha » : un geste qui conditionne le bénéfice

Contrairement à une simple marche avec bâtons, la marche nordique répond à des critères techniques précis regroupés sous le terme de technique « Alpha ». Le bras doit rester long, le bâton incliné à environ 60 degrés, et la longueur du pas est adaptée à celle du bâton. La longueur de ce dernier est déterminante : trop haut, il produit l’effet inverse en sollicitant les muscles déjà surchargés de la ceinture scapulaire ; correctement réglé, la sortie de la dragonne arrive au niveau du nombril. Ce paramétrage n’est pas un détail mais la condition même de l’effet recherché sur la santé.

L’apprentissage de la marche nordique s’effectue par le haut du corps, à la différence de la marche normale guidée par les membres inférieurs. En allongeant les leviers, le tronc dirige le bas du corps et les jambes suivent naturellement l’amplitude imprimée par les bras. Le geste clé est celui du saisir-lâcher : la main se ferme en phase d’élan, sous le centre de gravité, puis s’ouvre en plateau dès la poussée sur le bâton. Cette technique exige une coordination fine et reste le point le plus difficile à acquérir et à maintenir, mais c’est elle qui remet en route des réflexes locomoteurs présents mais inhibés par la sédentarité.

Effets cardiovasculaires, respiratoires et métaboliques

Le simple fait de balancer les bras et de mobiliser la colonne augmente l’engagement musculaire et la consommation d’oxygène, plaçant le sujet en activité même à vitesse réduite. La pratique se situe dans la zone d’activité modérée, autour de 60 pour cent de la fréquence cardiaque maximale, niveau auquel s’installent les bénéfices sur la tension artérielle et le métabolisme glucidique. Le geste de saisir-lâcher produit par ailleurs un effet de pompe sur la circulation, et la question d’un retentissement de cette pression répétée sur la pression artérielle a été soulevée comme piste à documenter par des études complémentaires.

Le bénéfice respiratoire mérite une attention particulière chez le patient qui se plaint d’essoufflement à l’effort. Une posture enroulée comprime mécaniquement la cage thoracique et limite l’ampliation pulmonaire ; le redressement obtenu par l’appui sur les bâtons libère cet espace et active les muscles accessoires de la respiration, y compris la sangle abdominale qui participe à la mobilité costale. L’asymétrie introduite par le double bâton à la montée renforce encore ce redressement automatique. La dyspnée d’effort relevant souvent d’un déconditionnement, ce type d’activité progressive constitue une réponse adaptée, sous réserve d’avoir au préalable écarté une cause cardio-respiratoire organique.

Posture, travail axial et protection du rachis

La marche nordique s’oppose terme à terme aux positions d’enroulement adoptées en station assise prolongée, devant un écran ou un téléviseur. Elle remet le corps dans la verticalité et sollicite les extenseurs du rachis, le grand dorsal jouant son rôle de rotateur interne lorsque l’épaule travaille en rotation externe contrôlée. Le respect des principes de l’école du dos s’applique : redresser d’abord, tourner ensuite, afin que la colonne accepte le mouvement sans contrainte délétère en flexion-rotation combinée.

La stabilité du bassin repose sur l’engagement de la sangle profonde. Le muscle transverse de l’abdomen, abdominal profond agissant comme un corset physiologique, protège les organes internes et stabilise la région lombo-pelvienne ; son activation, associée à celle du périnée, limite les surcharges du bas du dos et peut soulager certaines douleurs de hanche. Ce point intéresse directement le référent qui suit des patients lombalgiques : un travail postural et un contrôle moteur du tronc bien conduits font partie intégrante du bénéfice de l’activité, au-delà de la seule dépense énergétique.

Si on ne fait pas la bonne technique, on a aussi des effets contraires : il faut vraiment bien l'apprendre pour en tirer tous les bénéfices.

Proprioception, équilibre et travail sur surface instable

Au-delà de la marche elle-même, le travail proprioceptif occupe une place centrale dans la prévention des chutes et l’entretien des réactions d’équilibre. L’appui du pied repose sur trois points, le gros orteil, le petit orteil et le talon, base d’une posture stable que de nombreux patients ont perdue en marchant en appui externe, interne ou sur la pointe. Le déroulé talon-pointe et la souplesse de l’avant-pied conditionnent la répartition des contraintes vers le genou, la hanche et le rachis ; un pied trop rigide se répercute en amont sur ces articulations.

Le coussin instable de type « Be Balanced », composé majoritairement de bulles d’air, permet de travailler mobilité, renforcement et équilibre en sollicitant en permanence la coordination intermusculaire. La suppression du repère visuel, par l’exercice les yeux fermés, met à l’épreuve la proprioception et révèle la dépendance habituelle au capteur oculaire, élément déterminant pour la qualité des réactions posturales en situation de déséquilibre. Ce type de travail, adaptable à tout âge, s’intègre utilement dans une stratégie de prévention chez le sujet âgé ou à risque de chute.

Indications, adaptations et bénéfice psychique

L’activité est adaptable à un large éventail de situations, des enfants aux personnes âgées, et reste compatible avec les prothèses de hanche ou de genou, l’amplitude étant alors ajustée à la mobilité disponible sans contrainte articulaire excessive. Dans l’arthrose, le maintien du mouvement reste bénéfique malgré le caractère irréversible de l’usure, et la fibromyalgie ou l’ostéoporose figurent parmi les situations où l’entretien de la mobilité et de la charge mécanique est souhaitable. Une douleur de hanche survenant à la pratique doit faire rechercher un défaut technique, un déhanchement, une rotation ou un déséquilibre musculaire, justifiant une analyse du geste, parfois filmée, plutôt qu’un arrêt de l’activité.

La dimension psychique complète ce tableau. La pratique en extérieur, l’exposition à la lumière naturelle même par temps couvert et l’activité d’intensité modérée favorisent la sécrétion d’endorphines et participent à la prévention de la dépression et de l’épuisement, alors qu’un effort chroniquement trop intense et essoufflant peut au contraire fragiliser. L’exposition régulière à la lumière contribue par ailleurs à la prévention de l’ostéoporose. Pour le référent, ces effets renforcent l’intérêt de recommander une activité plaisante, variée et régulière, la variété des sollicitations limitant les surcharges et les blessures liées à la répétition d’un même geste.

Type de vidéo

Conférences publiques

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2013

Thème de l'évènement

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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