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- Vieillissement du dos: quel traitement conservateur?
Traitement conservateur du sujet âgé : réactiver la capacité adaptative plutôt que se soumettre à l’image
- Dr Carlo Fritsch
- Capacité adaptative du sujet âgé et limites du modèle biomédical
- Réalignement de la chaîne portante pied-cheville-genou-hanche
- Rééducation respiratoire et libération des zones charnières du rachis
- Mobilisation en piscine, contrôle postural et gestion de la kinésiophobie
- Seuils de bascule chirurgicale : arthroplastie de hanche, ostéotomie lombaire
- Rééducation fonctionnelle : contrôle moteur, proprioception, réentraînement à l’effort
- Thérapie manuelle et mobilisation neuroméningée des zones en souffrance
- Mobilisation en piscine et rééducation respiratoire abdominale
- Correction du chaussage : orthèse plantaire, arrière-pied stable, tige montante
- Ne pas réduire le patient âgé à son cliché : corréler image, clinique et fonction
- Corriger l’effondrement du médiopied avant tout réentraînement à la marche
- Mesurer l’impact des facteurs comportementaux et du discours médical sur le pronostic
- Accompagner les proches aidants et sécuriser le domicile pour pérenniser le gain
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Carlo Fritsch, congrès Medicol, 2016
La prise en charge conservatrice du patient âgé en perte de mobilité ne se résume pas à la lecture du bilan radiologique, dont les images impressionnantes conduisent souvent à un fatalisme thérapeutique délétère. L’enjeu, pour le médecin référent, est de réintroduire dans le raisonnement la capacité adaptative du sujet, l’analyse des facteurs de risque et l’environnement relationnel de la prise en charge. Cette présentation illustre, à travers plusieurs cas de rachis vieillissant, comment une stratégie de rééducation structurée, contrôle moteur, rééducation respiratoire, réalignement de la chaîne portante et mobilisation en piscine, restaure une autonomie fonctionnelle là où le seul modèle biomédical concluait à l’impasse. Elle rappelle aussi le poids des facteurs comportementaux et de la kinésiophobie, et la place de l’accompagnement des proches aidants dans la sécurisation du domicile.
Sortir du fatalisme radiologique chez le sujet âgé
La consultation du patient âgé douloureux bute souvent sur un écueil : l’image radiologique, riche en remaniements arthrosiques et structurels, devient le seul déterminant de la décision et conduit à un discours d’impasse. Affirmer qu’on ne peut plus rien faire au vu de l’arthrose, ou qu’il est inconscient de poursuivre une activité avec un tel rachis, revient à condamner par anticipation un sujet qui, la veille encore, soutenait plusieurs heures de course en montagne. Un cas illustre cette bascule : un montagnard de 70 ans, parfaitement fonctionnel, voit son autonomie s’effondrer en trois mois, de quatre heures de marche à moins d’un quart d’heure, à la suite non d’une fracture mais du diagnostic asséné après une chute.
Le raisonnement attendu du référent consiste à ne pas se limiter à ces images et à réintroduire l’analyse des facteurs de risque et de la capacité adaptative du sujet. La réponse thérapeutique passe ici par un recadrage émotionnel du patient confronté à un sentiment d’impuissance, d’incompréhension et de peur de la récidive, puis par une stratégie classique de réveil de la coordination, de contrôle postural, de réentraînement et de planification des objectifs. La soumission à la seule approche médicale et à sa panoplie de réflexes conditionnés doit céder la place à une vision plus globale, où l’environnement relationnel de la prise en charge pèse autant que le geste technique.
Réalignement de la chaîne portante : la clé biomécanique de la verticalité
Le second cas, un homme porteur de lombosciatalgies et d’atteintes cervico-scapulaires d’ordre spondylogène sans irritabilité neuroméningée, montre que le bénéfice de la piscine s’évanouit si la statique du pied n’est pas corrigée. À la sortie de l’eau, le patient se sent mieux mais présente un effondrement majeur du médiopied : marcher pieds nus dans cet état est inenvisageable. Cet effondrement induit un pseudo-valgus du genou, une rotation interne de la cuisse puis une rotation du bassin qui surcharge à nouveau un carrefour lombo-pelvien déjà remanié et incapable d’assumer ces contraintes supplémentaires.
La correction se fait de bas en haut. Les vieilles chaussures sans maintien, perçues comme une seconde peau, sont écartées au profit d’un chaussage amortissant doté d’une orthèse plantaire, d’un arrière-pied stable, voire d’une tige montante ; la même logique vaut chez la patiente où des talons hauts entretiennent une problématique de dos attribuée à tort à la seule scoliose. Une fois les pieds alignés et les chevilles fixées, le contrôle moteur des articulations portantes et le renforcement musculaire sont conduits de sorte que hanche, genou et cheville œuvrent dans une même ligne biomécanique. Le réentraînement à l’effort, complété d’une ceinture souple, a permis la reprise du jardinage qui constituait l’objectif fonctionnel du patient.
Rééducation respiratoire et libération des zones charnières
Chez le patient spondylogène, la prise en charge débute par le versant respiratoire. La restriction fonctionnelle s’accompagne d’une dyspnée d’effort et d’une composante anxiogène ; le sujet tire massivement sur sa musculature cervico-scapulaire pour fixer et faciliter sa respiration, au détriment d’une respiration abdominale défaillante. Redonner de la liberté au rythme respiratoire, par des techniques de relaxation et de détente de cette musculature, constitue donc un préalable au reste de la rééducation et conditionne la capacité du patient à mobiliser son tronc.
La thérapie manuelle vise ensuite à libérer les zones charnières du rachis et à améliorer la souplesse du grill costal, en restant consciente de ses propres dangers et en privilégiant un environnement harmonieux et respectueux. Dans le cas de la patiente porteuse de sciatiques hyperalgiques sur chondrocalcinose, marquée par une amyotrophie importante des gouttières paravertébrales, les mesures antalgiques instrumentales, infiltration foraminale ou bloc facettaire pour juguler une situation hyperalgique, ne dispensent jamais de reprendre systématiquement la stratégie d’analyse fonctionnelle : mobilisation neuroméningée, libération des zones en souffrance, rééducation respiratoire et ajustement postural dynamique avec alignement des articulations portantes.
Piscine, contrôle postural et reprise de confiance
La mobilisation en piscine occupe une place centrale dans cette stratégie, à la fois pour le gain d’amplitude, notamment aux chevilles, et pour la restauration de la confiance. Chez la patiente porteuse d’une atteinte de la coiffe des rotateurs, le travail fonctionnel intègre des stratégies d’épargne : l’élévation des deux bras se fait de façon décomposée, la rotation cervicale prend appui sur les cuisses pour maintenir l’équilibre. En fin de rééducation, la mobilité lombaire et coxo-fémorale, la stabilité des fessiers et la solidité des membres inférieurs autorisent un exercice sécuritaire et autonome, d’autant plus précieux qu’elle vit seule dans une villa aux escaliers nombreux.
L’aide technique fait partie intégrante du résultat fonctionnel : avec des bâtons, la patiente gagne en assurance, se redresse plus aisément et adopte un rythme de marche plus régulier, tandis que sans bâton elle recourt au grand dorsal et à l’appui sur les cuisses pour stabiliser une statique vertébrale coûteuse, la différence de timing au test étant significative. Dans le dernier cas, une patiente ostéoporotique avec fractures vertébrales multiples, syndrome restrictif pulmonaire et kinésiophobie marquée, c’est la mise à l’eau, facilitée par un lift, qui amorce la reprise de confiance : tête hors de l’eau, redressée, elle retrouve une marche instable mais réelle et un plaisir de perception qui relance le mouvement.
Facteurs comportementaux, relation thérapeutique et proches aidants
Le pronostic du sujet âgé ne se joue pas seulement sur la lésion structurelle mais sur un environnement relationnel souvent négligé. Les petits mots dénigrants du quotidien comme les phrases perfides du discours médical ont un effet dévastateur, ouvrant la porte aux troubles du comportement, à la perte d’estime de soi, à la phobie et à la dépendance. À l’inverse, la plupart des patients regagnent en créativité et en adaptation dès lors qu’ils sont placés dans un milieu favorable où d’autres opportunités s’offrent à eux ; l’objectif assumé est de réactiver les capacités adaptatives dans un environnement harmonieux.
Cette dimension impose au référent d’élargir la prise en charge au-delà du patient. L’accompagnement des proches aidants devient un élément clé pour sécuriser le domicile et désamorcer la crainte légitime des chutes à répétition : aménager l’accès à la baignoire faute de douche, fournir un caddie pour restaurer une indépendance de déplacement, intégrer les notions d’hygiène et de sécurité environnementale. Le savoir-faire technique ne suffit pas ; le savoir-être, l’humilité, le respect et la persévérance conditionnent l’adhésion et, in fine, le maintien de l’autonomie.
Seuils de bascule chirurgicale et limites du conservateur
Le traitement conservateur n’exclut pas de poser les indications opératoires lorsque le contrôle douloureux échoue. Une patiente cumulant cervicalgie sur déséquilibre du rachis, cyphose lombaire ankylosée, dissymétrie de longueur des membres inférieurs de 15 mm et coxarthrose droite avérée avec collapsus de l’interligne antéro-externe garde, après rééducation musculaire, des douleurs justifiant des blocs facettaires puis une thermoablation C2-C5, malheureusement sans amélioration. Se pose alors la question d’aller plus loin : une arthroplastie de hanche pour rééquilibrer le bassin, et, si le contrôle cervical reste insuffisant, une ostéotomie lombaire de redressement.
Cette gradation illustre la logique d’indication attendue du spécialiste : l’ostéotomie lombaire de redressement impliquerait une spondylodèse étendue, au prix d’une perte de mobilité considérable, ce qui en fait une décision de dernier recours à mettre en balance avec le bénéfice escompté. Le message pour le confrère est de conduire d’abord une stratégie conservatrice rigoureuse, d’en documenter l’échec, puis de hiérarchiser les gestes, du moins au plus invasif, en gardant à l’esprit que ce qui n’est pas compris ne relève pas pour autant du psychologique ou du fonctionnel, et mérite une réévaluation structurée.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Vieillissement du dos: problématique et prise en charge
Intervenants
Dr Carlo Fritsch
Partie du corps
Dos
Maladies
Année
2016
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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