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Anesthésie pour la chirurgie du genou : analgésie multimodale et préservation de la fonction

  • Dr Arnaud Potié
  • Évolution de l’anesthésie : de la sécurité à la personnalisation
  • Analgésie multimodale et préservation de la fonction motrice
  • Consultation préanesthésique et préparation du patient
  • Anesthésie locorégionale échoguidée du genou
  • Approches complémentaires : hypnose et communication thérapeutique
  • Analgésie multimodale par paliers, dont magnésium peropératoire
  • Blocs nerveux échoguidés et infiltrations péri-articulaires
  • Cathéter périnerveux relié à un distributeur autocontrôlé
  • Hypnose, auto-hypnose et communication positive en postopératoire
  • Adresser le patient en consultation préanesthésique pour anticiper la voie d’abord et la stratégie antalgique
  • Contrôler la douleur préopératoire plutôt que de la laisser s’installer avant le geste
  • Maintenir le mouvement et l’entretien musculaire malgré l’arthrose, sans viser la performance
  • Intégrer le bloc épargnant le quadriceps dans l’objectif de déambulation précoce

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Arnaud Potié, Lunch Meeting Medicol, décembre 2024

La prise en charge antalgique d’une chirurgie du genou ne se résume plus à une sédation efficace : elle vise un équilibre entre le confort postopératoire et la récupération fonctionnelle précoce. L’évolution de la discipline, d’abord centrée sur la sécurité et la mortalité, puis sur la maîtrise de la douleur, aboutit aujourd’hui à une analgésie multimodale couplée à l’anesthésie locorégionale échoguidée. Cette mise au point destinée au médecin référent retrace les trois temps de la rencontre avec l’anesthésiste, de la consultation préopératoire au suivi à l’étage, et précise la logique de personnalisation des techniques au cas par cas. Elle rappelle au confrère ce qui se prépare en amont de la chirurgie et ce que recouvre, sur le plan biomécanique, la notion de bloc nerveux épargnant la motricité du quadriceps.

Une discipline passée de la sécurité à la personnalisation

L’histoire de l’anesthésie, documentée depuis 1846, se lit comme une succession d’objectifs : assurer d’abord la sécurité du geste, mesurer ensuite en continu les paramètres du patient endormi, puis comprendre suffisamment la physiologie pour adapter la prise en charge. Cette progression technologique, du laryngoscope aux moniteurs de profondeur d’anesthésie et à l’échographie, a transformé une spécialité historiquement marquée par la mortalité et la morbidité en une démarche centrée sur le confort et la fonction. La littérature anesthésique a suivi le même chemin, des préoccupations de survie vers la maîtrise de la douleur postopératoire.

La mise sous morphine, longtemps réponse unique à la douleur, a révélé ses limites en raison de ses effets secondaires. De cette constatation est né le concept d’analgésie multimodale, qui consiste à cumuler plusieurs approches pour obtenir un effet antalgique potentialisé tout en réduisant la dose de chaque agent. La tendance la plus récente, commune à l’ensemble des spécialités, est la personnalisation : appliquer le standard de recommandation de première intention quand le contexte le permet, et basculer sur une alternative validée lorsqu’une comorbidité ou une particularité chirurgicale l’impose.

Ce qu'on cherche, c'est un équilibre entre confort et déambulation rapide.

Analgésie multimodale sans sacrifier la fonction

Bloquer toute sensibilité est techniquement aisé pour l’anesthésiste, mais une insensibilisation complète compromet la fonction, dont la préservation est devenue prioritaire dans la chirurgie du genou. L’objectif n’est plus seulement un patient confortable, mais un patient capable de déambuler rapidement en postopératoire. L’équilibre recherché entre confort et mobilité oriente l’ensemble des choix techniques, de la sélection des agents au niveau auquel on dépose l’anesthésique local sur le trajet nerveux.

Sur le plan pharmacologique, l’analgésie multimodale s’organise par paliers : antalgiques traditionnels et anti-inflammatoires de palier 1, tramadol au palier 2, morphine et dérivés au palier 3. À ce socle s’ajoute, en peropératoire, une combinaison intraveineuse pouvant inclure le magnésium, l’idée directrice étant de fermer simultanément plusieurs voies d’entrée de la douleur plutôt que de frapper avec un seul médicament. Cette association cumulative diminue la charge en opioïdes et limite les effets indésirables propres à chaque molécule.

La consultation préanesthésique, premier temps de la prise en charge

Le parcours du patient comporte trois temps de rencontre avec l’anesthésiste : la consultation préopératoire, le temps peropératoire et le suivi postopératoire. La consultation ne se limite pas à un recueil administratif : elle permet de comprendre l’indication chirurgicale et son contexte, d’anticiper la voie d’abord retenue par le chirurgien afin de repérer les zones les plus sensibles, et de définir avec le patient le type d’anesthésie et la stratégie antalgique ultérieure. Les antécédents et les comorbidités y sont intégrés pour décider de l’applicabilité du standard de première intention.

Cette consultation est aussi le moment de préparer activement le patient. Le message a évolué : il ne s’agit plus de supporter la douleur ni de se mettre au repos complet en attendant l’opération. Il est préférable de circonscrire la douleur préopératoire par un ou deux médicaments afin d’améliorer les suites, et d’entretenir le mouvement et la masse musculaire malgré l’usure articulaire, sans rechercher de performance sportive. Pour le confrère qui suit le patient en amont, ces deux principes, contrôle antalgique précoce et maintien de l’activité adaptée, constituent des conseils directement applicables.

Choix de la technique anesthésique le jour de l'intervention

La question récurrente de l’anesthésie générale ou de la rachianesthésie, comparable à une péridurale mais déposée plus loin dans le canal rachidien, n’est pas tranchée de façon significative par la littérature anesthésique pour la chirurgie du genou. La réponse dépend du contexte et de la priorité accordée par l’équipe et le patient. Ce qui importe davantage que le choix entre les deux voies, c’est de personnaliser et d’optimiser la technique retenue pour un contexte chirurgical précis.

Le temps peropératoire ne se conçoit plus isolément : pendant l’anesthésie, on anticipe déjà l’antalgie des heures et des jours suivants en mettant en place un véritable package postopératoire. Cette continuité explique que les blocs et infiltrations soient souvent posés au bloc, sous la même couverture anesthésique, pour relayer dès le réveil l’analgésie systémique. L’articulation entre l’agent intraveineux peropératoire et l’anesthésie locorégionale détermine la qualité du confort initial et la rapidité de reprise de la marche.

Il vaut mieux avoir des douleurs contrôlées en vue de la chirurgie.

Anesthésie locorégionale échoguidée : cibler en épargnant la motricité

Les anesthésiques locaux sont déposés à proximité des nerfs ou entre deux plans musculaires, par blocs nerveux échoguidés ou par infiltrations, selon une logique anatomique adaptée au chirurgien, au type de chirurgie et au contexte. La douleur du genou se répartissant en territoires antérieur et postérieur, la stratégie vise à couvrir simultanément ces deux versants. Pour la face antérieure, c’est le plus souvent le nerf fémoral qui porte la sensibilité, et l’échographie permet de moduler précisément l’étendue du bloc.

Le niveau du dépôt sur le trajet du nerf fémoral conditionne l’équilibre entre confort et mobilité. Un bloc proximal sur la cuisse endort davantage le quadriceps et procure un large territoire d’analgésie, tandis qu’un dépôt plus distal, au-dessus du genou, épargne la motricité du quadriceps au prix d’une couverture plus limitée. Cette modulation, ajustée aux variantes anatomiques repérées en échographie, sert directement l’objectif de déambulation précoce. En pratique, on associe pour la face antérieure un cathéter périnerveux relié à un distributeur autocontrôlé, et pour la face postérieure une infiltration péri-articulaire réalisée par le chirurgien ou l’anesthésiste.

Suivi postopératoire et approches complémentaires

Le troisième temps est le suivi à l’étage, où l’on évalue le ressenti du patient, dépiste les effets secondaires liés à la chirurgie comme à l’anesthésie, et réajuste le schéma antalgique initial. L’anesthésiste n’est qu’un maillon de ce confort : la physiothérapie, la cryothérapie par gaines réfrigérées et la mobilisation participent toutes au résultat, chaque pièce du dispositif comptant dans la reconstruction du schéma corporel postopératoire.

Aux mesures pharmacologiques et physiques s’ajoutent des approches complémentaires dont la base de preuves s’étoffe. La communication positive et thérapeutique consiste à éviter les formulations à consonance négative pour limiter l’effet nocebo, tandis que l’hypnose et l’auto-hypnose, qui disposent du niveau de preuve le plus solide en postopératoire du genou, aident le patient à intégrer différemment la douleur. L’enseignement central de cette mise à jour est qu’il n’existe plus de médicament unique, mais une approche globale articulant plusieurs leviers complémentaires.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Douleurs de genou

Intervenants

Partie du corps

Genou

Maladies

Année

2024

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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