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Ultra-endurance: est-ce bien raisonnable?

  • Prof. Vincent Gremeaux
  • Syndrome inflammatoire systémique post-effort prolongé
  • Atteinte rénale et néphrotoxicité des anti-inflammatoires
  • Troubles hydroélectrolytiques : hyponatrémie d’effort
  • Conséquences cardiaques au long cours et fibrillation atriale
  • Gestion du sommeil, surentraînement et santé mentale
  • Prévention par entraînement, hydratation et nutrition adaptés
  • Récupération : compression, cryothérapie, massages légers
  • Éviction des anti-inflammatoires non stéroïdiens en course
  • Gestion programmée du sommeil et de la charge d’entraînement
  • Reconnaître le syndrome inflammatoire d’effort, qualitativement proche du sepsis
  • Proscrire les AINS pendant et autour des épreuves d’ultra-endurance
  • Évoquer une hyponatrémie devant des symptômes neurologiques bâtards
  • Dépister surentraînement et souffrance psychique, surtout en post-carrière

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Prof. Vincent Gremeaux, symposium médico-sportif, 2026

L’ultra-endurance désigne par convention les efforts dépassant six à huit heures, sans définition consensuelle ni organisme régulateur, ce qui en fait une entité clinique très hétérogène. Selon la discipline, le niveau de l’athlète et l’environnement, les contraintes physiologiques varient considérablement, d’un Ironman professionnel maintenu à haute intensité relative jusqu’à des trails de plusieurs jours courus à intensité faible mais sur des durées extrêmes. Cette mise au point destinée au médecin référent se concentre sur les retentissements proprement médicaux de ces efforts : syndrome inflammatoire systémique, atteinte rénale, troubles hydroélectrolytiques, conséquences cardiaques, digestives et de santé mentale. L’objectif est de rappeler les mécanismes physiopathologiques aujourd’hui établis, les situations qui imposent la vigilance et les messages de prévention à transmettre, notamment autour de l’usage des anti-inflammatoires.

Une entité hétérogène, pas une discipline unique

L’ultra-endurance ne fait l’objet d’aucune définition consensuelle ni d’aucun organisme de régulation. On retient par convention les efforts dépassant six à huit heures, le plus souvent au-delà de six heures. La course à pied, et singulièrement le trail, concentre l’essentiel des données disponibles parce que c’est la discipline la plus développée et celle sur laquelle le recul est le plus important, mais l’ultra existe aussi en cyclisme et en natation, avec des problématiques différentes et moins bien connues. Cette diversité interdit de raisonner sur un profil unique de pratiquant.

L’hétérogénéité tient surtout à l’intensité relative et à la durée. Un athlète professionnel peut boucler un Ironman en sept à huit heures en maintenant une fraction élevée de sa consommation maximale d’oxygène (VO2 max), de l’ordre de quatre-vingts pour cent, tandis qu’un amateur engagé sur plusieurs centaines de kilomètres évolue sur des dizaines d’heures à intensité faible. Sur une même épreuve, l’écart est massif : le vainqueur d’un Ultra-Trail du Mont-Blanc franchit la ligne autour de la dix-neuvième heure quand le temps médian avoisine quarante heures. Les contraintes médicales, et notamment la gestion du sommeil, ne sont donc pas superposables d’un participant à l’autre, ce qui doit être intégré dès l’évaluation en consultation.

Les gens qui font des épreuves d'ultra-endurance développent un syndrome inflammatoire majeur, assez comparable à ce qu'on rencontre dans le sepsis.

Un syndrome inflammatoire systémique comparable au sepsis

L’élément physiopathologique central des épreuves d’ultra-endurance est le développement d’un syndrome inflammatoire systémique majeur. Sur le plan qualitatif plus que quantitatif, les mécanismes réactionnels rejoignent ceux observés dans le sepsis, au point qu’un parallèle a été publié dans la littérature de réanimation. On retrouve après l’épreuve une élévation marquée de la protéine C-réactive (CRP), une hyperleucocytose modérée et des taux de cytokines élevés, qui rentrent en général dans l’ordre rapidement. Ce profil explique qu’une prise de sang réalisée au lendemain immédiat d’un ultra-trail puisse paraître inquiétante.

Cette réponse est adaptative et ne peut être évitée : elle découle des microlésions musculaires propres à la course à pied, en particulier du travail excentrique de la descente en montagne, et de la demande métabolique très prolongée génératrice d’un stress oxydatif important. Elle s’accompagne d’une fatigue cardiaque transitoire pouvant élever les troponines, ainsi que d’altérations de la fonction ventriculaire systolique et diastolique persistant vingt-quatre à quarante-huit heures après un ultra-trail, puis régressant. Le cyclisme, sollicitant moins le travail excentrique, expose probablement à un retentissement moindre. Ces modifications biologiques sont physiologiques et transitoires, et l’on peut s’en prémunir en partie par un entraînement adapté, une stratégie d’hydratation et une nutrition cohérentes.

Atteinte rénale et néphrotoxicité des anti-inflammatoires

L’atteinte rénale est la conséquence potentiellement la plus dramatique de ces efforts. Elle s’inscrit dans la même logique inflammatoire et hémodynamique : redistribution du débit vers les muscles et la peau, déplétion énergétique et troubles digestifs concourent à une réduction de la filtration. Les tableaux peuvent s’apparenter à une rhabdomyolyse et être aggravés par les pertes hydriques et la déshydratation. Le dosage de la créatinine est peu fiable dans ce contexte, et les nouveaux marqueurs proposés restent à valider, ce qui complique le suivi de l’altération de la fonction rénale.

Le facteur de risque majeur, clairement identifié, est l’usage des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qui peut conduire jusqu’à la nécrose tubulaire aiguë. Le problème est d’ampleur réelle dans ce milieu : selon les séries, des proportions très importantes de participants, parfois jusqu’à trois quarts, recourent aux AINS de façon régulière, pendant les épreuves ou en préventif avant celles-ci. Des cas graves, bien que peu fréquents, sont rapportés, y compris chez des soignants pourtant avertis des effets rénaux. La prévention passe donc par une communication insistante auprès des athlètes comme des organisateurs, message qui doit aussi être porté par le médecin référent.

Hyponatrémie d'effort et troubles digestifs

L’hyponatrémie d’effort est aujourd’hui bien identifiée dans ces épreuves, alors que le marathon faisait surtout redouter la déshydratation et l’hypernatrémie. Elle résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : tendance à la surhydratation favorisée par une intensité relative faible et un ravitaillement plus aisé à la marche, pertes sodées sudorales pouvant varier du simple au quadruple selon les sujets, environnements chauds et humides, susceptibilité génétique, et possible sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique sur les efforts très longs. Sur le plan épidémiologique, elle touche plus volontiers les femmes et davantage la course à pied que le vélo.

La symptomatologie est trompeuse : vertiges, malaise et confusion, qui peuvent être attribués à tort à une hypernatrémie ou à une simple fatigue. Les symptômes apparaissent généralement en deçà de 130 mmol/L, sans corrélation stricte avec la profondeur de l’hyponatrémie. En l’absence de moyen de dosage rapide sur le terrain, la prudence s’impose avant toute décision fondée sur la seule clinique. Les troubles digestifs, fréquents, relèvent du même cocktail d’ischémie splanchnique, de déplétion énergétique et d’hyperperméabilité intestinale ; ils favorisent par ailleurs les tableaux d’hyperthermie, eux-mêmes aggravés par la prise d’AINS et par le syndrome inflammatoire.

Le risque rénal est clairement majoré par l'utilisation des anti-inflammatoires, qui peut aller jusqu'à la nécrose tubulaire.

Conséquences cardiaques au long cours

Au-delà des perturbations transitoires, certaines conséquences cardiaques au long cours sont désormais bien établies chez les athlètes d’endurance. La plus documentée est l’augmentation de la prévalence de la fibrillation atriale chez les sujets ayant pratiqué une activité sportive intensive en volume et en intensité tout au long de leur vie, typiquement repérée à partir de la soixantaine. Bien que de conséquences souvent moindres que chez un patient comorbide, ce surrisque est une réalité clinique, dans laquelle interviennent à la fois le volume et l’intensité de la pratique, ainsi qu’une susceptibilité génétique non modifiable.

Le lien entre les altérations rénales et inflammatoires répétées et le devenir cardiaque au long cours n’est pas démontré, mais il est physiopathologiquement cohérent et incite à la prudence. À ce jour, il n’existe pas de preuve clinique claire qu’un syndrome inflammatoire et une altération transitoire de la fonction rénale, même répétés, induisent une maladie rénale chronique. La multiplication des épreuves et le vieillissement de la population des pratiquants justifient néanmoins d’étudier cette question et de surveiller ces athlètes, ces altérations figurant probablement parmi les facteurs contribuant aux problématiques cardiaques tardives.

Sommeil, surentraînement et santé mentale

La gestion du sommeil devient déterminante sur les épreuves très longues, où le temps de course est directement lié au temps passé à dormir et au nombre de siestes. Les stratégies efficaces pendant la course sont les turbo-siestes de quinze à vingt minutes ou les cycles complets d’environ une heure et demie. En amont, l’intérêt du sleep banking, qui consiste à majorer le sommeil la semaine précédente, est surtout démontré dans les sports de vitesse et de précision ; en endurance, l’essentiel reste d’éviter la dette de sommeil pré-course, fréquente du fait du stress. Les troubles de la coordination et de l’équilibre persistent plusieurs jours après l’épreuve, avec une surmorbidité accidentelle dans les jours suivants qui justifie la prudence.

Le surentraînement traduit un déséquilibre entre la charge d’entraînement et les capacités de récupération, où interviennent aussi des facteurs psychologiques et de vie ; sa prévalence en ultra n’apparaît pas supérieure à celle de l’endurance classique, avoisinant dix pour cent. La santé mentale mérite une attention particulière : la prévalence des dépressions, troubles du comportement alimentaire et addictions y est notable, environ deux fois plus élevée en post-carrière que pendant la carrière, elle-même proche de la population générale. Ces troubles peuvent constituer les deux faces d’une même pièce, antécédent de trouble alimentaire et dépendance à l’effort se succédant, et l’addiction semble davantage liée à un entraînement non structuré qu’au seul volume kilométrique.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Entre ciel, mer et montagne: immersion dans les sports extrêmes

Intervenants

Prof. Vincent Gremeaux

Partie du corps

Maladies

Année

2026

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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