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  • Tunnel carpien à ciel ouvert: toujours d’actualité!

Tunnel carpien à ciel ouvert: toujours d’actualité!

  • Dr Nicolas Favarger
  • Épidémiologie et facteurs de risque de la neuropathie d’enclavement du médian
  • Démarche diagnostique : anamnèse, examen clinique et tests provocateurs
  • Place de l’EMG face à l’ultrason et à l’IRM
  • Technique opératoire de la voie ouverte et repères anatomiques
  • Avantages et inconvénients de la voie ouverte versus l’endoscopie
  • Section du ligament annulaire antérieur du carpe par voie ouverte
  • Synovectomie peropératoire pour libérer le canal
  • Lambeau d’aponévrose palmaire superficielle pour prévenir la récidive
  • Anesthésie loco-régionale et chirurgie ambulatoire
  • Privilégier l’anamnèse et l’examen clinique, l’EMG confirmant l’enclavement
  • Se méfier d’un EMG normal malgré un ultrason évoquant une compression
  • Adresser un EMG positif avec atrophie thénarienne sans tarder
  • Réserver l’IRM aux suspicions de masse, peu contributive autrement

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Nicolas Favarger, congrès Medicol, 2026

Le syndrome du tunnel carpien est la neuropathie d’enclavement la plus fréquente, touchant environ 10 % de la population avec une nette prédominance féminine. Le diagnostic repose avant tout sur l’anamnèse et l’examen clinique, l’électromyogramme (EMG) restant l’examen paraclinique de référence. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la démarche diagnostique, la place respective des examens complémentaires et la logique de la prise en charge chirurgicale par voie ouverte. Elle détaille le geste de section du ligament annulaire antérieur du carpe, ses temps opératoires et ses avantages, sans occulter ses inconvénients comparés aux abords endoscopiques.

Une neuropathie d'enclavement fréquente, un long parcours historique

Le syndrome du tunnel carpien représente la compression la plus fréquente parmi les neuropathies d’enclavement, touchant environ 10 % de la population avec une prédominance féminine marquée, de l’ordre de trois femmes pour un homme. Les facteurs de risque associés sont bien identifiés : diabète, neuropathie, grossesse et polyarthrite figurent parmi les principaux. L’ampleur du problème se mesure à l’activité chirurgicale qu’il génère, avec entre 24 000 et 26 000 cas opérés chaque année en Suisse, et de l’ordre de 130 000 par an en France. Cette fréquence en fait une situation que le médecin référent rencontre régulièrement et doit savoir orienter.

La compréhension de la pathologie s’est construite progressivement. La première description d’une atteinte évoquant un tunnel carpien remonte à 1854, chez une patiente présentant des paresthésies après compression du médian sur une fracture du poignet, puis les formes idiopathiques ont été individualisées sous le terme d’acroparesthésies. Le rôle du ligament annulaire antérieur du carpe a ensuite été suspecté comme cause de la compression du nerf médian, hypothèse qui a fondé le principe thérapeutique de sa section. La compréhension de l’atrophie thénarienne comme conséquence névritique de l’atteinte de la branche motrice a complété ce tableau, et le traitement chirurgical s’est imposé comme pratique courante à partir des années 1970.

Le risque de section incomplète du ligament annulaire par voie ouverte est extrêmement faible, parce qu'on le voit vraiment de A à Z.

Diagnostic clinique : anamnèse et tests provocateurs

L’anamnèse occupe une place centrale dans la démarche diagnostique. Elle recherche des paresthésies, des troubles de la sensibilité et un manque de force de préhension dans le territoire du nerf médian ; les douleurs apparaissent surtout dans les formes plus avancées. Le statut est simple à conduire et repose sur un faisceau de signes : le signe de Tinel, qui traduit l’irritation au niveau de la compression du médian, le test de Phalen qui provoque les paresthésies, et le test du garrot. La diminution de la sudation des pulpes dans le territoire du médian constitue un signe complémentaire utile, qui se vérifie souvent à l’examen.

L’atrophie ou le déficit de force au niveau de l’éminence thénar, ainsi que les troubles de la sensibilité objectivés par le test de discrimination de deux points (Weber statique), complètent l’examen. L’atrophie thénarienne, bien visible lorsqu’on la compare au côté controlatéral, témoigne de cas déjà nettement évolués. Le médecin référent doit toutefois garder à l’esprit une dissociation fréquente : certains patients se présentent avec un EMG positif et une anamnèse typique, alors que l’examen clinique ne retrouve quasiment aucun signe. Cette discordance, qui survient de façon non exceptionnelle, justifie de ne pas récuser le diagnostic sur la seule pauvreté du statut.

Examens paracliniques : l'EMG comme référence

Sur le plan paraclinique, l’électromyogramme reste l’examen de référence. C’est l’examen le plus objectif pour documenter l’enclavement du nerf médian au canal carpien, et il constitue le pivot du bilan transmis avant orientation chirurgicale. Sa fiabilité justifie de lui accorder la priorité, même si d’autres modalités d’imagerie sont parfois proposées. Le médecin référent a donc intérêt à privilégier cet examen, dont le résultat conditionne largement la décision.

L’ultrason et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont une place plus limitée et doivent être interprétés avec prudence. Un ultrason peut conclure à une compression du médian, voire sévère, alors que l’EMG est normal, situation qui invite à une certaine réserve quant à la fiabilité de cet examen. L’IRM, quant à elle, n’apporte rien en routine et ne se justifie qu’en cas de suspicion de masse occupant le canal. Ce raisonnement hiérarchise clairement les examens : l’EMG documente l’enclavement, l’imagerie en coupe reste réservée à des indications ciblées.

Conditions opératoires et anesthésie

Le traitement chirurgical du tunnel carpien se déroule en ambulatoire dans la quasi-totalité des cas. Cette organisation, désormais bien établie, correspond à un geste réglé et reproductible, réalisé sans hospitalisation. Le médecin référent peut ainsi informer son patient que l’intervention, lorsqu’elle est retenue, s’inscrit dans une prise en charge courte et standardisée.

Le choix de l’anesthésie a évolué avec les techniques disponibles. L’anesthésie loco-régionale reste une option fiable, et l’arrivée de nouveaux agents anesthésiques a représenté un réel progrès par rapport à la lidocaïne employée autrefois. Cette évolution a notamment réduit le risque lié au lâchage de garrot, qui exposait avec les anciens produits à une intoxication systémique potentiellement grave. La sécurité anesthésique s’en trouve améliorée, dans un contexte ambulatoire qui exige une marge de sécurité élevée.

Il m'a très souvent surpris de voir des patients qui arrivent avec un EMG positif et une anamnèse typique, et à l'examen clinique on ne trouve pratiquement rien.

Technique opératoire par voie ouverte

L’objectif de l’intervention est la section du ligament annulaire antérieur du carpe afin de décomprimer le nerf médian. L’abord ouvert utilise une incision palmaire dont la longueur peut être adaptée. Après la peau et le tissu sous-cutané, la première structure rencontrée est l’aponévrose palmaire superficielle, reconnaissable à ses fibres longitudinales ; elle est incisée sur le versant radial du canal. Le ligament annulaire est alors mis en évidence, puis sectionné sous protection du nerf médian sous-jacent à l’aide d’une sonde cannelée. La libération complète se traduit par une discoloration légèrement rougeâtre du nerf, témoin du retour de la circulation sanguine intraneurale.

L’intervention permet plusieurs gestes complémentaires. À l’ouverture, on retrouve souvent un épanchement synovial abondant et une synovite, dont la résection libère de l’espace supplémentaire dans le canal. La vision directe autorise une attention particulière à la branche motrice thénarienne, dont les variantes de trajet, parfois transligamentaires, exposent à un risque de section ; sa visualisation de bout en bout constitue une sécurité majeure. Des situations particulières, comme un hamartome lipofibromateux, peuvent être découvertes en peropératoire. La fermeture exploite le lambeau d’aponévrose palmaire superficielle, suturé au bord radial du ligament annulaire pour interposer une structure et limiter le risque de récidive de compression, après contrôle de l’absence de toute compression résiduelle.

Voie ouverte versus endoscopie : avantages et inconvénients

La voie ouverte présente des inconvénients qu’il faut connaître. La cicatrice externe, un peu plus étendue qu’avec l’abord endoscopique, peut gêner par sa localisation lorsqu’elle siège dans une zone d’appui, et l’induration qui l’accompagne est parfois source d’inconfort. Plusieurs études ont montré une diminution de la force de serrage à court terme par rapport à la voie endoscopique. Ces différences doivent toutefois être relativisées : à long terme, la cicatrice évolue favorablement, et la force de serrage s’équilibre à moyen terme entre les deux abords.

Les avantages de la voie ouverte tiennent à la qualité de l’exposition. La vision directe permet une hémostase minutieuse, la protection de la branche motrice et la réalisation d’une synovectomie. Le risque de section incomplète du ligament annulaire y est extrêmement faible, puisque le geste est contrôlé de bout en bout. Enfin, le lambeau de fermeture, geste simple, apporte une protection supplémentaire contre la récidive. Ces atouts expliquent que la voie ouverte demeure pleinement d’actualité, comme une option robuste et sûre dans la prise en charge chirurgicale du syndrome du tunnel carpien.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Intervenants

Dr Nicolas Favarger

Partie du corps

Main

Maladies

Année

2026

Thème de l'évènement

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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