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  • Synergies des traitements physiothérapeutiques et ostéopathiques durant une saison d’une équipe World Tour

Organiser le suivi ostéopathique et physiothérapeutique d’une équipe cycliste professionnelle sur un grand tour

  • Marc Brohy
  • Structuration d’un protocole commun pour un staff pluridisciplinaire et international
  • Bilan musculo-articulaire standardisé pré et post-course centré sur l’asymétrie
  • Programme de traitement hiérarchisé : châssis articulaire, moteur musculaire, viscères, sommeil
  • Prévention des tendinopathies de surcharge et gestion du leader et de ses lieutenants
  • Adaptation asymétrique du matériel à la morphologie du coureur
  • Bilan de longueur musculaire (ischio-jambiers, quadriceps, psoas), Faber et test du flexor hallucis longus (FHL)
  • Thérapie manuelle articulaire (Maitland, ZAMT), crochetage, Cyriax, massage transverse profond (MTP), mobilisations viscérales
  • Acupuncture, crânio-sacré et techniques de récupération (Game Ready, Compex)
  • Réglage et asymétrisation du matériel vélo (pédales à adaptation tridimensionnelle)
  • Imposer un protocole commun comme socle de travail face à un staff hétérogène
  • Réaliser un bilan simple et reproductible en début et en fin de chaque course
  • Cibler l’asymétrie fonctionnelle plus que le raccourcissement musculaire absolu
  • Prioriser les traitements selon le rôle du coureur et placer la récupération au centre

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Marc Brohy, symposium médico-sportif, 2017

Le suivi thérapeutique d’une équipe cycliste professionnelle sur une saison expose à une contrainte spécifique : un staff pluridisciplinaire et international doit délivrer des soins cohérents et reproductibles dans des fenêtres temporelles extrêmement courtes. Cette intervention décrit la structuration d’un team ostéo-physio autour d’un protocole commun, d’un bilan musculo-articulaire standardisé réalisé en début et en fin de course, et d’un programme de traitement hiérarchisé. L’angle retenu intéresse le médecin référent du sport et le thérapeute manuel : comment objectiver l’asymétrie fonctionnelle, prioriser les gestes selon le rôle du coureur, et adapter le matériel à la morphologie plutôt que l’inverse. Le fil conducteur reste la prévention des tendinopathies de surcharge et l’optimisation de la récupération, identifiée comme le véritable déterminant de la performance en troisième semaine.

Un postulat de départ : structurer le soin autour d'un protocole

Le suivi d’une équipe cycliste professionnelle sur quatre années part d’une page blanche et d’un constat simple : il est exclu que chaque thérapeute intervienne isolément, sans bilan, sans suivi et sans objectif partagé. La saison représente un volume de présence considérable, plus de 170 jours d’ostéopathie et près de 1300 jours d’assistants masseurs répartis sur environ 370 jours de course, avec fréquemment trois fronts simultanés. Cette dispersion impose d’anticiper la pathologie de surcharge, principalement tendineuse, qui s’est manifestée dès la deuxième année lorsque le suivi n’était pas encore structuré.

La difficulté tient à la composition du staff de rééducation : huit assistants masseurs à l’année, neuf vacataires non instruits, six ostéopathes de formations très diverses, dont trois physiothérapeutes de formation (deux avec une formation en acupuncture) et trois ostéopathes exclusifs, plus six médecins et huit nationalités. Cette hétérogénéité, qui laisse peu de socle commun, justifie la mise en place d’un protocole partagé. L’enjeu n’est pas de brider la marge de manœuvre du thérapeute, mais de garantir qu’un bilan commun de terrain soit applicable en un minimum de temps par un maximum d’intervenants.

Sur une course, on a très peu de temps, il faut être terriblement organisé.

Le bilan pré et post-course : objectiver l'asymétrie fonctionnelle

Le bilan repose sur une grille d’évaluation des risques tendino-musculaires conçue pour être simple, voire volontairement simpliste, afin que des ostéopathes peu familiers de ces mesures puissent la reproduire. Il associe des longueurs musculaires des ischio-jambiers, du quadriceps et du psoas, et deux tests articulaires offrant une lecture tridimensionnelle du positionnement de l’athlète. Les longueurs ne sont pas chiffrées en centimètres, jugés peu reproductibles, mais cotées en 1+, 2+ et 3+. Le paramètre déterminant n’est pas le raccourcissement absolu mais l’asymétrie : un quadriceps plus court d’un côté et un ischio-jambier plus court de l’autre génèrent, sur un athlète posé symétriquement sur le cadre, un rendement asymétrique exposant aux lombalgies, lombagos et tendinites rotuliennes.

Deux examens complètent cette grille. Le test de Faber, en flexion, abduction et rotation externe de hanche, recherche une différence articulaire coxo-fémorale. Le test du flexor hallucis longus (FHL), enseigné par Jacques Vallotton, mesure la rigidité du gros orteil en dorsiflexion et dépiste une sous-astragalienne bloquée ou une rigidité de l’arrière-pied. Pour clarifier l’interprétation, les ostéopathes réalisent ces tests après avoir libéré la douzième vertèbre dorsale, la sacro-iliaque et la sous-astragalienne. Les résultats sont consignés sur un tableau transmis au médecin référent puis au thérapeute suivant, afin que celui-ci connaisse d’emblée les contraintes du coureur. Réalisé en début et en fin de chaque course, ce bilan vise à éviter qu’un athlète n’aborde l’étape suivante avec une asymétrie ou un muscle trop court, souvent consécutifs à de petites chutes bénignes.

Le programme de traitement en course : châssis, moteur, viscères, pilote

Le temps disponible pour traiter les coureurs étant extrêmement réduit, le programme suit une ligne directrice ordonnée, comparée à une mécanique automobile. La première étape concerne le châssis, c’est-à-dire le système articulaire. Le thérapeute traite les dysfonctions symptomatiques, sacro-iliaque ou septième vertèbre cervicale, mais surtout les dysfonctions asymptomatiques qui dégradent le rendement sans signe clinique : sous-astragalienne bloquée, tête fibulaire, côtes fixées, rigidité thoracique. Un FHL positif, témoin d’une rigidité de l’arrière-pied, n’entraîne pas de symptôme mais altère nettement l’efficience du coup de pédale, ce qui justifie de le corriger.

Le moteur correspond aux muscles, distingués en muscles moteurs et muscles de la statique. Les muscles moteurs ne sont pas étirés en course, d’où l’exigence d’un bilan de longueur appliqué en amont ; en cas de contrainte ou de chute, on privilégie la mobilisation des fascias, le crochetage et les techniques physiothérapeutiques, le psoas étant simplement réinitialisé en contracté-relâché. Les muscles de la statique, obturateurs, pyramidal, ligaments sacro-coccygiens et membrane obturatrice, sont travaillés en Cyriax et en massage transverse profond pour que le bassin fonctionne comme un bloc et prévenir les blessures de selle. Les viscères les plus sollicités sont dynamisés par mobilisations ostéopathiques. Enfin le pilote, dont le sommeil conditionne la tenue en troisième semaine, peut bénéficier d’acupuncture et de crânio-sacré, toujours en fin de traitement et après les techniques de médecine physique.

L'enjeu médico-économique et le cadre réglementaire

L’argumentaire destiné au propriétaire de l’équipe ne pouvait reposer sur la seule valeur des techniques de médecine physique. La justification a donc été présentée sous l’angle de la médecine du travail, en objectivant le coût des arrêts liés aux blessures. La première année a engendré un coût d’environ 145 000 francs hors team ostéo ; la deuxième année, avec une seule tendinite rotulienne nécessitant des arrêts, le coût total, team ostéo inclus, s’est établi autour de 115 000 francs, démontrant la rentabilité de la structure préventive.

Ce raisonnement s’inscrit dans un cadre réglementaire contraignant. L’appartenance au Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) interdit le recours à la cortisone en course : une tendinopathie déclarée impose alors de retirer le coureur de l’épreuve. La prévention par la physiothérapie et l’ostéopathie acquiert dès lors un rôle déterminant, là où d’autres équipes hors de ce cadre couvraient leurs athlètes par corticothérapie. Cette différence de doctrine explique aussi les difficultés d’adhésion rencontrées avec des coureurs venus d’équipes aux pratiques différentes, peu enclins au travail de souplesse préventif.

La vraie symétrie, c'est d'être complètement tordu, et il faut savoir s'adapter.

La logistique d'un grand tour : priorisation et récupération

Un grand tour concentre toutes ces contraintes dans une logistique extrême : une mobilisation d’environ un mois, l’intervenant rejoignant l’équipe cinq jours avant le départ, une présence d’environ quinze heures par jour, deux journées dites de repos qui figurent parmi les plus chargées, et des volumes de matériel considérables, de l’ordre de plusieurs centaines de mètres de bande adhésive et d’un millier d’aiguilles d’acupuncture sur l’épreuve. Le temps réel de traitement se réduit à environ deux heures pour neuf coureurs. La récupération devient l’objectif central de la médecine physique, autant pour les athlètes que pour le staff, car il faut tenir l’équipe jusqu’à la troisième semaine, moment où se joue le meilleur rendement.

La priorisation suit le rôle de chaque coureur. Le leader, exposé chaque jour, fait l’objet d’une surveillance constante ; ses lieutenants se relaient pour le préserver, tandis que d’autres récupèrent dans le groupetto. Interrogé la veille, le coureur qui annonce vouloir disputer l’étape bénéficie d’une séance intensive, quitte à un léger contrecoup le lendemain, selon un système de roulement à connaître impérativement. Dans le bus, où les athlètes sont épuisés, seules des techniques passives sont employées, complétées par des dispositifs de cryothérapie et d’électrostimulation en capillarisation. À l’hôtel, l’ostéopathe dispose d’un créneau très court par coureur, ce qui rend indispensable le fil rouge châssis-moteur et impose de cibler en priorité le leader et celui qui disputera l’étape à venir.

Adapter le matériel à la morphologie : la symétrie n'est pas un objectif en soi

Deux cas illustrent le principe d’adaptation du matériel à la morphologie réelle du coureur. Stef Clement présente une scoliose basse non réductible, un pied droit en inversion et une rigidité constitutionnelle du rachis offrant peu de compensation articulaire, malgré un gainage et un travail de souplesse exemplaires ; sa jambe droite voyait son rendement chuter après trois heures d’effort, précisément là où se décide la course. La solution a consisté à positionner le pied de manière franchement asymétrique grâce à une pédale autorisant une adaptation tridimensionnelle, là où la pédale standard ne permettait qu’un réglage sur deux plans. Le décalage retenu, de l’ordre de deux centimètres d’un côté et de trois centimètres et demi de l’autre, a délibérément asymétrisé le vélo.

Cette démarche remet en cause la recherche systématique de symétrie enseignée en formation : la vraie symétrie consiste parfois à épouser une asymétrie constitutionnelle pour permettre l’adaptation. Le second exemple, celui de coureurs de contre-la-montre exigeant une position très plongeante, relève d’une logique préventive et progressive. Chez un athlète particulièrement rigide, un travail manuel hebdomadaire en thérapie manuelle physiothérapeutique, Maitland et ZAMT, vise à gagner année après année de la souplesse dans les ligaments ilio-lombaires et la région sacro-iliaque. Ce gain de souplesse se construit avant la saison, la géométrie étant ensuite préservée sans modification une fois la compétition engagée. Au total, l’organisation prime sur la technique : sur une course, le facteur limitant reste le temps, et la cohérence du schéma de soins en conditionne l’efficacité.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Cyclisme

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2017

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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