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- Rôle et difficulté du médecin d’équipe
Le médecin d’équipe en football professionnel : exigences du sport, traumatologie et organisation de la rééducation
- Dr Pierre-Etienne Fournier
- Évolution des contraintes physiques du football moderne
- Épidémiologie des blessures et charge d’entraînement
- Diagnostic en consensus pluridisciplinaire et rééducation adaptée
- Prévention par l’entraînement et retour au terrain
- Secret médical, communication et relations avec clubs et presse
- Rééducation fonctionnelle adaptée à l’environnement et aux ressources
- Suivi médical en compétition et système de feu vert, jaune, rouge
- Prévention par l’entraînement et la préparation physique
- Connaître la physiologie et la traumatologie propres au football
- Poser le diagnostic en consensus et s’y tenir, sans surdiagnostic
- Adapter la rééducation aux ressources et aux compétences du staff
- Respecter le secret médical dans toute communication externe
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Pierre-Etienne Fournier, symposium médico-sportif, 2019
Le suivi médical d’une équipe de football de haut niveau dépasse largement la traumatologie de terrain et engage le confrère sur les plans physiologique, organisationnel et relationnel. Cette mise au point, fondée sur l’expérience auprès de l’équipe nationale suisse, rappelle d’abord l’évolution des contraintes physiques du football moderne, marqué par la multiplication des sprints et des activités à haute intensité. Elle détaille ensuite l’épidémiologie des blessures, dominée par les lésions musculaires, puis la logique d’une rééducation adaptée aux ressources disponibles et au diagnostic posé en consensus pluridisciplinaire. Elle aborde enfin les enjeux de confidentialité, de communication et de positionnement du médecin au sein du staff. L’objectif est de donner au référent des repères concrets sur ce que recouvre réellement la fonction de médecin du football.
Le football moderne : un sport d'explosivité et de répétition d'efforts
La compréhension des contraintes actuelles du football conditionne tout le suivi médical d’une équipe. Une analyse du championnat anglais comparant les saisons 2006 et 2012-2013 montre que la distance totale parcourue par match évolue peu, restant de l’ordre de dix à onze kilomètres quel que soit le poste. Ce qui change radicalement, ce sont les activités à haute intensité : les courses à plus de dix-neuf kilomètres par heure augmentent de façon marquée, en particulier chez les latéraux, et le nombre de sprints réalisés par certains postes, défenseurs centraux, milieux axiaux et latéraux, double sur la période. Le jeu s’est en outre densifié, avec davantage de passes, davantage de passes réussies et moins de ballons perdus.
Cette transformation a des conséquences directes sur le profil des joueurs et sur la traumatologie. Le football est devenu un sport d’explosivité fondé sur la répétition de sprints, qu’ils soient explosifs, partant de l’arrêt à vitesse maximale, ou de relance, avec accélération en pleine course. Il impose une morphologie différente de celle des générations précédentes et des entraînements spécifiques pour soutenir ces efforts répétés à haute intensité. Pour le médecin d’équipe, maîtriser cette physiologie n’est pas accessoire : c’est la condition d’un dialogue crédible avec l’entraîneur principal, l’entraîneur de condition physique et les joueurs eux-mêmes.
Épidémiologie des blessures et charge d'entraînement
La connaissance de l’épidémiologie traumatique repose sur les travaux d’Ekstrand, référence de la traumatologie du football, publiés en 2013. La charge réelle des joueurs de Ligue des champions s’établit autour de deux cent dix heures d’entraînement par an et d’une trentaine de matchs en moyenne, avec de fortes disparités, certains joueurs disputant jusqu’à soixante-douze rencontres par saison. Cette dispersion justifie, pour les équipes visant le haut niveau, des effectifs élargis permettant de faire tourner le collectif et de préserver la performance. La dangerosité du football, évaluée en nombre de blessures pour mille heures de pratique, se situe entre vingt-cinq et trente, et s’élève lors des phases finales en raison du rapprochement et de l’intensité des matchs.
La hiérarchie des lésions oriente la vigilance du référent. Les lésions des ischio-jambiers dominent, avec une médiane d’absence de quatorze jours en Ligue des champions, loin des durées de certains protocoles plus longs. Viennent ensuite les lésions des adducteurs, les entorses de cheville, puis les atteintes du quadriceps. Malgré le renforcement des staffs médicaux et des programmes de prévention, l’incidence globale a peu diminué : seules les blessures ligamentaires ont reculé, tandis que les lésions musculaires demeurent au premier rang, conséquence directe de l’accélération du jeu. La rupture du ligament croisé antérieur reste rare, de l’ordre de huit pour mille des lésions, mais lourde, avec une absence médiane d’environ cent quatre-vingt-quatorze jours, sans traitement miracle quel que soit le protocole. La commotion cérébrale, mieux reconnue, voit son incidence ne pas diminuer malgré l’évolution réglementaire.
Poser le diagnostic en consensus pluridisciplinaire
Une rééducation efficace suppose d’abord un diagnostic aussi exact que possible, établi selon une approche multidisciplinaire. Le ou les médecins, comme le ou les physiothérapeutes, apportent leur avis, puis un consensus est dégagé. Chacun doit comprendre son rôle sans l’outrepasser, et la rigueur diagnostique ne saurait être altérée par la proximité relationnelle avec tel ou tel joueur. La contribution de chaque intervenant varie selon la lésion : le rôle de l’orthopédiste est prépondérant devant une rupture du ligament croisé antérieur, alors que celui du rééducateur prime pour une lésion musculaire.
L’annonce du diagnostic obéit à des contraintes pratiques propres au milieu : elle se fait dans un cadre aussi privé et rapide que possible, avant que l’information ne circule auprès des autres joueurs et de l’entraîneur. On implique l’ensemble du staff médical, on évite le surdiagnostic, et une fois le diagnostic retenu, l’équipe s’y tient tout en se réservant la possibilité de le réévaluer. Cette discipline diagnostique structure ensuite l’ensemble de la stratégie de prise en charge et la communication qui en découle.
Une rééducation adaptée à l'environnement et aux ressources
Le principe directeur est qu’il n’existe pas de traitement magique et que le processus de rééducation doit être adapté à l’environnement disponible. Au sein de l’équipe nationale suisse, quatre physiothérapeutes interviennent lors des rassemblements, chacun avec ses techniques propres, de l’acupuncture à la médecine manuelle et aux approches plus physiques ; le staff tire parti des compétences complémentaires des uns et des autres. Les infrastructures du lieu de rassemblement, piscine ou salle de fitness, sont mises à profit. L’objectif est une rééducation effective rendant la plus grande part de l’effectif disponible pour l’entraîneur.
La prise en charge tient compte des compétences de l’équipe médicale, des équipements à disposition et des attentes du joueur, du coach et du club. L’Union des associations européennes de football (UEFA) met d’ailleurs à disposition des statistiques de durée, par exemple pour une entorse de cheville, permettant aux clubs adhérents de situer leur prise en charge par rapport à des références. La question de la durée d’absence, posée par le joueur, l’entraîneur et la presse, appelle de la prudence : les profils, les taux de récupération et les lésions diffèrent, et un délai plus long ne traduit pas nécessairement une complication. La règle reste de remettre le joueur en mouvement le plus tôt possible, avec le moins d’inconfort possible.
Prévention par l'entraînement et organisation du retour au terrain
L’entraînement constitue la meilleure des préventions, car il reproduit les contraintes du match et prépare au mieux le retour sur le terrain. Le processus de guérison suit une trajectoire connue : le rôle du médecin et des physiothérapeutes est prépondérant au stade du diagnostic, puis la place de l’entraîneur de condition physique grandit à mesure que celle des soignants décroît, jusqu’au retour à la compétition. Cette organisation s’appuie sur une carte des blessures et sur une évaluation quotidienne de l’aptitude à l’entraînement.
Au sein de l’équipe suisse, un meeting réunit chaque soir le responsable médical, le physiologiste de la préparation physique, les physiothérapeutes et l’entraîneur de condition physique. Chaque joueur est passé en revue : déroulement de la journée, plainte éventuelle, contracture des ischio-jambiers, symptômes intercurrents. Un système de feu vert, jaune ou rouge détermine l’« entraînabilité » du lendemain ; en cas d’inaptitude liée à une blessure, l’information est portée au coach principal. Cette traçabilité quotidienne sécurise les décisions et le rythme de réintégration.
Secret médical, communication et relations avec clubs et presse
La dimension relationnelle est indissociable de la fonction. Le médecin d’équipe doit composer avec les clubs employeurs des joueurs, parfois réticents à transmettre l’imagerie, avec les médias omniprésents lors des grands rassemblements, et avec le respect strict du secret médical. La règle rappelée en colloque est qu’il est licite de déclarer un joueur apte ou inapte, voire partiellement apte, mais non de divulguer la nature précise de la lésion ; les communiqués destinés à la presse sont préparés avec le joueur et le service de presse. Cette retenue se heurte aux attentes des clubs, qui réclament diagnostic et durée d’absence, et expose à des situations de tension, y compris juridiques.
Le suivi à distance des joueurs, désormais presque tous expatriés, repose sur des tableaux de présence hebdomadaires et sur le contact avec les médecins de club. L’expérience d’une Coupe du monde éclaire enfin la réalité de l’activité : sur environ deux cents consultations en six semaines, l’essentiel concernait l’équipe, une part le staff, et seulement un tiers relevait de l’appareil locomoteur, le reste étant de la médecine générale, maux de gorge, troubles digestifs ou du sommeil. Sur ce tournoi, l’absence de blessure sérieuse et de lésion de surcharge a été attribuée à la qualité de la préparation physique, confirmant que la fonction de médecin d’équipe est avant tout celle d’un médecin du football, et non d’un simple médecin du sport.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Thème de l'évènement
Football
Intervenants
Partie du corps
Maladies
Année
2019
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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1006 Lausanne
+41 21 510 33 48
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