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  • Retour au sport après prothèse de la hanche ou du genou

Reprise du sport après prothèse de hanche ou de genou : balance bénéfice-risque et stratégie d’indication

  • Dr Jérémie Gozzo
  • Extension des indications prothétiques au patient jeune et actif
  • Risque de luxation : lien avec le patient et la chirurgie, non avec le sport
  • Usure des matériaux et descellement selon le niveau d’impact
  • Risque fracturaire et densité osseuse du patient sportif
  • Spécificité de la prothèse unicompartimentale du genou
  • Prothèse totale de hanche, têtes de gros diamètre et couples modernes
  • Prothèse totale de genou, cimentée ou non cimentée
  • Prothèse unicompartimentale du genou chez le sujet jeune
  • Rééducation préalable et reprise sportive planifiée et progressive
  • Aborder les objectifs sportifs en consultation préopératoire, avant toute fausse attente
  • Hiérarchiser l’activité selon son impact plutôt que de l’interdire en bloc
  • Adapter la précocité de reprise au mode de fixation, prothèse non cimentée comprise
  • Préparer la reprise par un bilan statique-dynamique et une rééducation des déformations liées à l’arthrose

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Jérémie Gozzo, lunch meetings, 2024

L’extension des indications prothétiques vers des patients de plus en plus jeunes et actifs fait du retour au sport une demande devenue centrale, désormais classée au troisième rang des attentes après la sédation des douleurs et la récupération de la mobilité. Cette mise au point destinée au médecin référent reprend l’état de l’art sur les trois complications redoutées après arthroplastie de hanche ou de genou : la luxation, l’usure et le descellement, auxquelles s’ajoute la question des fractures. Elle distingue les craintes héritées d’études anciennes, fondées sur des matériaux obsolètes, des données récentes qui réhabilitent une reprise sportive raisonnée. La clé de lecture transversale reste le niveau d’impact de l’activité, plus déterminant que la pratique sportive elle-même. L’objectif est de fournir au confrère des repères pour cadrer la discussion préopératoire et accompagner une reprise progressive et adaptée au profil du patient.

Un contexte qui rebat les indications : la prothèse du sujet jeune et actif

Depuis une dizaine à une quinzaine d’années, l’épidémiologie des arthroplasties s’est déplacée vers le sujet jeune : dans les pays occidentaux, on pose désormais plus de prothèses chez les moins de 65 ans que chez les plus âgés, malgré le vieillissement de la population. Cette inflexion tient à l’amélioration des matériaux, aux techniques mini-invasives et à l’ensemble de la prise en charge périopératoire, de la rééducation à la gestion de l’analgésie. Il en résulte une extension progressive des indications vers des patients plus actifs, dont les attentes fonctionnelles dépassent la simple antalgie.

Cette évolution se lit jusque dans des situations extrêmes, à valeur d’illustration plus que de norme : la reprise compétitive de haut niveau environ huit à dix mois après une prothèse totale de hanche montre que la barre fonctionnelle a été déplacée. Pour le référent, l’enseignement n’est pas d’ériger ces cas en objectif, mais de reconnaître que la reprise sportive est aujourd’hui une attente courante, exprimée par le patient comme par son entourage. Elle se discute en consultation de manière très régulière, et la médecine préventive, qui promeut l’activité physique à un âge élevé, renforce encore cette demande.

Rien n'est formellement interdit, mais tout le monde n'est pas Andy Murray.

Le risque de luxation tient au patient et à la chirurgie, non au sport

La luxation est la première complication redoutée, mais les données disponibles déconnectent ce risque de la pratique sportive. La luxation relève surtout du patient et de ses facteurs de risque, dont l’obésité, et du geste chirurgical lui-même, qualité de la chirurgie et positionnement des implants compris. Elle survient le plus souvent à l’occasion de gestes basiques de la vie quotidienne, et l’on n’observe pas davantage de luxations chez les sportifs que chez les non-sportifs. La prothèse de genou peut elle aussi luxer, de même que le polyéthylène, événement plus rare et là encore lié aux activités quotidiennes plutôt qu’au sport.

Un élément technique éclaire ce point pour la hanche. Une hanche native mesure entre 45 et 50 mm de diamètre ; historiquement, la contrainte d’usure du polyéthylène imposait des têtes de petit diamètre, de l’ordre de 22 mm, qui généraient moins de débris en volume mais s’écartaient de l’anatomie et bridaient les amplitudes. La progression des couples modernes autorise désormais des têtes de plus gros diamètre sans usure excessive, restaurant des mouvements proches du naturel. Les études les plus rigoureuses montrent qu’avec ces têtes de gros diamètre, il n’existe pas de surcroît de luxation, y compris chez le patient qui reprend une activité sportive.

Usure et descellement : la lecture par le niveau d'impact

L’usure est la deuxième crainte, et la logique biomécanique impose de la prendre au sérieux : un matériau s’use, et plus une prothèse est sollicitée, plus elle s’use. Les études anciennes, jusqu’au début des années 2000, retrouvaient effectivement une usure supérieure chez les patients sportifs porteurs d’une prothèse de hanche ou de genou. Deux nuances en réduisent toutefois la portée. D’une part, ces travaux portaient sur des matériaux désormais abandonnés ; d’autre part, l’usure mesurée ne se traduisait pas par un excès de descellement. Les études plus récentes peinent même à démontrer un surcroît d’usure, sans doute en raison de durées de suivi limitées, sans que cette usure cesse pour autant d’exister.

Le descellement constitue le critère clinique pertinent, et l’analyse par type de sport est ici déterminante. Les travaux anciens retrouvaient paradoxalement plus de descellements chez les sujets inactifs, probablement par moindre minéralisation osseuse et facteurs de risque généraux ; les données récentes rapprochent les deux groupes. Mais en séparant les activités, on a montré pour la hanche que la reprise des sports à impact élevé, sports pivots, sports de combat, ainsi que des pratiques plus banales comme le jogging, s’accompagnait d’un risque de descellement environ trois fois supérieur. Ce signal n’est pas un détail. Pour le genou, ce lien n’a pas été établi de la même manière, mais une prothèse posée avant 50 ans présente un risque de descellement au cours de la vie environ cinq fois supérieur à celle posée plus tardivement.

Fractures et risque accidentogène : deux logiques à distinguer

Le risque fracturaire complète le tableau, et les données sont rassurantes sur le versant osseux. Une revue parue il y a environ sept ans ne retrouve pas de surcroît de fractures chez les patients porteurs de prothèse qui pratiquent une activité sportive, avec même une tendance à en observer moins. L’explication tient vraisemblablement à la minéralisation osseuse : le patient sportif présente une meilleure densité osseuse, ce qui conforte la résistance de l’os péri-prothétique et la tenue de l’implant. Ce constat va dans le sens d’une activité physique maintenue.

Un bémol s’impose néanmoins, qui relève non plus de l’os mais du contexte de pratique. Le risque accidentogène propre à certaines disciplines, sports collectifs et activités à impact exposant aux chutes, n’est pas neutralisé par une meilleure densité osseuse : la fracture peut alors survenir par traumatisme, à la différence du sujet sédentaire. Le message au référent est donc nuancé : pas de surrisque fracturaire intrinsèque lié à la prothèse, mais une vigilance maintenue sur les sports à fort potentiel de chute.

Le retour au sport est aujourd'hui la troisième demande des patients après une prothèse, derrière la diminution des douleurs et la récupération de la mobilité.

Des recommandations à la pratique réelle : trier par l'impact

Les recommandations classiques se résument à une variable, l’impact. Les sports à faible impact, marche, fitness, aquagym, vélo, sont recommandés sans restriction. Les sports à impact moyen sont autorisés à condition d’une expérience préalable de la discipline : on n’apprend pas le tennis avec une prothèse de genou récente. Les sports à fort impact devraient, en stricte application de ce qui précède, être déconseillés. La réalité observée diffère toutefois de ce schéma théorique.

Une étude multicentrique de forte puissance, interrogeant les chirurgiens sur leurs pratiques effectives à différents délais, éclaire cette réalité au délai pertinent de six mois. Un gradient logique apparaît, des sports à faible impact largement autorisés jusqu’aux sports extrêmes et de combat, autorisés par environ 25 % des chirurgiens, et 10 % supplémentaires chez les patients expérimentés. Plusieurs disciplines à impact non négligeable, ski, randonnée, course à pied, tennis, sont pourtant autorisées à 80 voire 90 %, notamment parce que les chirurgiens les pratiquent eux-mêmes ou sont porteurs de prothèse. Les chirurgiens à fort volume prothétique et les praticiens cadres se montrent plus permissifs que ceux en formation, ce qui traduit le poids de l’expérience collective.

Conduite en consultation et cas de la prothèse unicompartimentale

La conduite pratique repose sur une discussion préopératoire des objectifs sportifs, du niveau et des disciplines visées, afin d’éviter les fausses attentes. La classification d’un sport par son impact reste subjective et varie selon les études, la randonnée pouvant basculer d’une catégorie à l’autre : les modalités de pratique, descente maîtrisée, chaussures amorties, bâtons, choix du parcours, conditionnent l’impact réel. La planification d’une reprise intelligente intègre le mode de fixation : avec une prothèse non cimentée, impactée dans l’os qui doit ensuite l’intégrer, une reprise trop précoce d’un sport d’impact menace l’ostéo-intégration. Le bilan des déformations liées à l’arthrose, flexum de hanche ou de genou, hyperlordose, perte musculaire, conduit à une rééducation préalable, menée avec la médecine du sport, avant tout retour à une activité abandonnée de longue date.

La prothèse unicompartimentale du genou constitue un cas particulier favorable. Adressée à des patients plus jeunes porteurs d’une usure localisée, elle préserve la majeure partie du genou, ligaments et compartiment opposé, d’où une récupération plus rapide et une fonction souvent complète, avec un taux de reprise sportive proche de 100 %. La question d’un surcroît de descellement, lié à une surface implantaire plus petite et donc plus contrainte, ainsi qu’au devenir des autres compartiments, a été examinée : une série de 500 patients suivis cinq ans ne retrouve pas davantage de descellement chez les sujets très actifs ou sportifs. Les conseils rejoignent dès lors ceux des prothèses totales : reprise progressive, modulée par la durée d’inactivité antérieure, sans banaliser le fait que l’impact use la prothèse, et en proposant le cas échéant une réorientation vers des disciplines à plus faible impact.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Sport après prothèse et chez le patient âgé

Intervenants

Dr Jérémie Gozzo

Partie du corps

Genou, Hanche

Maladies

Année

2024

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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