- Accueil
- Résultats et perspectives des PEI
Résultats et perspectives des PEI
- Dr Alexandre Lädermann
- Évolution historique et concept de la prothèse inversée
- Résultats à long terme : inversé versus anatomique
- Progression des designs et latéralisation du centre de rotation
- Prothèse inversée anatomique et voie d’abord préservant les parties molles
- Planification numérique, navigation et perspectives en intelligence artificielle
- Prothèse totale d’épaule inversée pour arthrose primaire
- Latéralisation glénoïdienne et humérale du centre de rotation
- Voie d’abord delto-pectorale puis antéro-supérieure sans section tendineuse
- Renforcement de la réparation du sous-scapulaire par le long chef du biceps
- L’inversé représente désormais la grande majorité des indications d’arthroplastie d’épaule, y compris dans l’arthrose primaire
- Le choix du design conditionne le profil de complications : fractures de l’acromion, descellement glénoïdien
- L’intégrité de la coiffe des rotateurs guide le design et la stratégie de reconstruction
- Adresser le bilan d’imagerie complet : la planification préopératoire est désormais indispensable
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Alexandre Lädermann, congrès Medicol, 2026
La prothèse d’épaule inversée (PEI) s’est imposée en moins de cinquante ans comme l’implant de référence de l’arthroplastie scapulo-humérale, au point de remettre en question la pérennité même de la prothèse anatomique. Cette mise au point destinée au médecin référent retrace l’évolution du concept depuis le design originel jusqu’aux solutions actuelles de latéralisation modulée, et confronte les résultats à long terme de l’inversé à ceux de l’anatomique. Elle aborde la maîtrise progressive du taux de complications, l’émergence de la prothèse inversée dite anatomique préservant les parties molles, et l’apport de la planification numérique. L’objectif est de fournir des repères actualisés sur les indications, les bénéfices fonctionnels et les pièges propres à chaque génération d’implant.
Du concept marginal à l'implant de référence
L’histoire de la prothèse inversée débute il y a près de cinquante ans avec Paul Grammont, dont le principe de médialisation et d’abaissement du centre de rotation a d’abord suscité l’incrédulité du milieu orthopédique, au point que les premiers travaux ont trouvé refuge dans la littérature rhumatologique. La diffusion du concept a tenu à quelques convictions tenaces, portées notamment par l’école lyonnaise, avant qu’un fellowship en 2007 ne permette d’en rapporter la technique à Genève. Les débuts se sont accompagnés d’un taux de complications avoisinant 25 pour cent, qui faisait douter de l’avenir de l’implant.
Le retournement a été complet. Là où la survie de la prothèse anatomique à vingt ans reste médiocre, en particulier au versant glénoïdien où le descellement est quasi constant, l’inversé démarre parfois plus lentement mais offre une stabilité durable des résultats. Ce contraste explique que l’on s’interroge aujourd’hui sur la survie même de l’anatomique. La filiation des équipes françaises, de Grammont à ses successeurs dijonnais, a accompagné cette montée en puissance, l’inversé représentant désormais l’écrasante majorité des indications d’arthroplastie d’épaule.
Résultats à long terme : confronter l'inversé à l'anatomique
La littérature rétrospective a progressivement montré, avec plus de deux ans de recul, des résultats au moins équivalents et souvent supérieurs pour l’inversé, au prix de davantage de complications dans les séries anatomiques. Restait à apporter le niveau de preuve prospectif qui faisait défaut, plusieurs équipes ayant entamé puis abandonné ce type d’étude. Une étude prospective randomisée a donc été conduite avec l’accord de la commission d’éthique, ciblant des hommes de 60 à 85 ans porteurs d’une arthrose primaire, sans lésion de la coiffe des rotateurs ni perte osseuse conséquente, évalués par des scores fonctionnels adaptés au suivi.
Les résultats préliminaires ne montrent pas de différence préopératoire ni à long terme entre les deux groupes, à l’exception d’une rotation externe meilleure pour les anatomiques, mais au prix d’un nombre supérieur de complications et probablement de révisions dans ce même groupe. Ces données prospectives confirment ainsi les séries rétrospectives. La question de savoir si l’anatomique se dégrade plus vite que l’inversé justifie de poursuivre le suivi. Le déficit relatif de rotation externe de l’inversé n’apparaît plus comme un problème fonctionnel décisif, ce qui conforte sa place dominante dans les indications actuelles.
L'évolution des designs et le compromis de latéralisation
Le design originel associait une glène médialisée et un humérus latéralisé positionné dans la métaphyse. Il offrait une grande sécurité, avec très peu de fractures de l’acromion, d’instabilité ou de descellement glénoïdien, au prix d’amplitudes articulaires limitées, comme en témoignent des reculs allant jusqu’à quinze ans avec un excellent résultat clinique. La recherche de meilleures amplitudes a ensuite conduit, vers 2014, à latéraliser franchement l’humérus en conservant une glène médiale, ce qui a effectivement amélioré la mobilité et supprimé les luxations, mais au prix d’une augmentation significative des fractures de l’acromion.
La génération suivante, adoptée vers 2021, repose sur un compromis de latéralisation modérée au niveau de la glène comme de l’humérus, destiné à améliorer les rotations et à limiter le conflit huméro-glénoïdien fréquent sur les inversés. Les amplitudes obtenues sont remarquables, la main dans le dos restant le geste le plus inconstant, avec très peu de luxations et des fractures de l’épine devenues occasionnelles. En contrepartie apparaît une complication nouvelle, le descellement, dont la gestion n’est pas toujours simple. La maîtrise du taux global de complications, passé de 25 à moins de 5 pour cent, s’accompagne donc d’un déplacement du spectre des complications plutôt que de leur disparition.
La prothèse inversée anatomique : préserver les parties molles
Le concept de prothèse inversée anatomique cherche à associer les avantages biomécaniques de l’inversé au respect intégral des parties molles. La latéralisation du centre de rotation, obtenue en interposant du métal, permet d’obtenir précocement des amplitudes actives surprenantes. La voie d’abord, décrite en 2016, illustre cette philosophie : elle débute par un abord delto-pectoral standard puis, lorsque le tendon sous-scapulaire est intact, migre vers un abord antéro-supérieur qui permet de glisser la prothèse sans sectionner aucune structure tendineuse.
Cette technique exigeante, réservée aux patients souples, suppose de travailler par un accès étroit, en exposant l’humérus proximal puis la glène à l’aide d’écarteurs spécifiques. Lorsqu’elle aboutit, le bénéfice est majeur : le deltoïde, le pectoral et le sous-scapulaire étant respectés, la prothèse tient solidement dans l’os, aucun tissu mou ne nécessite de protection et le patient peut mobiliser immédiatement. Lorsque la section du sous-scapulaire reste nécessaire, sa réparation a été nettement renforcée ces dernières années, notamment par l’utilisation du long chef du biceps comme renfort tendineux.
Planification numérique, reconstructions sur mesure et navigation
La planification préopératoire est devenue systématique et peut être importée dans des lunettes de réalité augmentée pour naviguer le geste, rendant visible ce qui ne l’était pas et améliorant la précision de l’implantation. Au-delà de la préservation anatomique, des reconstructions véritablement anatomiques sont désormais possibles grâce aux implants sur mesure : plutôt que d’adapter l’os à la prothèse, on adapte la prothèse à l’os, ce qui simplifie le geste et autorise des reconstructions plus ambitieuses.
Ces solutions trouvent leur intérêt dans les situations complexes, telles une dysplasie glénoïdienne ou une perte osseuse glénoïdienne majeure ayant conduit à une reprise. Des guides dédiés permettent de positionner précisément les trous et d’orienter les vis, en reproduisant fidèlement la forme de l’os afin de prévenir les descellements observés avec les implants standards. Le bénéfice clinique se traduit par une rééducation accélérée : des patients opérés la veille retrouvent des mobilités actives dès le premier jour, et la récupération d’une motricité fine, longtemps difficile, est aujourd’hui possible, ce qui modifie favorablement la trajectoire fonctionnelle et le travail des physiothérapeutes.
Vers une modularité guidée par l'intelligence artificielle
La standardisation des implants se heurte à la variabilité anatomique : la dispersion morphologique des scapulas est telle qu’une planification valable pour un patient ne peut être transposée à un autre. En faisant varier les paramètres de la prothèse, latéralisation, taille de la glénosphère, distalisation, on constate que certains mouvements comme l’abduction restent peu sensibles au design, tandis que d’autres, comme l’adduction, varient de façon drastique. La prise en compte simultanée de tous ces paramètres dépasse l’analyse intuitive et plaide pour une aide décisionnelle algorithmique.
C’est l’objet des travaux en cours : une aide à la décision reliant le design prothétique à l’anatomie spécifique du patient. En pratique, le raisonnement reste guidé par l’état de la coiffe des rotateurs, un angle col-diaphyse intermédiaire servant de compromis, mais imposant de changer de design en l’absence de coiffe ou en cas de perte osseuse massive. La modularité devient la clé : le choix de l’implant, aujourd’hui arrêté en pré et peropératoire, pourrait à l’avenir être ajusté en postopératoire grâce à des glénosphères réglables, ouvrant la perspective d’une correction secondaire de la latéralisation sans nouvelle chirurgie majeure.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Actualités en chirurgie de la main et chirurgie de l'épaule
Intervenants
PD Dr Alexandre Lädermann
Partie du corps
Épaule
Maladies
Année
2026
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
Besoin d'un avis médical?
Les médecins du Centre Orthopédique d'Ouchy sont à votre disposition
1006 Lausanne
+41 21 510 33 48
En savoir plus en vidéos
Playlist
0:16
En savoir plus en vidéos
Playlist
0:16
Vous pourriez aimer aussi
Cette vidéo explique à quoi sert un robot au bloc opératoire lors d’une chirurgie du genou. Le robot ne remplace pas le chirurgien : il aide à…
English