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- Réhabilitation et rééquilibrage lombo-pelvien
Réhabilitation précoce après prothèse de hanche : peur du patient, douleur perçue et rééquilibrage frontal du bassin
- Julien Rappaz
- Définition et finalité de la réhabilitation : redonner la confiance et l’habileté perdues
- Relation entre peurs du patient et intensité de la douleur ressentie
- Séminaires éducatifs préopératoires et programme de retour à la vie active
- Schéma d’évitement de la peur et catastrophisation
- Déficit du moyen fessier et stabilisation du bassin dans le plan frontal
- Séminaires éducatifs préopératoires deux à quatre semaines avant la pose de prothèse
- Programme de réhabilitation orienté retour à la vie active
- Rééducation active du moyen fessier en chaîne fermée
- Travail de transfert de charge et de proprioception en appui
- Interroger activement ce que le patient pense vraiment, car la peur est souvent tue par honte
- Éviter les termes alarmants et ne pas recentrer l’attention sur la prothèse sans nécessité
- Privilégier le travail actif du moyen fessier en chaîne fermée plutôt qu’en chaîne ouverte
- Restaurer la confiance avant d’affiner l’approche analytique
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Julien Rappaz, congrès Medicol, 2017
La réhabilitation après prothèse totale de hanche ne se résume pas aux paramètres mesurables que sont le coût, la durée de séjour ou le délai de reprise du travail. Cette intervention met en avant une dimension difficilement quantifiable mais déterminante : la perception subjective du patient et, en particulier, le rôle de ses peurs dans la douleur effectivement ressentie. Le propos s’appuie sur la relation établie entre appréhension préopératoire et intensité douloureuse, sur l’apport des séminaires éducatifs préopératoires, et sur la nécessité de ne pas recentrer en permanence l’attention du patient sur sa prothèse. Le volet biomécanique aborde le déficit du moyen fessier dans le plan frontal et la stabilisation du bassin, repères utiles à transmettre dans le suivi conservateur comme postopératoire.
Qu'est-ce que réhabiliter : redonner confiance et habileté
Avant d’en mesurer l’efficacité, il convient de préciser ce que recouvre la réhabilitation. Le terme renvoie à la restauration d’une confiance perdue et au fait de rendre de nouveau une personne habile à accomplir un geste qu’elle ne peut plus réaliser. Cette définition déplace l’objectif : il ne s’agit pas seulement de restaurer une fonction articulaire, mais de réinsérer le patient dans ses activités sociales et professionnelles. Pour le référent, retenir cette acception fonctionnelle conditionne la manière d’accompagner le patient porteur d’une prothèse totale de hanche.
L’efficacité d’un programme de réhabilitation se quantifie aisément par le coût, la durée de prise en charge, le délai de retour au travail ou l’impact sociétal. Ces indicateurs objectifs laissent toutefois de côté une donnée moins mesurable mais déterminante : le ressenti du patient. Recueillir son feedback, comprendre comment il perçoit son problème et comment il l’aborde, complète utilement l’évaluation purement chirurgicale. Cette écoute oriente la suite de la prise en charge et constitue un repère pour le confrère qui assure le suivi de proximité.
Peurs du patient et douleur ressentie : une corrélation documentée
Une méta-analyse réunissant quarante-six études établit une relation claire entre les peurs rapportées par le patient et les douleurs qu’il expérimente, modulées par son histoire personnelle. Des scores neuro-physio-psychologiques recueillis chez des patients candidats à une prothèse de hanche ou de genou confirment ce lien au niveau cognitif. Plus l’appréhension est élevée, plus la douleur est ressentie avec intensité. Cette donnée invite le référent à considérer la composante émotionnelle de la plainte douloureuse, et non sa seule dimension tissulaire.
La difficulté tient à ce que le patient n’exprime pas spontanément ses craintes : par honte d’avouer sa peur de l’opération ou du traitement, il affirme volontiers ne pas en avoir. Il faut donc aller chercher activement ce qu’il pense réellement. Les travaux de 2017 cités montrent qu’un groupe instruit en amont, informé non seulement de ce qui peut survenir mais aussi de ce qui ne surviendra pas, présente une appréhension moindre. Reconnaître cet imaginaire parfois fantasmagorique, et le corriger par une information honnête, fait partie intégrante de la prise en charge.
Séminaires préopératoires et programme de retour à la vie active
Pour répondre à cette appréhension, des séminaires sont organisés deux à quatre semaines avant la pose d’une prothèse de hanche ou de genou. Ils vulgarisent des notions d’anatomie, de pathologie, d’anesthésie, de gestion de la douleur et de suivi postopératoire, dans un registre pratique et accessible, en laissant le patient poser ses questions. Ce temps éducatif s’inscrit dans un programme de réhabilitation orienté vers le retour à la vie active, dont l’objectif est de restaurer la confiance avant même l’intervention.
Les observations préliminaires, portant sur vingt patients randomisés parmi quatre-vingts ayant suivi le séminaire et l’accompagnement, suggèrent une sortie d’hôpital généralement avant neuf jours, alors que la même chirurgie, conduite par le même opérateur et les mêmes physiothérapeutes, conduisait plutôt à une sortie autour de onze à douze jours. Ces chiffres restent un ordre de grandeur et non un résultat statistiquement établi, mais ils orientent vers une hypothèse claire : un patient mieux informé, donc plus en confiance, récupère plus vite. Le référent qui prépare son patient en amont participe à ce gain.
Schéma d'évitement de la peur et catastrophisation
Face à une blessure ou à une douleur, deux trajectoires s’opposent. Le patient peut basculer dans la catastrophisation, anticipant une gravité extrême et l’impossibilité de se rétablir, ce qui l’engage dans un cercle vicieux associant compensation, peur et évitement, jusqu’à revivre la même douleur assortie de frustration. À l’inverse, lorsqu’il comprend ce dont il s’agit, il aborde sa situation avec confiance, se confronte à sa douleur et progresse plus facilement vers la guérison. Ce schéma d’évitement de la peur constitue un cadre de lecture utile pour anticiper les récupérations difficiles.
L’attitude du soignant pèse directement sur cette trajectoire. Recentrer sans cesse l’attention du patient sur sa prothèse, par des consignes répétées de prudence, ravive sa focalisation sur l’articulation opérée. Tant qu’aucun geste réellement dangereux n’est initié, il n’y a pas lieu de souligner le risque ; l’intervention se justifie seulement lorsque le patient amorce un mouvement effectivement à risque. Cette retenue dans le discours, qui évite les termes alarmants, fait partie des messages clés à partager avec les confrères impliqués dans le suivi.
Détourner l'attention pour restaurer l'appui : illustration clinique
Une patiente à six jours d’une prothèse totale de hanche, en charge complète, présentait un équilibre statique bipodal sans canne et une marche en alternance sans douleur rapportée. Placée sur une console de jeu sollicitant l’inclinaison du bassin de droite à gauche pour orienter une bille, elle transférait initialement à peine plus de poids sur le côté opéré, avec une répartition d’environ cinquante-quatre contre quarante-six pour cent. Après une vingtaine de minutes, elle osait nettement davantage charger ce côté, malgré une tendance à la boiterie et un déport des épaules vers la charge.
L’intérêt de l’exercice tenait moins à la performance qu’au changement d’état d’esprit. En se prenant au jeu, la patiente a peu à peu oublié sa prothèse, au point de quitter le service en laissant ses cannes derrière elle. Cette anecdote, prise comme illustration et non comme preuve, traduit une idée centrale : c’est souvent le soignant qui fixe le patient sur son problème. En détournant l’attention de l’articulation pour la reporter sur une tâche fonctionnelle, on restaure la confiance, puis on peut redevenir analytique et précis lorsque cela s’impose.
Déficit du moyen fessier et rééquilibrage du bassin dans le plan frontal
La douleur de hanche, qu’elle précède l’intervention ou relève d’autres causes, entraîne un évitement de la charge complète et axée, à l’origine d’une fonte du moyen fessier. Ce muscle, déterminant pour la stabilisation du bassin dans le plan frontal lors de la marche et de la course, mérite une attention particulière. Tester le moyen fessier en chaîne ouverte présente peu d’intérêt : puisque la fonction recherchée s’exprime à la marche, c’est en chaîne fermée qu’il convient d’évaluer et de travailler ce muscle, sauf besoin d’un examen plus précis.
Le travail proposé vise à éviter la chute du bassin du côté en appui et à prévenir une stabilisation de compensation par les adducteurs, qui majorerait l’adductus et l’évitement de la charge. Cette approche du plan frontal, inspirée du geste de course en athlétisme, complète le rééquilibrage pelvien. Pour le référent, retenir l’importance du moyen fessier en chaîne fermée et de la répartition symétrique de la charge offre des repères concrets pour orienter la rééducation après prothèse comme dans les douleurs de hanche conservatrices.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Chirurgie de la hanche: de l'arthroscopie à la prothèse
Intervenants
Julien Rappaz
Partie du corps
Hanche
Maladies
Année
2017
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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