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Rééducation après reconstruction du ligament croisé antérieur : protocole et étapes de retour au sport
- Dr Jacques Vallotton
- Mécanisme de la rupture du LCA et traduction clinique de l’instabilité
- Reconstruction par greffon tendineux sous arthroscopie
- Co-contraction et protection active du néoligament
- Rééducation proprioceptive et stabilisation active progressive
- Calendrier de reprise sportive et critères de retour
- Reconstruction du LCA par greffon tendineux sous arthroscopie
- Rééducation fonctionnelle progressive et proprioception
- Attelle protectrice, cryothérapie et électrostimulation
- Pliométrie en piscine puis à sec et travail spécifique au sport
- Insister sur la co-contraction des fléchisseurs pour protéger le néoligament
- Respecter strictement la progression de la mise en charge et des délais
- Entraîner la proprioception très précocement, avant la force pure
- Conditionner la reprise sportive au bilan isocinétique, pas au seul ressenti
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Jacques Vallotton, émission médicale, 2019
La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) survient classiquement lors d’un mouvement forcé du genou ou d’un choc direct en pratique sportive, et se traduit par une instabilité dont le ressaut rotatoire est la traduction clinique. Lorsque la reconstruction par greffon tendineux est retenue, le résultat fonctionnel dépend étroitement de la position du transplant et du respect d’un programme de rééducation structuré. Cette mise au point destinée au médecin référent détaille la logique des phases de rééducation, du réveil musculaire précoce centré sur la co-contraction jusqu’au retour progressif aux activités sportives. L’objectif est de fournir des repères de calendrier et des signaux d’alerte utiles au suivi du patient opéré entre les consultations spécialisées.
Du mécanisme lésionnel à l'indication de reconstruction
La déchirure du ligament croisé antérieur survient le plus souvent lors d’un mouvement forcé du genou ou d’un choc direct en contexte sportif. La perte de la contention ligamentaire autorise une translation antérieure anormale du tibia, particulièrement marquée dans les positions proches de l’extension, qui se traduit cliniquement par un phénomène de ressaut. Ce test dynamique reproduit la subluxation du tibia, réductible en flexion, et constitue le marqueur de l’instabilité fonctionnelle dont se plaint le patient.
Lorsque l’instabilité retentit sur la fonction, le traitement chirurgical consiste à substituer au ligament rompu un néoligament constitué d’un greffon tendineux. Réalisée sous arthroscopie, l’intervention offre une bonne visualisation des insertions ligamentaires et facilite les suites post-opératoires, le transplant étant fixé à l’os à ses deux extrémités. Le succès de l’intervention dépend étroitement de la position du greffon et du respect du programme de rééducation, ces deux conditions étant indissociables du résultat final.
Phase initiale : réveil musculaire et co-contraction
Au sortir de la salle d’opération, le genou est installé dans une attelle protectrice, ouverte pour permettre l’application de glace dont l’action est à la fois analgésique et anti-inflammatoire. La première semaine est consacrée au réveil musculaire. En se contractant, les fléchisseurs du genou empêchent le glissement antérieur du tibia et offrent ainsi une protection très efficace au néoligament, ce qui justifie de les solliciter en priorité dès les premiers exercices.
La contraction des fléchisseurs peut être pratiquée isolément, mais non celle des extenseurs, qui tirent le tibia en avant et exposent le transplant. L’extension active n’est donc autorisée que sous couvert d’une contraction simultanée des fléchisseurs, principe désigné sous le terme de co-contraction. Maintenue environ quinze secondes, répétée une dizaine de fois et plusieurs fois par heure, cette co-contraction est systématiquement utilisée lors de tous les transferts, dès le lever, et constitue le geste protecteur fondamental de cette phase.
Mise en charge progressive et gain de mobilité
La reprise de l’appui est graduée. La marche s’effectue en co-contraction, attelle en place pendant les trois premières semaines, l’attelle étant également conservée la nuit durant les quatre premières semaines. La charge débute partielle, autour du quart du poids du corps, et augmente progressivement au fil des semaines, l’appui complet étant autorisé dès la cinquième semaine. Cette progression protège le greffon pendant la phase d’intégration osseuse tout en stimulant la récupération fonctionnelle.
La récupération de la mobilité est conduite en parallèle. Dès la deuxième semaine, le genou est mobilisé, et la mobilisation de la rotule prévient la formation d’adhérences tout en facilitant la récupération fonctionnelle. L’étirement de la chaîne postérieure est sans risque pour le néoligament tant que la hanche reste suffisamment fléchie, tandis que l’étirement de la chaîne antérieure se fait sous la protection de l’attelle. L’extension complète, recherchée précocement, est consolidée par la marche en arrière qui maintient le gain obtenu.
Proprioception et stabilisation active
Les mécanismes réflexes destinés à restaurer la perception et le contrôle du genou sont entraînés très précocement, par paliers successifs sous la direction du thérapeute. La sollicitation des membres supérieurs en contre-résistance impose un effort de stabilisation au sol qui développe le contrôle articulaire : le genou est fortement sollicité sans pour autant être mobilisé. La suppression du contrôle visuel et les exercices de déséquilibre renforcent encore ce travail proprioceptif, aisément transposable au domicile.
L’électrostimulation complète utilement les contractions volontaires pour prévenir l’atrophie musculaire, à condition que l’intensité reste juste en dessous du seuil douloureux. La cryothérapie est poursuivie jusqu’à disparition de l’épanchement, et l’étirement reste indissociable du renforcement. À partir de la sixième semaine, le genou est davantage sollicité en rotation, la stabilisation active prenant une place déterminante dans la perspective du retour au sport. La proprioception est alors travaillée sur des plans de plus en plus instables, avec une exigence croissante de force musculaire.
Reprise des activités sportives à faible impact
Le retour au sport suit une hiérarchie d’impact croissant. La septième semaine coïncide avec le début du vélo en extérieur, le choix des parcours visant à limiter le risque de chute. Les exercices sont ensuite menés en appui monopodal, la position antérieure entretenue par un effet de rappel élastique protégeant le néoligament. Le patient reprend ainsi confiance dans un environnement contrôlé avant d’aborder les sollicitations plus contraignantes.
Le renforcement par sauts, ou pliométrie, est introduit progressivement, d’abord en piscine où l’allègement et la résistance du milieu sécurisent le geste, avant d’être réalisé à sec. Les sauts sont ensuite couplés à des réceptions de balles afin d’automatiser le contrôle du genou. L’aqua jogging, qui impose une exécution stricte dans l’axe de progression, parfait ce contrôle. Au milieu du troisième mois, certaines activités comme le patin à roulettes ou le ski de fond sont autorisées, à condition qu’elles aient été pratiquées avant l’intervention à un niveau technique suffisant.
Retour à la course, aux sports de pivot et critères de reprise compétitive
Les sollicitations à fort impact et en pivot sont réservées aux derniers paliers. Le jogging n’est autorisé qu’au quatrième mois, en raison des répercussions articulaires de l’impact du pied au sol, et il est conseillé de privilégier d’abord les surfaces souples, piste finlandaise, sentier de forêt ou piste vita. Les changements rapides de direction et la force explosive sont travaillés à fréquence élevée sur des plans instables, le sport de prédilection relevant alors d’un entraînement spécifique, comme le football, où la répétition des gestes avec le thérapeute permet au joueur de mesurer ses possibilités et ses limites.
Au sixième mois, la préparation s’adapte à la reprise de l’entraînement, mais les contacts restent à éviter. La décision de reprise compétitive ne repose pas sur le seul ressenti du patient : elle est subordonnée à un bilan isocinétique objectivant une récupération satisfaisante de la force musculaire, condition au terme de laquelle la compétition peut être reprise au neuvième mois. Ce calendrier, et les critères objectifs qui le jalonnent, constituent des repères utiles au médecin référent pour cadrer les attentes du patient et identifier tout retard de progression justifiant un nouvel avis spécialisé.
Type de vidéo
Émission médicale
Intervenants
Dr Jacques Vallotton
Partie du corps
Genou
Maladies
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