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  • PTH: la mode des tiges courtes

Prothèses de hanche à tige courte : effet marketing ou réel bénéfice ?

  • Dr Jacques Vallotton
  • Rationalité biomécanique des tiges courtes et transfert de charge proximal
  • Classification des tiges courtes selon la zone d’ancrage
  • Reconstruction de l’anatomie de la hanche : offset et longueur
  • Sélection morphologique du col et du fémur proximal
  • Apport de la planification tridimensionnelle
  • Prothèse totale de hanche à tige courte par voie mini invasive
  • Reconstruction de l’offset fémoral et de la longueur du membre
  • Planification tridimensionnelle préopératoire
  • Reprise par implant standard sans tige de révision en cas de descellement
  • La tige courte préserve le stock osseux proximal et diminue le stress en torsion
  • L’indication repose sur la morphologie : col long et étroit favorable, fémur proximal large défavorable
  • Un ratio col/canal médullaire élevé contre-indique cet implant
  • En cas d’échec, la reprise se fait par implant standard, sans tige de révision

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Jacques Vallotton, congrès Medicol, 2024

L’arthrose primaire de hanche relève aujourd’hui d’une arthroplastie totale dont les résultats sont déjà excellents avec les implants conventionnels. Dans ce contexte, l’essor des tiges courtes pose une question légitime au confrère : s’agit-il d’un simple argument commercial ou d’un gain biomécanique tangible ? Cette mise au point reprend la rationalité de ces implants, leur classification, leurs indications et leurs limites, ainsi que l’apport de la planification tridimensionnelle. L’objectif est de fournir au médecin référent des repères pour comprendre la logique d’indication et identifier les morphologies fémorales qui s’y prêtent ou non.

Une innovation à éprouver face à des prothèses standards déjà performantes

L’évolution des implants fémoraux s’est orientée ces dernières années vers les tiges courtes, dont les modèles sont aujourd’hui très variés. On distingue d’un côté des prothèses qui s’adaptent simplement sur la tête du fémur, sans constituer véritablement une tige, et de l’autre des tiges raccourcies ou franchement courtes à implantation cervicale, dont la hauteur d’ancrage varie. La question posée n’est pas anodine pour le confrère : alors que les prothèses conventionnelles donnent déjà d’excellents résultats, ces nouveaux dessins représentent-ils un réel progrès ou un argument marketing ?

Une part de l’engouement tient en effet au discours sur la chirurgie mini invasive, qualificatif attribué pour distinguer ces gestes de ceux pratiqués auparavant, alors même que des approches comparables existaient déjà sans porter ce nom. Cet effet d’image a probablement concentré l’attention des chirurgiens sur les tiges courtes. Reste qu’au-delà du discours, certains arguments biomécaniques sont concrets, et que la planification préopératoire permet aujourd’hui d’objectiver le juste choix d’implant plutôt que de s’en remettre à une mode.

La philosophie, c'est de reconstruire la hanche au plus proche de l'anatomie originelle.

Le principe biomécanique : transfert de charge et économie osseuse

Le principe fondamental est que plus l’on coupe haut le fémur, plus la charge est transférée vers sa partie proximale, avec une répartition des contraintes plus harmonieuse. En s’ancrant dans le col fémoral, l’implant respecte le stock osseux et réduit le stress, en particulier les contraintes en torsion, ce qui constitue un avantage mécanique appréciable. Cette logique de préservation proximale est le cœur de la rationalité des tiges courtes et les distingue des tiges standards à appui diaphysaire.

La géométrie de l’implant participe à cet objectif. Une tige standard suit un axe droit et vient s’appuyer sur la corticale, tandis que la tige courte présente une courbure adaptable, avec deux angles de courbure de cent vingt six et cent dix sept degrés et un débattement plus important. Cette modularité permet de s’adapter à différentes conformations fémorales, y compris lorsque la translation de la diaphyse rend impossible la mise en place d’une tige longue. La forme suit ainsi l’anatomie, et non l’inverse.

Classification des tiges courtes selon la zone d'ancrage

La Société française de chirurgie de la hanche et du genou a établi une classification fondée sur la croissance progressive de la surface d’ancrage et sa longueur. Le type un correspond à un resurfaçage à ancrage purement céphalique. Le type deux assure une stabilisation cervicale isolée, avec un effet de bouchon, et se décline en plusieurs sous-groupes, dont l’un repose sur la courbure du calcar. Viennent ensuite des prothèses à ancrage métaphysaire, la prothèse classique répartissant quant à elle son ancrage entre zone métaphysaire et diaphysaire.

Parmi ces options, l’implant qui prend appui sur le col et transmet la charge sur la partie haute du fémur présente de nombreux avantages et mérite l’attention du confrère. En se rapprochant de l’anatomie originelle, il limite le risque d’erreur de positionnement, notamment dans le plan axial, et offre une meilleure répartition des charges. Sa préparation, par une entrée plus haute, favorise par ailleurs l’approche mini invasive sans imposer d’exposition chirurgicale supplémentaire.

Reconstruire l'anatomie de la hanche : offset, longueur et fiabilité

La philosophie de ces implants est de reconstruire la hanche au plus proche de l’anatomie originelle, en restaurant l’offset, c’est-à-dire l’écartement du fémur par rapport au bassin, ainsi que la longueur du membre. Plus la reconstruction est anatomique, moins le risque d’erreur de positionnement est élevé et plus la répartition des charges est physiologique. Cet objectif de restauration géométrique, et non la seule miniaturisation de l’implant, justifie l’intérêt clinique de la démarche.

Sur le plan de la fiabilité, leur forme anatomique limite les fractures peropératoires par rapport à d’autres dessins, et certaines séries rapportent une diminution des infections, donnée à interpréter avec prudence. La stabilité primaire est globalement bonne, sans nécessité de surveillance particulière, et les taux de survie sont comparables à ceux des autres implants, comme le montrent deux études récentes. À huit ans de recul, la masse osseuse de la partie proximale du fémur est conservée, ce qui représente un intérêt réel pour le patient.

La planification 3D ne nous permet pas seulement de savoir si la prothèse est adaptée : elle montre aussi si sa fixation est stable dans l'os. C'est finalement un réel avantage et pas un effet marketing.

Sélection des patients : morphologie du col et du fémur proximal

Ces prothèses ne conviennent pas à tous les patients. Elles supposent une qualité osseuse suffisante et un col long et étroit sur lequel l’implant pourra prendre un appui fiable, configuration qui constitue le cas idéal. À l’inverse, un fémur très large dans sa partie haute rend déjà difficile le choix d’un implant adapté, et une morphologie associant un fémur évasé oriente plutôt vers une prothèse sur mesure que vers une tige courte.

La contre-indication la plus claire est l’effet de remplissage maximal de la partie proximale du fémur, traduit par un ratio élevé entre la taille du col et le diamètre du canal médullaire. Dans cette situation, la tige courte doit être évitée. Ces repères morphologiques sont essentiels pour le confrère qui adresse un patient, car ils conditionnent la faisabilité même de l’implant et orientent vers une prothèse standard, modulaire ou sur mesure selon les cas.

Résultats à moyen terme, complications et apport de la planification 3D

La série présentée compte environ deux cents cas, dont les cent soixante premiers analysés avec un recul moyen de huit ans chez des patients relativement jeunes, opérés pour arthrose primaire ou nécrose du col fémoral. Les résultats cliniques sont conformes aux attentes du chirurgien et du patient. Les complications rapportées incluent trois descellements aseptiques, marqués par une subsidence et une mobilité de l’implant ; l’un d’eux a nécessité une reprise. Cette reprise s’effectue par un implant standard et non par une tige de révision, ce qui constitue un atout du concept mini invasif. D’autres séries de la littérature confirment des résultats satisfaisants avec ce type d’implant.

L’apport de la planification tridimensionnelle est déterminant. Elle ne se limite pas à vérifier l’adéquation de la prothèse à l’anatomie : elle objective également la stabilité de la fixation dans l’os, en mettant en évidence les zones de contraintes. Cette analyse préopératoire transforme l’indication en décision étayée plutôt qu’en pari. C’est précisément cette objectivation qui permet de conclure que la tige courte, dans ses indications retenues, relève d’un réel avantage et non d’un simple effet marketing.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Prothèse de hanche et chirurgie méniscale

Intervenants

Dr Jacques Vallotton

Partie du corps

Hanche

Maladies

Année

2024

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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