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- Prise en charge physiothérapeutique des joueurs de tennis de haut niveau
Pathologies du tennis de haut niveau : contraintes mécaniques, lésions par compartiment et prise en charge du joueur
- Allyocha Delaunay
- Profil de sollicitation et contraintes physiques du tennis de compétition
- Cartographie des lésions par segment et influence de la surface de jeu
- Lésions du membre supérieur : coude, poignet et épicondylites
- Biomécanique du service et pathologies de l’épaule du joueur
- Suivi de l’athlète, prévention et travail d’équipe pluridisciplinaire
- Rééducation séquencée des stabilisateurs scapulaires et de la coiffe
- Prévention par entretien de la rotation médiale et travail excentrique des rotateurs latéraux
- Prise en charge antalgique, thérapie manuelle, strapping et dry needling
- Réathlétisation et retour au geste technique sans douleur
- Surveiller l’équilibre des rotateurs et le déficit de rotation médiale (GIRD) de l’épaule dominante
- Anticiper les changements de surface, période à plus haut risque de lésion musculaire
- Rééduquer le muscle dans sa fonction propre et dans toute la chaîne cinétique, jamais isolément
- Privilégier un suivi global et coordonné de l’athlète plutôt qu’une prise en charge ponctuelle au cabinet
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Allyocha Delaunay, symposium médico-sportif, 2016
Le tennis de compétition impose un profil de sollicitation singulier, fait d’efforts intermittents anaérobies entrecoupés de phases de récupération aérobie, sur des matchs dont la durée n’est pas bornée et peut dépasser cinq heures. Ce caractère explosif et répétitif génère des charges articulaires extrêmes et une typologie lésionnelle propre, distincte des autres sports de lancer. Les atteintes aiguës et traumatiques prédominent au membre inférieur, tandis que le membre supérieur concentre les lésions de surcharge chroniques, l’épaule du joueur résumant à elle seule la complexité biomécanique du geste de service. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la cartographie des lésions par segment, le raisonnement diagnostique scapulo-huméral et la logique de prise en charge, de la prévention à la réathlétisation, en insistant sur la nécessité d’un suivi coordonné autour de l’athlète.
Comprendre la sollicitation avant de traiter le joueur
Traiter un joueur de tennis suppose d’abord de connaître les contraintes mécaniques de la discipline. Contrairement aux sports à durée fixe, le tennis n’a pas de limite temporelle : un match peut s’étendre bien au-delà de cinq heures, avec des distances parcourues de plusieurs kilomètres et plus d’un millier de frappes. L’effort y est intermittent, alternant des points de quatre à dix secondes à très haute intensité et de brèves récupérations de dix à vingt secondes, la fréquence cardiaque évoluant en moyenne autour de 150 et pouvant atteindre des valeurs très élevées. Ce régime associe phases anaérobies explosives et phases de récupération aérobie, avec des changements de direction incessants, des arrêts-relances et la répétition de gestes au-dessus comme en dessous de la tête.
Ce profil explique des charges articulaires extrêmes et une forte sollicitation excentrique des membres inférieurs, le quadriceps étant particulièrement exposé. Le caractère à la fois explosif et répétitif fonde une épidémiologie lésionnelle spécifique : sur une décennie de données issues d’un même tournoi du Grand Chelem, le nombre de blessures rapporté au volume de jeu a sensiblement augmenté, de l’ordre d’un doublement entre la fin des années 1980 et 2015, sous l’effet de vitesses, de matériels et de contraintes physiques croissants. Pour le confrère, ce constat impose de replacer toute plainte dans le contexte de l’exposition réelle du joueur, de son calendrier et de son niveau, avant d’en interpréter le mécanisme.
Cartographie lésionnelle et rôle de la surface
La répartition topographique des lésions suit une logique mécanique. Le membre inférieur concentre les atteintes aiguës et traumatiques, la cheville étant touchée en premier, suivie de la hanche ; le membre supérieur regroupe surtout les lésions de surcharge chroniques de l’épaule et du coude ; au tronc, le rachis lombaire est le plus exposé. L’entorse de cheville, le plus souvent externe, demeure la blessure la plus fréquente du tennis. Sa prise en charge conservatrice suit une progression classique en trois phases, du repos avec immobilisation et décharge vers la mobilisation, le stretching, le renforcement, la proprioception, la normalisation articulaire et la thérapie manuelle, sans omettre la recherche de lésions associées des fibulaires, de l’instabilité sous-talienne et des atteintes ostéochondrales.
La surface module nettement le profil lésionnel. La terre battue, qui autorise le glissement, réduit les arrêts-relances et les charges articulaires mais favorise les lésions musculaires d’élongation et de claquage du membre inférieur. Les surfaces rapides, dur, herbe ou salle, déplacent le risque vers les atteintes ostéo-articulaires et ligamentaires, entorses et fractures de fatigue, et vers les tendinopathies de surcharge du membre supérieur. Les changements fréquents de surface, propres au circuit professionnel, augmentent la raideur musculaire et le risque lésionnel : cette période de transition appelle une vigilance particulière du préparateur et une adaptation progressive, point d’alerte utile à transmettre au confrère qui suit l’athlète.
Coude et poignet : lésions de répétition et idées reçues
Le « tennis elbow » illustre une fausse croyance fréquente : l’épicondylite latérale, liée à un défaut technique du revers avec une flexion palmaire excessive du poignet en préparation, atteint surtout le joueur amateur, non le professionnel. Chez ce dernier, la sollicitation se traduit plutôt par des épitrochléites. Le geste en cause, désigné comme « cassage du poignet », correspond au mouvement brutal de flexion dorsale vers flexion palmaire en fin de service ou sur le coup droit en préparation ouverte ; sa répétition entraîne une inflammation des fléchisseurs du carpe. Le traitement associe stretching, renforcement excentrique, massage transversal profond, électrostimulation et dry needling, complétés au besoin par les ondes de choc.
Le poignet est exposé aux tendinopathies et aux subluxations de l’extenseur ulnaire du carpe, provoquées par les déviations du poignet sur le revers à deux mains du côté non dominant et par les flexions soudaines sur un coup droit lifté préparé en retard. Au tronc, les lésions musculaires des abdominaux, du grand dorsal et des obliques résultent de l’enchaînement extension puis flexion à haute intensité du service. Au rachis lombaire, l’augmentation du volume et un changement de technique exposent aux entorses et spasmes, tandis que l’hyperextension associée à la rotation du service favorise discopathies et hernies. Ces tableaux relèvent en grande partie d’une prise en charge conservatrice de première ligne, à condition d’en corriger le déterminant technique.
L'épaule du joueur : biomécanique du service et conflits
L’épaule est l’articulation la plus sollicitée et la première cause de rééducation au cabinet. Le tennis se distingue des autres sports de lancer par l’accumulation de gestes au-dessus et en dessous de l’épaule, qui lui confère une pathologie propre. Le service, geste le plus traumatisant, se décompose en quatre phases : préparation, armé, accélération et fin de geste. Lors de l’armé, phase lente représentant les deux tiers du mouvement, la tête humérale se décentre en rétropulsion horizontale et rotation latérale maximale, déplacement de l’ordre de quatre millimètres qui sollicite intensément les stabilisateurs et sous-tend le conflit postéro-supérieur. L’accélération, très brève, impose un recentrage brutal avec contraction maximale des rotateurs médiaux et action concentrique du grand dorsal.
En fin de geste, la coiffe et les rotateurs latéraux travaillent en excentrique pour freiner une rotation médiale d’une vitesse angulaire considérable, rendant cette phase particulièrement vulnérable et exposant au conflit coracoïdien. L’analyse électromyographique du service souligne le rôle du trapèze inférieur dans le freinage et la stabilisation excentrique de la scapula, et du dentelé antérieur, actif sur près de 80 % du geste. Le paradoxe du joueur tient à la nécessité d’une grande amplitude de rotation latérale sans perte de l’intégrité capsulo-ligamentaire : il développe un excès de rotation médiale au détriment de la rotation latérale, avec laxité antérieure, raideurs postérieures et déséquilibres scapulo-thoraciques aboutissant à une dyskinésie de la scapula.
Examen de l'épaule, GIRD et lecture clinique
L’examen suit une démarche rigoureuse, statique puis dynamique, torse dénudé. L’inspection apprécie clavicule, acromion, articulation sterno-claviculaire, fosses supra et infra-épineuses et scapula, à la recherche de déséquilibres et de décollements de l’omoplate fréquents chez le joueur. L’examen dynamique objective la disharmonie du rythme scapulo-huméral et compare la stabilisation passive et active de la scapula lors de la flexion. La mobilité doit être évaluée selon le déficit de rotation interne glénohumérale, ou GIRD (glenohumeral internal rotation deficit) : un déficit de rotation médiale compensé par un gain de rotation latérale est physiologique côté dominant, à condition que l’amplitude globale soit conservée.
Cliniquement, l’épaule est jugée à risque lorsque le rapport entre le déficit de rotation médiale et le gain de rotation latérale s’abaisse au-delà d’un seuil défavorable, le gain latéral ne compensant plus la perte médiale ; c’est la préservation de l’amplitude totale, et non l’asymétrie isolée, qui doit rassurer. L’évaluation isocinétique confirme des rotateurs médiaux plus puissants côté dominant et des rotateurs latéraux plus fatigables, avec une différence significative des ratios fonctionnels entre épaule dominante et controlatérale, sans toutefois reproduire les vitesses angulaires du geste réel. La prévalence des douleurs d’épaule atteint la moitié des joueurs professionnels au cours de leur carrière, ce qui justifie un dépistage systématique de ce déficit chez le confrère qui suit un joueur, même asymptomatique.
Rééducation, prévention et suivi global de l'athlète
La rééducation de l’épaule obéit à un principe central : l’exercice doit reproduire la position et la fonction propres du muscle entraîné, intégré dans toute sa chaîne cinétique, ce qui suppose de connaître à quel moment du service survient le conflit. La progression débute par les stabilisateurs de la scapula, dentelé antérieur et trapèze inférieur souvent négligés, en statique puis en dynamique, avant le travail excentrique et la pliométrie, puis l’endurance ; le renforcement excentrique des rotateurs latéraux et le stretching des rotateurs médiaux ne viennent qu’ensuite. Le bilan élargi au rachis cervical, thoracique et lombaire, au coude et au poignet, complète la prise en charge. En prévention, l’entretien de la rotation médiale, le renforcement des stabilisateurs, la proprioception et l’optimisation du geste technique restent prioritaires.
Au-delà du geste, la réalité du circuit limite fortement le suivi : un calendrier saturé de tournois et de semaines de voyage réduit le temps disponible au cabinet, où la prise en charge se résume souvent à « éteindre les incendies » et à parer l’urgence. Le suivi rapproché de l’athlète, idéalement en se déplaçant avec lui, permet une prise en charge globale, une diminution des blessures et une meilleure récupération. Il s’agit d’un travail d’équipe associant préparateur physique, médecin, entraîneur, manageur et parfois nutritionniste, avec une communication hebdomadaire voire quotidienne. Pour le médecin référent, le message est de privilégier la coordination autour de l’athlète et la qualité de l’échange entre intervenants, plutôt qu’une succession de prises en charge ponctuelles et déconnectées.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Thème de l'évènement
Tennis
Intervenants
Partie du corps
Maladies
Année
2016
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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