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- Prise en charge de l’adolescent obèse
Prise en charge pluridisciplinaire de l’obésité de l’adolescent : le programme KiloAdo
- Nicolas Junod
- Distinction entre activité physique et sédentarité comme dimensions indépendantes
- Balance énergétique et rôle du métabolisme de base lié à la masse musculaire
- Entretien motivationnel et motivation interne comme moteur du changement durable
- Système familial, barrières parentales et représentations du surpoids
- Résultats préliminaires : podométrie et évolution pondérale à vingt-quatre mois
- Programme pluridisciplinaire structuré : phase aiguë de neuf mois puis suivi sur deux ans
- Activité physique adaptée et plaisante, distincte de la sédentarité de la vie quotidienne
- Outils d’auto-observation : journal alimentaire comportemental et émotionnel, podomètre
- Accompagnement motivationnel et travail sur le système familial
- Viser la stabilisation pondérale plutôt que la perte chez l’adolescent en croissance
- Distinguer sport et sédentarité : agir sur les deux dimensions simultanément
- Privilégier la motivation interne, plus efficace à long terme que la contrainte externe
- Ne pas isoler l’adolescent : intégrer la famille et lever ses barrières propres
Brochure d'information médicale
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Nicolas Junod, conférences publiques, 2013
L’obésité de l’adolescent est une problématique chronique et multifactorielle qui résiste aux approches centrées sur la seule restriction calorique. Le programme KiloAdo, mené dans la région de Vevey, accrédité par la Société Suisse de Pédiatrie et remboursé par les caisses maladie, propose une prise en charge pluridisciplinaire structurée, articulant éducation nutritionnelle, activité physique adaptée, accompagnement psychologique et implication du système familial. Construit autour d’une phase aiguë de neuf mois prolongée par un suivi sur deux ans, il aborde l’obésité comme un problème de comportement et d’habitudes de vie plutôt que comme une simple question diététique. Cette présentation expose la logique de l’intervention, les concepts physiologiques transmis aux adolescents et les résultats préliminaires objectivés à vingt-quatre mois. Pour le médecin référent, elle clarifie ce qui distingue une perte de poids durable d’un résultat éphémère de type effet yo-yo, et précise les leviers sur lesquels agir dès la première ligne.
Architecture d'une prise en charge pluridisciplinaire structurée
Le programme KiloAdo repose sur un volume horaire conséquent réparti dans le temps. La phase dite aiguë s’étend sur neuf mois et concentre l’essentiel de l’intervention : 96 heures de cours et d’ateliers en groupe, 64 heures d’activité physique encadrée à raison d’environ deux séances hebdomadaires, 18 heures de cours destinés aux parents et 30 heures de consultations individuelles avec les adolescents. À cela s’ajoutent, selon les besoins, 12 heures de consultation individuelle pour les parents. Cette densité traduit le choix d’une prise en charge globale plutôt que d’une simple prescription diététique, l’obésité étant abordée comme un problème de comportement et d’habitudes de vie.
Au-delà des neuf mois intensifs, le suivi se poursuit sur deux ans à raison d’une session de rappel tous les trois mois environ, de quatre à huit heures chacune, soit 42 heures de suivi en groupe consacrées à des thèmes variés afin de ne pas perdre les participants dans la durée. Les groupes sont délibérément restreints, de huit à dix adolescents, pour favoriser la proximité et la dynamique collective. L’intervenante principale assiste à la plupart des ateliers et joue le rôle de fil conducteur, assurant la cohérence entre les différentes matières abordées. Cette continuité dans le temps est présentée comme la condition d’un changement profond, par opposition aux interventions courtes dont les bénéfices s’estompent dès l’arrêt.
Activité physique et sédentarité : deux dimensions indépendantes
Un des messages physiologiques centraux du programme consiste à dissocier activité physique et sédentarité, trop souvent confondues. L’activité physique se définit comme un mouvement produit par les muscles squelettiques générant une dépense énergétique substantiellement supérieure à l’état de repos ; elle ne se réduit donc pas au sport structuré et compétitif, mais englobe les déplacements, la montée d’escaliers ou les courses du quotidien. La sédentarité, à l’inverse, caractérise un mode de vie pauvre en dépense énergétique, dont les indicateurs classiques sont le temps passé devant un écran ou la lecture. Il est rappelé qu’un adolescent devant la télévision bouge moins que pendant son sommeil, ce qui illustre la quasi-absence de dépense de ces comportements.
Ces deux dimensions sont indépendantes et agissent en sens opposé sur la santé : la sédentarité y est associée négativement, l’activité physique positivement. Un individu peut ainsi être sportif tout en restant sédentaire dans son mode de vie, s’il s’entraîne deux fois par semaine mais reste inactif le reste du temps. La conséquence pratique est qu’il faut agir sur les deux tableaux simultanément, en combinant des séances structurées et un accroissement de l’activité physique de la vie quotidienne. Le programme insiste également sur la réversibilité des bénéfices : les acquis se perdent à l’arrêt, ce qui invalide l’idée qu’une période active passée suffirait à protéger durablement la santé.
Balance énergétique, masse musculaire et métabolisme de base
La balance énergétique est présentée comme la résultante entre l’énergie ingérée par l’alimentation et l’énergie dépensée. Cette dépense comporte deux composantes principales : le métabolisme de base, énergie nécessaire au maintien des fonctions vitales au repos, et l’activité physique, à laquelle s’ajoute marginalement la thermogenèse alimentaire. Lorsque la dépense excède l’apport, le poids diminue ; lorsqu’elle lui est inférieure, il augmente ; à l’équilibre, il se maintient. Ce cadre simple permet d’expliquer aux adolescents pourquoi une perte de poids éclair, obtenue par restriction rapide, débouche presque toujours sur une reprise et un effet yo-yo défavorable.
Un point déterminant concerne la relation entre masse musculaire et métabolisme de base : plus la masse musculaire est élevée, plus la dépense énergétique au repos est importante. Gagner du muscle revient donc à augmenter durablement la consommation calorique de fond, objectif souhaitable à long terme. Le programme en tire un argument motivationnel précieux : le muscle étant plus dense que la graisse, le poids peut stagner en début de prise en charge alors que le tour de taille diminue, le sujet perdant de la masse grasse tout en gagnant de la masse maigre. Comprendre ce phénomène évite le découragement lié à une lecture trop exclusive de la balance.
Motivation interne et entretien motivationnel
La motivation constitue le fil rouge de l’ensemble du programme. La distinction posée entre motivation externe et motivation interne est essentielle : la motivation qui émane du sujet lui-même est nettement plus efficace et plus durable que celle qui lui est imposée de l’extérieur. L’enjeu de l’accompagnement est donc de faire émerger les ressources propres de l’adolescent et de sa famille, dans une logique d’entretien motivationnel, plutôt que d’apporter des solutions toutes faites. Cette approche repose sur le constat que les stratégies tenables sur la durée valent mieux qu’un protocole optimal mais insupportable pour la personne.
Plusieurs leviers concrets soutiennent cette motivation. L’information en est un : la connaissance des notions nutritionnelles, la lecture critique des étiquettes ou la compréhension de la densité énergétique des aliments donnent du sens aux changements demandés. La découverte d’activités physiques plaisantes en est un autre, le plaisir du mouvement conditionnant la persévérance. Le sentiment de compétence et d’efficacité, tant chez l’adolescent que chez ses parents, favorise enfin l’engagement, là où une attitude défaitiste ou fataliste, attribuant le poids à la seule génétique, déresponsabilise et compromet le changement.
Le système familial : levier d'efficacité et barrières parentales
La prise en charge ne peut isoler l’adolescent de son environnement. La famille forme un système où chaque membre est interconnecté, de sorte que modifier les habitudes d’un individu a des répercussions sur les autres : adapter l’alimentation de l’adolescent implique de cuisiner différemment pour l’ensemble du foyer. Le cadre physique, économique et culturel doit également être pris en compte, qu’il s’agisse de l’accès à des espaces favorables à l’activité physique, des contraintes financières pesant sur le choix des aliments ou l’inscription en club, ou encore de traditions culinaires riches en calories. Mobiliser la famille évite par ailleurs à l’adolescent de se sentir stigmatisé comme seul porteur du problème.
Plusieurs barrières parentales sont identifiées et doivent être levées. Certains parents ne perçoivent pas le surpoids de leur enfant ou l’attribuent à une ossature lourde ; d’autres manquent d’informations sur les besoins normaux à l’âge de la croissance, croient à un déterminisme purement génétique, présentent eux-mêmes un excès pondéral, peinent à poser des limites ou utilisent la nourriture comme récompense, renforçant des troubles du comportement alimentaire. Les attitudes adaptées consistent à signifier un attachement inconditionnel quel que soit le poids, à proscrire les remarques et plaisanteries dévalorisantes, à se poser en modèle par l’exemple, et à traiter la situation comme un enjeu familial partagé plutôt que comme le seul problème de l’adolescent.
Résultats préliminaires et messages pour le médecin référent
Les résultats préliminaires portent sur vingt-deux adolescents suivis dans le programme, comparés à un groupe contrôle d’adolescents de poids normal. Sur le plan de l’activité physique de la vie quotidienne, objectivée par podométrie, le groupe KiloAdo passe d’environ 4 000 pas par jour à l’inclusion à plus de 10 000 pas après seize semaines d’intervention, et maintient ce niveau à vingt-quatre mois, ce qui témoigne d’une modification réelle et durable du mode de vie. L’écart de départ avec le groupe contrôle, déjà au-dessus de 10 000 pas, illustre la sédentarité initiale de ces adolescents et son lien direct avec la prise pondérale.
Sur le plan du poids, le contraste avec le groupe contrôle, qui prend progressivement du poids du fait de la croissance (environ 0,7 kg en moyenne à six mois), est net : le groupe KiloAdo perd en moyenne 5,2 kg à six mois, 5,8 kg à douze mois et 5,9 kg à vingt-quatre mois, certains adolescents atteignant jusqu’à 16,3 kg perdus, sans rebond significatif à deux ans. Pour le médecin référent, plusieurs repères se dégagent : chez l’adolescent en croissance, la stabilisation pondérale est déjà un objectif valable ; la perte rapide expose à l’effet yo-yo et doit être évitée ; le bénéfice durable suppose d’agir conjointement sur l’alimentation, l’activité physique, la motivation interne et le système familial. L’adressage vers une structure pluridisciplinaire de ce type trouve sa pertinence dès lors que ces leviers ne peuvent être actionnés en première ligne.
Type de vidéo
Conférences publiques
Intervenants
Partie du corps
Maladies
Année
2013
Thème de l'évènement
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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