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Le long fléchisseur de l’hallux chez le sportif : du dépistage à la rééducation ciblée
- David Suleau
- Hallux limitus fonctionnel et atteinte du long fléchisseur de l’hallux
- Dépistage par le stretch test et corrélation avec les douleurs proximales
- Retentissement en chaîne sur cheville, genou et hanche
- Analyse podologique dynamique et analyse de la course
- Rééducation ciblée intégrée à une prise en charge globale
- Libération de l’articulation sous-talienne par la manœuvre du cordon de l’aspirateur
- Mobilisation passive sous-talienne et tibiotarsienne, thérapie manuelle Maitland
- Étirement du long fléchisseur de l’hallux et détente du fascia plantaire
- Renforcement, gainage, stabilisation du bassin et travail postural
- Libérer l’articulation sous-talienne avant tout étirement du tendon
- Intégrer le FHL dans la prise en charge globale dès le diagnostic vérifié
- Reconsidérer le diagnostic devant un échec de physiothérapie non spécifique
- Rendre le patient acteur et analyser la dynamique de course
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
David Suleau, congrès Medicol, 2023
L’atteinte du long fléchisseur de l’hallux (FHL), exprimée cliniquement par un hallux limitus fonctionnel (HLF), reste largement sous-diagnostiquée chez le sportif, alors qu’elle retentit en chaîne sur la cheville, le genou et la hanche. Cette présentation, issue de l’expérience acquise auprès de joueurs de hockey professionnels et illustrée par un cas clinique, montre l’intérêt d’un dépistage systématique par le stretch test et d’une corrélation entre le côté positif et la symptomatologie proximale. Elle insiste sur une séquence thérapeutique précise, où la libération de l’articulation sous-talienne précède impérativement l’étirement tendineux. L’analyse podologique dynamique, avant et après prise en charge, objective la restauration de l’appui sur la première articulation métatarsophalangienne. Le message pour le référent est clair : devant un échec de physiothérapie sans prise en charge spécifique du FHL, le diagnostic doit être reconsidéré et intégré à un protocole global.
Du dépistage en milieu sportif à l'hypothèse lésionnelle
L’observation princeps provient du dépistage systématique réalisé chez des joueurs de hockey professionnels au moyen du stretch test. Sur vingt-six joueurs testés, quatre seulement étaient négatifs, dix présentaient une atteinte unilatérale et douze une atteinte bilatérale du long fléchisseur de l’hallux. Cette prévalence élevée dans une population sportive sollicitant intensément l’avant-pied invite le référent à intégrer ce test simple à son examen de routine, plutôt qu’à le réserver aux seules plaintes podales déclarées.
La seconde observation, déterminante pour le raisonnement clinique, est la corrélation constatée entre le côté du FHL positif et le côté des douleurs de hanche. Cette concordance suggère que l’enraidissement de la chaîne postérieure profonde initié à l’avant-pied retentit en remontant jusqu’au bassin. Elle justifie de ne jamais isoler la plainte locale et d’examiner la chaîne fonctionnelle dans son ensemble, du pied à la hanche, dès qu’un hallux limitus fonctionnel est mis en évidence.
Présentation clinique : une symptomatologie étagée et trompeuse
Le cas rapporté est celui d’un homme jeune, sportif, adressé pour des douleurs du coup de pied et de la cheville droite à l’appel du pas, des douleurs de genou en randonnée de montagne et une sensation de genou grippé à la course, avec souffrance de la bandelette iliotibiale. S’y ajoutaient des tensions antérieures des deux hanches prédominant à gauche et des antécédents d’entorses répétitives de la cheville droite ayant fait cesser le basket-ball. Le bilan retrouvait un syndrome fémoropatellaire bilatéral prédominant à droite, une chondropathie fémoropatellaire gauche asymptomatique, un morphotype en varus et un FHL bilatéral.
L’examen clinique précisait la sévérité de l’atteinte : un FHL bilatéral très rigide à droite, des hanches enraidies avec perte de rotation interne, et une triple flexion active révélant un blocage de la cheville droite et des pincements des deux hanches. Le testing en pont unilatéral objectivait une faiblesse du moyen fessier droit, tandis qu’une chaîne postérieure raide, avec des ischio-jambiers très tendus, empêchait l’hyperextension active du genou droit. Cette topographie étagée illustre comment une raideur distale peut générer des douleurs à distance et égarer le diagnostic.
La séquence thérapeutique : libérer la sous-talienne avant d'étirer le tendon
Le point technique central de la prise en charge est la priorité donnée à la libération de l’articulation sous-talienne avant tout étirement du long fléchisseur de l’hallux. Cette libération recourt à la manœuvre dite du cordon de l’aspirateur, enseignée par le Dr Vallotton : l’opérateur empaume d’une main le calcanéum, de l’autre le coup de pied, et applique un mouvement de tiraillement et de cisaillement pour mobiliser la sous-talienne. Tenter d’étirer le tendon sur une sous-talienne enraidie reste inefficace, ce qui explique nombre d’échecs antérieurs.
La première séance a donc associé cette libération à une mobilisation passive sous-talienne et tibiotarsienne, puis à l’apprentissage du stretching du long fléchisseur de l’hallux, à reproduire régulièrement au titre des routines d’étirement. Les séances suivantes ont systématisé la rééducation du FHL des deux côtés, en insistant initialement à droite, par mobilisations sous-talienne et tibiotarsienne, détente du fascia plantaire et étirement des structures musculaires. Cette séquence ordonnée conditionne le résultat et doit figurer explicitement sur l’ordonnance transmise au thérapeute.
Objectiver le résultat : analyse podologique dynamique et analyse de la course
L’évaluation reposait sur une analyse podologique dynamique, et non statique, réalisée avant et après la prise en charge. L’empreinte initiale confirmait le FHL bilatéral par une absence d’appui sur la première articulation métatarsophalangienne. À la réévaluation, l’empreinte plus ramassée et la restauration d’un passage sur la métatarsophalangienne, particulièrement nette à droite, témoignaient du rétablissement d’un appui antérieur fonctionnel sur le même pied.
L’analyse de la course complétait ces données. L’avant-pied droit, initialement en adduction avec un angle talon-sol supérieur à quatre-vingt-dix degrés et un évitement d’appui sur la métatarsophalangienne, se réaxait après traitement, l’angle revenant à la valeur optimale de quatre-vingt-dix degrés et le patient osant appuyer franchement sur la tête du premier métatarsien. La vue de face confirmait un meilleur alignement entre genou et cheville, et l’ouverture du pied s’accompagnait d’un élargissement du polygone de sustentation, gage d’un meilleur équilibre à la marche et à la course.
Intégrer le FHL dans une prise en charge globale
Sept séances ont été nécessaires entre les deux évaluations, dans le cadre d’un protocole global et non d’un geste isolé. Outre la rééducation systématique du FHL, la thérapie manuelle de type Maitland a permis de libérer rapidement les hanches, des exercices d’assouplissement ont amélioré la souplesse des ischio-jambiers, et un programme de stabilisation du bassin a complété la prise en charge. Un travail spécifique de sensibilisation à l’appui sur la tête du premier métatarsien lors de la marche et de la course a soutenu le réapprentissage du schéma de propulsion.
L’enseignement majeur pour le référent tient à la trajectoire du patient : une première série de séances de physiothérapie, sans prise en charge spécifique du FHL, était restée sans résultat, au point que la course à pied avait dû être interrompue quinze jours avant la reprise en main. Devant un tel échec, le diagnostic doit être reconsidéré et le FHL intégré au protocole. L’objectif assumé du traitement conservateur était d’éviter la chirurgie, objectif atteint avec une disparition complète des douleurs et une reprise de la course.
Repères pour le médecin référent et place de l'implication du patient
Pour le confrère prescripteur, plusieurs repères se dégagent. Un hallux limitus fonctionnel doit être recherché par le stretch test devant toute symptomatologie de l’avant-pied, mais aussi devant des douleurs de genou ou de hanche inexpliquées chez le sportif, compte tenu du retentissement en chaîne. L’ordonnance gagne à préciser la séquence, en mentionnant explicitement la mobilisation sous-talienne avant l’étirement du long fléchisseur de l’hallux, afin d’orienter le thérapeute vers une prise en charge spécifique et d’éviter la répétition de séances inefficaces.
L’implication du patient constitue un levier déterminant du résultat. Dans ce cas, neuf séances avaient été prescrites à raison d’une à deux par semaine, mais une seule séance hebdomadaire restait difficile à tenir ; la rigueur personnelle du patient, particulièrement investi, a compensé cette contrainte par des sorties de course hebdomadaires et un travail autonome régulier. Rendre le patient acteur de son traitement, en lui expliquant le mécanisme de sa pathologie, demeure un objectif central du thérapeute de terrain et conditionne la durabilité du résultat.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Hallux Limitus Fonctionnel: un nouveau paradigme
Intervenants
David Suleau
Partie du corps
Pied
Maladies
Année
2023
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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