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  • Pathophysiologie de la lombalgie

Physiopathologie de la lombalgie dégénérative : du disque aux facettes et la corrélation imagerie-douleur

  • Prof. Constantin Schizas
  • Modèle biopsychosocial et déterminants de la lombalgie
  • Dégénérescence discale : structure avasculaire et cascade pro-inflammatoire
  • Dégénérescence facettaire et douleurs référées
  • Faible corrélation entre imagerie et douleur chez l’asymptomatique
  • Modifications de type Modic et signes de gravité
  • Imagerie par résonance magnétique comme examen de débrouillage
  • Diagnostic différentiel : disque, facettes, sacro-iliaques, hanche
  • Infiltration facettaire à visée diagnostique
  • Prise en charge conservatrice en l’absence de red flags
  • Une douleur lombaire peut provenir d’un disque d’apparence saine : ne pas surinterpréter l’image
  • Le siège montré par le patient ne renseigne pas sur l’origine réelle de la douleur
  • Rechercher activement les red flags avant toute investigation
  • Éviter la radiographie précoce d’une lombalgie commune ; préférer l’IRM si une imagerie s’impose

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Prof. Constantin Schizas, congrès Medicol, 2016

La lombalgie commune relève d’une physiopathologie multifactorielle où la dégénérescence structurelle ne représente qu’un déterminant parmi d’autres, intégré au modèle biopsychosocial. La dégénérescence discale, processus avasculaire et quasi universel avec l’âge, génère une cascade pro-inflammatoire dont les médiateurs peuvent irriter les terminaisons nerveuses de l’anneau fibreux postérieur et produire des douleurs référées trompeuses. La dégénérescence facettaire, fréquemment secondaire, entretient le même piège des projections à distance, jusqu’à mimer une sciatique. Cette mise au point destinée au confrère rappelle que la prévalence élevée des anomalies d’imagerie chez le sujet asymptomatique impose la plus grande prudence dans l’imputabilité d’une image à une plainte. Elle précise enfin les rares signes orientant vraiment vers une origine symptomatique, dont les modifications de type Modic, et la conduite à tenir en l’absence de signe de gravité.

La lombalgie, une entité multifactorielle au-delà de la structure

La tentation d’attribuer toute lombalgie à une lésion anatomique visible doit être combattue d’emblée. Les déterminants du recours aux soins pour lombalgie ne se résument pas à la présence d’une hernie discale ou d’une arthrose facettaire ; des facteurs non structurels, au premier rang desquels la satisfaction au travail, pèsent davantage que bien des images. La physiopathologie mécanique s’inscrit ainsi dans un cadre plus large, le modèle biopsychosocial, qui intègre des dimensions psychologiques et environnementales souvent prépondérantes dans l’expression et la chronicisation de la douleur.

Pour le médecin référent, cette donnée a une portée pratique immédiate. Elle invite à ne pas réduire le bilan à la seule recherche d’une cible anatomique et à pondérer toute anomalie d’imagerie par le contexte global du patient. Comprendre les mécanismes lésionnels du disque et des facettes reste indispensable, mais cette compréhension doit servir un raisonnement nuancé, où l’image n’est qu’un élément parmi d’autres et non l’explication automatique de la plainte.

La plupart d'entre nous avons des disques noirs dès l'âge de 30 ans, sans forcément avoir mal.

Le disque intervertébral : une structure avasculaire vouée à la dégénérescence

Le disque intervertébral associe un noyau pulpeux pauci-cellulaire, riche en matrice extracellulaire de glycosaminoglycanes (GAG), et un anneau fibreux périphérique plus résistant assurant le lien entre les corps vertébraux. Cette matrice hydrophile attire les molécules d’eau et confère au disque jeune sa turgescence. Avec l’âge, l’obstruction progressive des plateaux vertébraux altère les échanges nutritifs d’une structure naturellement avasculaire : le lactate augmente, l’oxygène et le glucose diminuent, créant un milieu hostile aux rares cellules présentes. La mort cellulaire qui en résulte empêche le renouvellement d’une matrice dont la durée de vie n’excède guère une dizaine d’années, et la déshydratation s’installe.

Cette évolution se lit sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM) sous forme de disques noirs déshydratés, gradués selon la sévérité de la dégénérescence. Le phénomène est si répandu qu’un disque dès la trentaine peut déjà présenter un grade avancé, sans symptôme associé. La dégradation du cartilage discal déclenche une cascade pro-inflammatoire, libérant des médiateurs tels que le facteur de nécrose tumorale (TNF) et les interleukines. Diffusant à travers les fissures de l’anneau postérieur, ces substances peuvent irriter les terminaisons nerveuses de cette région richement innervée et vascularisée, mécanisme par lequel un disque devient symptomatique.

Douleurs référées : le piège de la projection à distance

Une stimulation nociceptive intradiscale ne se traduit pas nécessairement par une douleur strictement localisée au rachis. Des travaux expérimentaux ont montré qu’une agression du disque peut provoquer une douleur projetée plus bas que le dos, parfois jusque dans le membre inférieur. Le mécanisme tient au câblage neurologique : le cerveau perçoit le message douloureux à distance de sa source réelle, à l’image de l’infarctus du myocarde se manifestant par une douleur du bras. Le siège ressenti ne renseigne donc pas fiablement sur l’origine anatomique du problème.

Cette logique de douleur référée vaut aussi pour les structures postérieures. Les facettes articulaires, elles aussi innervées et en communication avec les racines nerveuses, peuvent générer des pseudo-sciatalgies irradiant jusque dans la jambe et imiter une véritable sciatique. Pour le confrère, la conséquence est claire : la topographie décrite par le patient, qui couvre souvent l’ensemble de la région lombaire d’un geste de la main, possède une faible valeur localisatrice et ne doit pas conduire à présumer hâtivement la structure responsable.

Facettes, sacro-iliaques et hanche : élargir le diagnostic différentiel

La dégénérescence facettaire accompagne fréquemment celle du disque, le plus souvent à sa suite : la dysfonction discale initiale entraîne secondairement l’usure des articulations postérieures, même si l’on observe parfois des facettes dégénérées sur disque normal. Les anciens repères cliniques, douleur en extension plutôt facettaire et douleur en flexion plutôt discale, sont devenus flous. Certains critères, comme un soulagement en décubitus et l’absence d’aggravation par la toux ou l’hyperextension, augmentent la probabilité d’une origine facettaire, confirmée a posteriori par le soulagement obtenu après infiltration facettaire.

Le diagnostic différentiel ne doit pas s’arrêter au rachis. Les articulations sacro-iliaques, notamment chez les patients porteurs de pathologies inflammatoires, mais aussi dans les troubles dégénératifs, peuvent être à l’origine de douleurs lombaires basses irradiant vers la jambe. La hanche constitue un autre piège classique : une coxopathie peut simuler une douleur d’origine rachidienne. Un indice utile au référent est la démarche, une boiterie antalgique marquée orientant davantage vers la hanche, sachant que les deux atteintes peuvent coexister.

Ce qu'on lit sur le rapport, c'est une description d'une image, pas forcément de la douleur.

Imagerie et douleur : une corrélation faible chez l'asymptomatique

La fréquence des anomalies dégénératives constitue le principal écueil interprétatif. Les études cadavériques montrent qu’au-delà de cinquante ans, plus de quatre-vingt-dix pour cent des disques sont dégénérés : la dégénérescence représente le vieillissement normal du disque. Chez des sujets strictement asymptomatiques, la prévalence des disques dégénérés et des petites hernies croît régulièrement avec l’âge, de l’ordre de trente pour cent chez l’adulte jeune jusqu’à des proportions considérables après soixante ans et chez le sujet âgé. Un rapport radiologique ne décrit qu’une image, susceptible de varier d’un observateur à l’autre, et non une douleur.

Cette dissociation impose une grande retenue dans l’imputabilité. Une hernie discale, même une extrusion, peut rester asymptomatique tant qu’elle ne comprime pas de racine, et la simple présence d’une image dégénérative n’autorise pas à la désigner comme cause de la plainte. Les fissures de l’anneau postérieur ont un statut douloureux incertain, la littérature restant partagée. Une part importante de la démarche consiste donc à rassurer le patient inquiet de la lecture de son rapport, en replaçant les anomalies dans le cadre d’un vieillissement attendu plutôt que d’une lésion menaçante.

Modic, signes de gravité et conduite à tenir

Parmi les anomalies d’imagerie, l’inflammation des plateaux vertébraux de part et d’autre d’un disque très dégénéré se distingue par une corrélation possible avec la douleur. Elle s’objective sur l’IRM sous forme de modifications de type Modic : le Modic de type 1, inflammatoire, apparaît en hyposignal T1 et en hypersignal T2 à l’instar du liquide céphalo-rachidien (LCR), ce qui le différencie du Modic de type 2, graisseux, blanc dans les deux pondérations, et du Modic de type 3, scléreux, sombre dans les deux. Les lésions de Modic constituent un facteur de risque indépendant d’épisodes de lombalgie sévère, même si la différence statistique observée, par exemple chez des jumeaux, reste de faible amplitude.

En pratique, la conduite dépend d’abord de la recherche de signes de gravité, les red flags : antécédent tumoral ou suspicion de métastase, fracture ostéoporotique après chute, troubles neurologiques. En leur absence, une lombalgie commune du sujet jeune ne justifie pas d’investigation immédiate, et la radiographie précoce, irradiante et peu informative, n’est plus recommandée. Lorsqu’une imagerie devient nécessaire, l’IRM est préférable comme examen de débrouillage : non irradiante, plus informative que la radiographie, elle permet aussi de rassurer le patient et de clore la consultation. Le scanner reste réservé à des indications spécifiques. Enfin, le résultat thérapeutique dépend de multiples facteurs non structurels, deux patients de configuration biopsychosociale comparable pouvant évoluer de façon opposée malgré une indication équivalente.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Vieillissement du dos: problématique et prise en charge

Intervenants

Prof. Constantin Schizas

Partie du corps

Dos

Maladies

Année

2016

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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