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  • Pathologies et particularités médicales d’une équipe cycliste World Tour

Spécificités médicales du cyclisme professionnel : surcharge, traumatologie et prévention en équipe World Tour

  • Dr Vincent Bürki
  • Lésions de surcharge du rachis lombaire et du genou
  • Biomécanique de la position du cycliste et réglage postural
  • Traumatologie de chute et fractures du membre supérieur
  • Pathologies spécifiques : périnée, endofibrose iliaque, exposition solaire
  • Atteintes internistiques respiratoires et digestives liées à l’effort
  • Prévention musculo-squelettique : gainage, mobilités, chaînes musculaires
  • Récupération : cryothérapie, compression froide Game Ready, massage, taping
  • Réglage du vélo et adaptation posturale au millimètre
  • Ostéosynthèse de clavicule pour un retour rapide à la compétition
  • Considérer toute chute comme potentiellement décompensante, jamais comme bénigne
  • Devant une douleur antérieure de genou, vérifier la mécanique fémoro-patellaire et le réglage du vélo
  • Évoquer l’endofibrose de l’artère iliaque externe devant une douleur ou crampe proximale d’effort
  • Suivre l’hydratation par variation de poids et gravité urinaire spécifique sur les courses par étapes

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Vincent Bürki, symposium médico-sportif, 2017

L’encadrement médical d’une équipe cycliste World Tour confronte le praticien à un profil de charge unique : 20 000 à 30 000 kilomètres annuels, près de deux millions de coups de pédale tous les 10 000 kilomètres, et une posture assise contrainte qui sollicite de façon répétée le rachis lombaire et le genou. Ce contexte génère un spectre lésionnel dominé par les pathologies de surcharge, complété par une traumatologie de chute volontiers sous-estimée et par des atteintes internistiques liées à l’effort et à la vie collective en course. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la typologie de ces lésions, leur substrat biomécanique et la logique de prise en charge, de la prévention musculo-squelettique au geste chirurgical de retour rapide. L’accent est mis sur les signes d’adressage et sur le piège des chutes dites « bénignes », qui décompensent fréquemment des tendinopathies préexistantes.

Le cadre : charge d'entraînement et organisation du suivi

La pratique du cyclisme World Tour impose un volume de travail mécanique considérable, de 20 000 à 30 000 kilomètres par an, un grand tour comme le Tour de France représentant à lui seul environ 3500 kilomètres. À l’échelle articulaire, une heure de pratique dépasse 5000 coups de pédale, et 10 000 kilomètres en représentent près de deux millions. Cette répétition extrême, sur une articulation, le genou, qui constitue le seul segment libre du membre inférieur au milieu d’une chaîne par ailleurs contrainte, explique à elle seule la prééminence des lésions de surcharge dans ce contexte. Les puissances mesurées sur test incrémental, jusqu’à 550 watts en fin d’épreuve chez les meilleurs, témoignent de l’intensité à laquelle ces structures sont sollicitées.

L’efficacité du suivi repose moins sur les moyens techniques que sur l’organisation. Le dispositif décrit associe un panel de cinq médecins totalisant environ 230 jours de course, une équipe d’ostéopathes et de physiothérapeutes, des masseurs, une nutritionniste et des entraîneurs, sans oublier les mécaniciens dont le rôle sur les réglages du vélo se révèle déterminant. Deux principes en font la valeur : la synergie entre l’équipe médicale et l’équipe ostéo-physiothérapeutique, et l’indépendance des intervenants, chacun gardant une activité propre qui préserve la liberté de l’approche médicale. Pour le référent, retenir que la prise en charge de ces athlètes est par nature pluridisciplinaire et que l’avis isolé y a peu de place.

Les chutes bénignes, à mon avis, on n'en a pas beaucoup ; elles ont souvent tendance à provoquer des décompensations.

Prévention et récupération : un continuum musculo-squelettique

La prévention musculo-squelettique cible les longueurs musculaires, les mobilités articulaires et le gainage, axes directement liés à la tolérance de la posture cycliste. La récupération doit être intégrée à cette démarche préventive plutôt qu’isolée comme un simple soin post-effort : massage, stretching, techniques de physiothérapie et d’ostéopathie, électrostimulation, acupuncture et nutrition concourent au même objectif de limitation des surcharges, en particulier sur les courses par étapes où les sollicitations se cumulent jour après jour. La nutrition occupe une place centrale dans ce dispositif, au même titre que le travail manuel sur les tissus.

Sur le terrain, la cryothérapie par bain glacé aux alentours de 10 degrés, bien que logistiquement peu commode sur les arrivées en montagne, reste efficace ; elle est complétée par des dispositifs de compression froide de type Game Ready, appliqués notamment sur les cuisses dans le bus ou à l’hôtel. Le volet médical de la prévention comprend un bilan cardiovasculaire annuel avec électrocardiogramme de repos, alternant une année sur deux électrocardiogramme d’effort et échographie, des dosages sanguins ciblés sur des vitamines supplémentables comme la B12 et la vitamine D, et un suivi nutritionnel rapproché. Le suivi de l’hydratation, fondé sur la variation de poids au lever et sur la gravité urinaire spécifique mesurable simplement sur le terrain, guide l’apport hydrique au quotidien, point critique lors des étapes répétées par forte chaleur.

Rachis lombaire : carrefour de transmission des forces

La position du cycliste impose une cyphose lombaire nettement prononcée, accentuée dans les recherches d’aérodynamisme, une hyperextension cervicale et une exagération de la cyphose dorsale physiologique. Les positions extrêmes du contre-la-montre, tenues parfois près d’une heure, exigent une stabilité maximale du bassin, tandis que l’effort en montagne, en danseuse, déplace les contraintes vers la charnière dorso-lombaire et la musculature paravertébrale. L’analyse cinématique à haute intensité montre une augmentation des mouvements latéraux et de torsion du thorax et de la bascule latérale du bassin, avec des répercussions directes sur la surcharge rachidienne et sur la performance.

Le bassin lombaire constitue le carrefour de transmission de la force entre les membres inférieurs sur les pédales et ce que tolère le membre supérieur. Sa prise en charge mobilise le travail de la mobilité rachidienne et pelvienne, des chaînes musculaires postérieures proximales et des psoas, les techniques de massage et de taping quasi quotidiennes en course par étapes, et le renforcement du gainage et des fessiers. L’adaptation du réglage du vélo, qui peut se jouer à quelques millimètres compte tenu du nombre de cycles, est ici primordiale. Sur le plan épidémiologique, les plaintes lombaires dominent en saison, autour de 45 pour cent, mais induisent paradoxalement peu d’arrêts : le coureur se plaint sans cesser de travailler, ce qui distingue cette atteinte de la pathologie du genou.

Genou : la première cause d'arrêt par surcharge

Sur le vélo, le genou travaille entre environ 115 degrés de flexion et 10 à 15 degrés d’extension ; neutre en flexion, il tend en extension vers une rotation externe qui, mal contrôlée ou exagérée, devient source de décompensation et de surcharge. Les douleurs antérieures de genou, rapportées à un syndrome fémoro-patellaire moins fréquent qu’en sport à impact comme la course à pied, traduisent néanmoins une perturbation de la mécanique fémoro-patellaire suffisamment courante pour motiver des arrêts répétés. À la différence des lombalgies, les plaintes de genou, qui concernent environ un quart des coureurs et surviennent plutôt en pré-saison, sont à l’origine de la majorité des temps d’arrêt, près de deux fois sur trois.

Le spectre tendineux est dominé par la tendinopathie patellaire, parfois associée à des bursites infra-patellaires, suivie de l’atteinte de la patte d’oie, de la bandelette ilio-tibiale moins fréquente qu’en course à pied, et des ischio-jambiers. Un cas illustre l’intrication des facteurs : une instabilité tibio-fibulaire ayant décompensé une tendinopathie des ischio-jambiers, source d’une indisponibilité prolongée. La prise en charge repose sur la mobilité articulaire, le travail des chaînes musculaires, le massage et le taping, la prévention de la fatigue musculaire génératrice de contractures, et les réglages du vélo, notamment les pédaliers rotatoires qui réduisent les zones de surcharge selon la biomécanique du coureur. La chute supposée bénigne agit là encore fréquemment comme un facteur de décompensation de ces tendinopathies.

Il y a un impact majeur des conditions météo sur tout ce qu'on a discuté, avec une seule constante qui reste la performance demandée au final.

Pathologies spécifiques du cycliste : périnée, vasculaire, exposition solaire

La position assise prolongée expose le périnée à d’innombrables lésions cutanées superficielles et, parfois, à la formation progressive d’un nodule inflammatoire à tendance infectieuse dans des zones humides soumises à la répétition des cycles. La prostatite, volontiers attribuée au vélo, ne montre pas de corrélation établie avec la pratique selon la littérature urologique ; un facteur confondant fréquent est l’atteinte du nerf pudendal, dont la compression peut générer une douleur à irradiation évoquant à tort une prostatite. Ce diagnostic différentiel mérite d’être évoqué devant toute symptomatologie de la région.

L’endofibrose de l’artère iliaque externe constitue une entité spécifique et trompeuse : phénomène compressif lié à la position et à l’hypertrophie du psoas sur une artère tortueuse, elle peut représenter, selon une méta-analyse de 2009, jusqu’à 15 pour cent des symptômes des membres inférieurs, sous forme de douleurs, crampes ou faiblesses musculaires souvent proximales, chez des athlètes dépassant 15 000 kilomètres annuels. Sa reconnaissance impose d’y penser devant une claudication atypique d’effort. Sur un autre plan, l’exposition solaire est majeure : une mesure réalisée pendant un Tour de Suisse a objectivé jusqu’à 30 fois la dose d’exposition tolérée, ce qui justifie une éducation à la photoprotection dont l’enjeu se situe surtout à long terme.

Traumatologie de chute et atteintes internistiques

La traumatologie cycliste, spectaculaire en course, est marquée par la pauvreté du matériel de protection en dehors du casque et par les facteurs de risque inhérents au peloton : remontées simultanées pour protéger un leader, tracés et arrivées au sprint mal sécurisés. La peau est touchée la première, suivie des contusions, hématomes et fractures, ces dernières en augmentation sur la dernière décennie et concernant près de deux fois sur trois le membre supérieur. Le casque a néanmoins fait nettement reculer les atteintes cérébrales. Sur une saison, le registre observé associe clavicules, entorses acromio-claviculaires, poignet, première articulation métacarpo-phalangienne et traumatismes crâniens ; les fractures de clavicule sont volontiers opérées pour assurer un retour rapide. Le point clé pour le référent est que la chute « bénigne » n’existe quasiment pas : elle décompense des tendinopathies, génère une réaction inflammatoire potentiellement systémique, altère le sommeil et la récupération, et impose de toujours évoquer un pneumothorax dès que le thorax est impliqué.

Le versant internistique se répartit en deux grands groupes. Sur le plan respiratoire, on retrouve bronchites infectieuses et asthmatiformes, bronchoconstriction d’effort, sinusites et angines. Sur le plan digestif, dominent les troubles liés à l’effort et à la nutrition de l’effort, en particulier la consommation massive de gels, ainsi que les contaminations alimentaires et gastroentérites infectieuses favorisées par la vie collective. Enfin, les conditions météorologiques exercent un impact majeur et transversal : déshydratation sous chaleur extrême, sidération par le froid, autant de facteurs qui aggravent l’ensemble des problématiques précédentes, la seule constante demeurant le niveau de performance exigé au final.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Cyclisme

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2017

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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