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- Obésité et activité physique chez les adolescents: quoi de neuf?
Obésité de l’enfant et de l’adolescent : nouvelles définitions et place de l’activité physique adaptée
- Dre Nathalie Farpour-Lambert
- Nouvelle définition mondiale : obésité préclinique et obésité clinique
- Critères diagnostiques : indice de masse corporelle, tour de taille et ratios
- Complications orthopédiques et épiphysiolyse de hanche
- Activité physique adaptée et lutte contre le déconditionnement
- Stratégie thérapeutique étagée et prise en charge multidisciplinaire
- Modifications du mode de vie : alimentation, activité physique, sommeil
- Programme de réadaptation physiothérapeutique et activités aquatiques adaptées
- Traitement pharmacologique par analogues du glucagon-like peptide 1 (GLP1) : liraglutide, sémaglutide
- Chirurgie bariatrique en dernier recours dans l’obésité sévère
- Mesurer le tour de taille et calculer le ratio tour de taille sur taille
- Évoquer et exclure une épiphysiolyse devant toute douleur de hanche ou boiterie de l’adolescent
- Évaluer systématiquement le sommeil et le temps d’écran comme leviers de prise en charge
- Adresser précocement au réseau multidisciplinaire et au centre spécialisé si obésité sévère
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dre Nathalie Farpour-Lambert, symposium médico-sportif, 2025
L’obésité pédiatrique est une maladie chronique multifactorielle dont la prévalence touche environ un enfant sur cinq en Suisse, avec une surreprésentation marquée dans les populations vulnérables et un gradient lié au niveau d’éducation parental. Le consensus international récent publié dans le Lancet redéfinit le diagnostic au-delà du seul indice de masse corporelle, en intégrant la mesure du tour de taille et la distinction entre obésité préclinique et obésité clinique. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle les nouveaux critères diagnostiques, le spectre des complications, en particulier orthopédiques, et la stratégie thérapeutique étagée. L’activité physique adaptée et la prise en charge multidisciplinaire en constituent les piliers, désormais complétés par des options pharmacologiques en évolution rapide. L’objectif est de fournir au confrère de premier recours des repères de dépistage, de bilan et d’adressage.
Une maladie chronique sous-estimée et inégalement répartie
L’obésité de l’enfant et de l’adolescent est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique complexe, intégrée à la classification internationale des maladies, ce qui ouvre un droit aux soins. Son origine est multifactorielle : prédisposition génétique, facteurs métaboliques, psychologiques, comportementaux et environnementaux s’y combinent. La composante génétique pèse dans 40 à 70 pour cent des cas, le risque pour l’enfant atteignant 80 pour cent lorsque les deux parents sont concernés, 40 pour cent lorsqu’un seul l’est, contre 10 pour cent lorsque les deux ont un poids normal. Les mutations monogéniques restent rares, de l’ordre de 1 à 2 pour cent, surtout évoquées devant une obésité sévère très précoce, avant l’âge de 5 ans, associée à des troubles du comportement alimentaire.
En Suisse, l’absence de monitoring national impose la prudence, mais le taux de surpoids et d’obésité avoisine 20 pour cent, soit un enfant sur cinq. La charge se concentre dans les populations vulnérables, avec jusqu’à 40 pour cent de surpoids chez les enfants d’origine étrangère, et un gradient net selon le niveau d’éducation parental : un faible niveau de formation multiplie par 2,5 à 3 le risque de surpoids dès l’école enfantine. Un rebond adipositaire précoce, avant 5 ans et demi, est clairement associé au maintien de l’obésité à l’âge adulte et à un surrisque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de décès prématuré, ce qui justifie une vigilance dès la petite enfance.
Au-delà de l'indice de masse corporelle : la nouvelle définition diagnostique
Le diagnostic reposait jusqu’ici sur l’indice de masse corporelle, rapporté à des courbes de corpulence où le percentile 90 marque le surpoids, le seuil de 97 pour cent l’obésité et le percentile 99,5 l’obésité sévère. Le consensus international récent, élaboré par 58 experts et publié dans le Lancet, dépasse ce seul indice en y adjoignant une mesure simple et peu coûteuse, le tour de taille. Celui-ci se mesure à l’horizontale, à mi-distance entre la dernière côte palpable et la crête iliaque, en expiration légère, là où le mètre ruban se place spontanément dans la zone la plus étroite. Le ratio tour de taille sur taille, pathologique au-delà de 0,5, et le rapport tour de taille sur hanche complètent l’évaluation de l’adiposité abdominale.
Cette approche permet de classer dans l’obésité un sujet dont l’indice de masse corporelle reste sous le seuil mais dont les paramètres abdominaux sont altérés. Elle introduit surtout la distinction entre obésité préclinique, où l’on observe une altération de structure sans atteinte fonctionnelle organique, et obésité clinique, définie par des signes, des symptômes ou des mesures d’atteinte d’organe, ou par une limitation des activités de la vie quotidienne. Cette stratification a une visée pratique directe : alors qu’un milliard de personnes sont concernées dans le monde et que les ressources thérapeutiques sont limitées, elle vise à orienter l’intensité de la prise en charge et l’accès aux thérapies vers les patients qui en tireront le plus de bénéfice.
Le spectre des complications : un point d'attention orthopédique
Peu de maladies chroniques pédiatriques s’accompagnent d’autant de complications. Aux atteintes respiratoires, cardiovasculaires, digestives et métaboliques s’ajoutent des conséquences orthopédiques qui intéressent directement le médecin du sport. On observe fréquemment des malalignements des membres inférieurs, notamment un genou valgus, des pieds plats et une hyperlordose lombaire, et plus rarement un tibia vara avec déformation tibiale. Ces troubles statiques participent à l’intolérance à l’effort et entretiennent le déconditionnement.
Un diagnostic ne doit pas être méconnu : l’épiphysiolyse fémorale supérieure, urgence orthopédique qui touche plus volontiers l’adolescent en surpoids. Devant une douleur de hanche ou une boiterie chez un adolescent, un bilan radiologique s’impose pour l’exclure. Ce réflexe relève typiquement de la première ligne et conditionne un adressage sans délai. Plus largement, les douleurs ostéo-articulaires des genoux, des pieds et du dos doivent être identifiées et traitées en priorité, faute de quoi elles interdisent toute reprise d’activité et referment le cercle vicieux de l’inactivité.
L'activité physique adaptée, pilier thérapeutique et prévention du cercle vicieux
Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour les 5 à 17 ans tiennent en quelques principes : au moins une heure quotidienne cumulée d’activité d’intensité moyenne à vigoureuse, dont trois séances hebdomadaires sollicitant la musculature et la densité osseuse par des exercices d’impact, et une limitation du temps d’écran, le seuil de deux heures par jour s’accompagnant d’un surrisque de surpoids. Les bénéfices dépassent la seule composition corporelle : développement cognitif et moteur, intégration sociale, santé cardiométabolique, musculo-squelettique et mentale, meilleure réussite scolaire. Les données suisses restent préoccupantes, puisque seul un tiers environ des grands adolescents atteint le niveau recommandé, avec une chute particulièrement marquée chez les filles.
Chez l’enfant en surpoids, l’obésité induit douleurs ostéo-articulaires, intolérance à l’effort, déconditionnement et stigmatisation, qui alimentent un cercle vicieux d’inactivité. La prise en charge physiothérapeutique constitue souvent la première étape chez l’enfant complètement inactif : traiter d’abord les freins douloureux, débuter à faible intensité, progresser graduellement et privilégier des modalités acceptables. Les activités aquatiques en milieu thérapeutique et le High Intensity Interval Training, ludique et intermittent, se révèlent particulièrement adaptés et appréciés des adolescents. La détérioration du fitness cardiorespiratoire est un marqueur fort, un enfant dont la capacité se dégrade voyant son risque de surpoids ultérieur multiplié par 6,3.
Une stratégie thérapeutique étagée, du mode de vie aux nouvelles molécules
La base de la pyramide thérapeutique reste la modification du mode de vie pour tous les enfants en surpoids ou obèses : alimentation, activité physique, sommeil et comportements. Le sommeil mérite une attention particulière, sa restriction augmentant la prise alimentaire par élévation de la ghréline et du cortisol ; on vise au moins neuf heures chez l’adolescent et jusqu’à dix heures chez l’enfant d’âge primaire. L’objectif pondéral est pragmatique : pendant la croissance, freiner puis stabiliser la prise de poids sous les 3 à 4 kilos annuels attendus, afin de ramener progressivement l’enfant sur la courbe correspondant à sa taille, plutôt que d’imposer une perte de poids brutale.
Une étape pharmacologique s’est ouverte avec les analogues du glucagon-like peptide 1 (GLP1), hormone qui freine l’appétit, augmente la satiété et améliore le métabolisme glucidique. Le liraglutide est disponible depuis deux ans chez l’adolescent ; le sémaglutide, approuvé par Swissmedic, attend encore son remboursement dans cette tranche d’âge. Ces molécules sont à considérer comme une béquille qui ne dispense pas des changements de mode de vie. La chirurgie bariatrique demeure réservée à l’obésité très sévère en fin de croissance avec complications avérées, et son recours pourrait se réduire à mesure que les nouvelles molécules approchent ses résultats pondéraux. Toute prise en charge sévère ou compliquée doit être adressée à un centre spécialisé, le médecin de premier recours restant le coordinateur des premiers soins.
Le rôle du référent : dépistage, accompagnement et travail en réseau
L’abord de l’enfant suspect de surpoids commence par une autorisation explicite de parler du poids, gage d’alliance et de respect, suivie de la pose du diagnostic, d’une anamnèse élargie personnelle, familiale, périconceptionnelle et périnatale, et d’un examen clinique recherchant les signes d’atteinte organique. Le bilan paraclinique reste simple : profil lipidique, glycémie, hémoglobine glyquée, transaminases pour la fonction hépatique et thyréostimuline (TSH). Le modèle des cinq A, Ask, Assess, Advise, Agree, Assist, structure l’intervention brève : demander la permission, évaluer causes et complications, conseiller, s’accorder avec l’enfant et la famille sur des objectifs réalistes, puis accompagner dans la durée, souvent sur plusieurs années.
Le travail en réseau est essentiel : aucun enfant ne devrait quitter la consultation sans orientation vers la physiothérapie, la diététique ou la psychologie selon les besoins, dans une prise en charge multidisciplinaire coordonnée. Le référent garde une posture empathique et non jugeante face à des enfants fréquemment stigmatisés, et accorde une attention particulière aux populations vulnérables, migrantes ou précarisées, chez qui la prise en charge est plus complexe. Le principe directeur tient en une formule : chaque contact compte. Une consultation pour entorse ou lombalgie est une occasion d’encourager le mouvement, de fixer un objectif spécifique, mesurable et atteignable, et d’enclencher une trajectoire favorable que la détection et le traitement précoces rendent décisive.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Thème de l'évènement
Sport et activité physique chez l'adolescent: problèmes spécifiques
Intervenants
Dre Nathalie Farpour-Lambert
Partie du corps
Maladies
Année
2025
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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