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  • Ménisques et ligaments croisés chez les sportifs de haut niveau

Reconstruction du ligament croisé antérieur chez le sportif : choix de greffe, plasties antérolatérales et préservation méniscale

  • Dr Guillaume Demey
  • Choix de la greffe du LCA selon le sport pratiqué
  • Quantification préopératoire de la laxité et de la translation tibiale
  • Pente tibiale comme facteur de risque intrinsèque d’échec
  • Reconstructions antérolatérales et contrôle de la laxité rotatoire
  • Préservation méniscale et stabilité antéropostérieure du genou
  • Reconstruction du LCA par tendon rotulien, ischio-jambiers ou tendon quadricipital
  • Plastie antérolatérale associée (ténodèse type Lemaire ou ligament antérolatéral)
  • Suture et préservation méniscales, traitement des lésions de rampe et de racine
  • Adaptation du protocole postopératoire et rééducation pluridisciplinaire progressive
  • Choisir la greffe à la carte selon le sport et le terrain du patient
  • Mesurer en préopératoire la laxité différentielle et la translation tibiale antérieure
  • Considérer une plastie antérolatérale chez le sportif à fort risque de récidive
  • Tout faire pour préserver le ménisque, en particulier le ménisque interne

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Guillaume Demey, congrès Medicol, 2024

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) du sportif ne se résume pas au choix d’une plastie intra-articulaire : le résultat dépend de la greffe, de son environnement mécanique et de l’état des ménisques. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle qu’il n’existe pas une meilleure greffe dans l’absolu, mais une greffe adaptée au sport pratiqué, et que la quantification préopératoire de la laxité et de la pente tibiale conditionne le risque d’échec. Elle souligne l’apport des reconstructions antérolatérales pour le contrôle de la laxité rotatoire et l’importance capitale de la préservation méniscale, notamment du ménisque interne, dans la stabilité antéropostérieure. Elle insiste enfin sur une rééducation progressive, jalonnée de tests de validation, comme déterminant du retour au sport sécurisé.

Il n'y a pas une meilleure greffe, mais une greffe adaptée au sport

Le débat opposant tendon rotulien et tendons ischio-jambiers s’est longtemps résumé à un choix bipolaire. Le retour en force du tendon quadricipital, soutenu par plusieurs revues systématiques, élargit l’éventail et invite à raisonner non plus par supériorité d’une greffe sur une autre, mais par adéquation au profil sportif. Les registres montrent des signaux contradictoires, en partie liés à des biais méthodologiques, et ne permettent pas de désigner une greffe optimale universelle. La logique d’indication se déplace ainsi vers une sélection à la carte, où le geste de prélèvement et le site donneur pèsent autant que la plastie elle-même.

En pratique, les ischio-jambiers conviennent aux sports à impulsion comme le basket-ball ou le volley-ball, aux sports de montagne et aux activités en appui à genou, où l’on préfère épargner l’appareil extenseur. Le tendon rotulien reste le gold standard historique du sport pivot-contact et des disciplines sollicitant la rotation tibiale interne, tel le football, mais expose à des douleurs et tendinopathies qui le rendent moins favorable aux jumping sports. Le tendon quadricipital occupe une position intermédiaire : adapté au pivot-contact, il trouve aussi sa place chez les travailleurs à genou et chez les patients aux antécédents de tendinopathie rotulienne. Savoir prélever les trois greffes permet d’individualiser réellement l’indication.

Il n'y a probablement pas une meilleure greffe, mais une meilleure greffe selon le sport que pratique le patient.

Quantifier la laxité préopératoire pour anticiper l'échec

L’évaluation de la laxité ne peut se limiter à l’examen clinique : sa mesure objective est essentielle au pronostic. La radiographie dynamique comparative entre les deux genoux, quantifiant le tiroir antérieur du tibia par rapport au fémur, révèle des écarts considérables d’un patient à l’autre, depuis une translation modérée de cinq millimètres jusqu’à des valeurs de l’ordre de dix-huit millimètres. Cette laxité différentielle, souvent sous-estimée, conditionne directement le risque d’échec d’une reconstruction isolée.

La littérature établit qu’une laxité préopératoire importante augmente le risque de rupture itérative de la greffe. Devant un genou très laxe, une plastie intra-articulaire simple expose à un résultat incertain, ce qui justifie d’enrichir la stratégie chirurgicale. La mesure préopératoire systématique, et le contrôle comparatif des deux côtés, fournissent au confrère comme à l’opérateur un repère objectif pour calibrer le geste et informer le patient sur le pronostic attendu.

Sécuriser la greffe : reconstructions antérolatérales et tunnel fémoral

Une greffe correctement positionnée ne suffit pas si son environnement mécanique reste hostile. L’association d’une reconstruction antérolatérale à la plastie intra-articulaire renforce le contrôle de la laxité rotatoire, sans pénaliser la récupération postopératoire ni retarder le retour au sport. Chez le sportif à fort risque, cette adjonction mérite d’être envisagée de façon quasi systématique. Deux grandes techniques coexistent : la ténodèse latérale, fonctionnelle, moins anatomique et isométrique, prélevée sur une bandelette du fascia lata passée sous le ligament collatéral latéral ; et la reconstruction du ligament antérolatéral, plus anatomique, souvent réalisée avec un ischio-jambier, non isométrique et se détendant en flexion. Les études n’ont pas encore tranché en faveur de l’une ou de l’autre.

Le choix de la plastie antérolatérale s’articule en pratique avec la greffe intra-articulaire : l’usage d’un tendon rotulien ou quadricipital oriente vers une bandelette de fascia lata, tandis qu’une greffe d’ischio-jambiers permet d’utiliser une partie du droit interne pour la reconstruction latérale, sans prélèvement donneur supplémentaire. Sur le versant fémoral, le tunnel réalisé de dehors en dedans facilite un positionnement anatomique, améliore la couverture de l’insertion, supprime le risque d’effondrement postérieur du tunnel et se révèle particulièrement utile dans les reprises. Il préserve aussi le reliquat ligamentaire, riche en vascularisation et en proprioception, dont la conservation participe au résultat fonctionnel.

La pente tibiale, facteur de risque intrinsèque à mesurer

La pente tibiale excessive constitue un facteur de risque intrinsèque de rupture du LCA et d’échec de greffe. Elle majore la translation antérieure du tibia et impose des contraintes de cisaillement à la plastie, à l’origine de ruptures de fatigue faussement attribuées à un échec biologique. Sa mesure, par l’axe anatomique du tibia, devrait être systématique, y compris devant une rupture primaire où l’on ne suspecte pas d’emblée une pente élevée. La valeur normale avoisine neuf degrés ; au-delà de douze degrés, le taux d’échec croît nettement, jusqu’à 22 % à 20 ans de recul dans une série australienne.

Au-delà de la pente elle-même, c’est la translation tibiale antérieure en appui monopodal, mesurée sur un cliché de profil en charge, qui porte l’information la plus pertinente. Sa valeur normale se situe autour de 1,3 millimètre et augmente avec la pente ; un seuil de cinq millimètres signale un risque accru de lésion ligamentaire ou méniscale. Lorsque cette translation est excessive, l’adaptation du protocole postopératoire, notamment la suppression de l’appui, permet de la corriger partiellement. Mesurer ces paramètres en préopératoire évite donc de mauvaises surprises et oriente la conduite chirurgicale et rééducative.

Préserver le ménisque, c'est préserver la stabilité du genou, surtout en antéropostérieur.

Préserver le ménisque, garant de la stabilité du genou

La préservation méniscale est le second pilier de la sécurisation de la greffe. Le ménisque interne agit comme une cale qui contrôle la stabilité antéropostérieure : la pente méniscale qu’il génère vient diminuer la pente osseuse fonctionnelle. Sa résection augmente cette pente méniscale et majore la pente réelle subie par la plastie, exposant directement le LCA. Le ménisque externe, quant à lui, contribue surtout à la stabilité rotatoire et au contrôle du ressaut. Préserver le ménisque, c’est donc préserver la stabilité du genou, ce qui justifie une attitude conservatrice chaque fois que la lésion le permet.

L’indication de réparation dépend de la zone atteinte, de la vascularisation, de l’âge du patient et du type de lésion. Les lésions longitudinales et les lésions radiaires se prolongeant dans le ménisque doivent être réparées, tandis que les petites languettes du bord libre, mal vascularisées, relèvent d’une résection économe. Le ménisque externe cicatrise mieux que l’interne car il est mieux vascularisé. La technique de suture privilégie l’avivement pour favoriser la cicatrisation et obtenir une fixation primaire stable, des points plutôt verticaux et multipliés à intervalles rapprochés, sur un genou stabilisé. Les lésions de rampe et les avulsions de racine doivent être recherchées et traitées, car leur réparation conditionne le résultat de la reconstruction ligamentaire.

Récupération musculaire et retour au sport : une prise en charge jalonnée

Une greffe bien réalisée et bien protégée n’aboutit à un retour au sport sécurisé que si la récupération musculaire est conduite avec rigueur. La prise en charge débute en préopératoire, par une évaluation et une préparation du patient, et se poursuit par un suivi postopératoire précis. Elle repose sur des étapes successives, chacune subordonnée à la validation de tests objectifs avant le passage à la suivante, plutôt que sur des délais fixes appliqués uniformément.

Les paliers s’échelonnent typiquement vers trois mois, avec une batterie de tests conditionnant la reprise de la course à pied, puis vers six mois pour la reprise des entraînements, et enfin autour de neuf mois pour le retour à la compétition chez le sportif de haut niveau. Cette progression exige une coordination pluridisciplinaire associant médecins du sport, kinésithérapeutes et préparateurs physiques. Pour le médecin référent, ce calendrier jalonné fournit des repères clairs sur le suivi attendu et sur le moment opportun pour autoriser la reprise des activités.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Prothèse de hanche et chirurgie méniscale

Intervenants

Partie du corps

Genou

Maladies

Année

2024

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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