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  • Médecine nucléaire – SPECT-CT: état actuel et applications cliniques

Quantification absolue en SPECT-CT osseux : différencier métastases et lésions ostéo-articulaires

  • Prof. John Prior
  • Imagerie hybride et quantification absolue de l’activité osseuse
  • Différenciation métastases versus troubles ostéo-articulaires par le SUV
  • Apport du SPECT-CT dans la douleur articulaire inexpliquée
  • Segmentation tissulaire et attribution de l’origine osseuse de l’activité
  • Suivi évolutif des pathologies et concordance avec l’imagerie conventionnelle
  • Scintigraphie osseuse couplée au scanner (SPECT-CT)
  • Quantification absolue de l’activité par mesure du SUV
  • Reconstruction segmentée type SPECT bone
  • Suivi métabolique itératif des lésions osseuses
  • Penser au SPECT-CT quantitatif devant une lésion hyperfixante de caractérisation incertaine
  • Utiliser le seuil de SUV pour étayer l’hypothèse métastatique sans s’y substituer
  • Adresser les douleurs articulaires restées inexpliquées après bilan radiologique complet
  • Confronter systématiquement la mesure quantitative à l’imagerie et au contexte clinique

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Prof. John Prior, Lunch meetings, 2018

La scintigraphie osseuse conventionnelle souffre d’une spécificité limitée : de nombreuses lésions captent le traceur, qu’elles soient tumorales ou d’origine dégénérative, sans que l’intensité de fixation permette de trancher. La tomographie d’émission monophotonique couplée au scanner (SPECT-CT, single photon emission computed tomography), associée à la quantification absolue de l’activité métabolique, change cette donne en apportant une mesure reproductible exprimée en valeur de fixation standardisée (SUV, standardized uptake value), c’est-à-dire un facteur de concentration du traceur rapporté à une dilution homogène. Cette mise au point destinée au médecin référent décrit le principe de la quantification, sa précision, ainsi que son apport concret dans deux situations fréquentes : la caractérisation d’une lésion osseuse hyperfixante et le bilan d’une douleur articulaire inexpliquée. L’objectif est de préciser quand demander cet examen et quelle information transmettre au médecin nucléaire.

De la scintigraphie semi-quantitative à la mesure absolue

La scintigraphie osseuse conventionnelle reste un examen sensible mais reposait jusqu’ici sur une approche semi-quantitative. L’intensité de fixation s’appréciait par des ratios rapportés à une région supposée saine, méthode difficile à reproduire et peu fiable pour suivre une lésion au cours du temps. Le SPECT-CT acquiert dans la même machine l’information de médecine nucléaire et celle du scanner, ce qui ouvre, depuis quelques années, la possibilité d’une quantification véritablement absolue de l’activité, comparable à celle obtenue avec la tomographie par émission de positons couplée au scanner (PET-CT, positron emission tomography).

Cette quantification absolue suppose une correction d’atténuation rigoureuse. Une partie du rayonnement reste piégée dans le corps, et son absorption dépend de la profondeur de la source par rapport à la surface ; le scanner fournit précisément la cartographie nécessaire à cette correction. La stabilité de la mesure repose en outre sur un alignement régulièrement contrôlé entre les deux modalités, vérifié par une petite source de cobalt mobilisée automatiquement. Dans ces conditions, la précision atteinte sur la mesure de la radioactivité est de l’ordre de 5 à 10 % selon le radio-isotope, à condition que la lésion soit de taille suffisante, de l’ordre de 5 à 10 millilitres, les très petits volumes restant sous-estimés.

On peut fixer cette limite aux alentours de 20 SUV pour différencier les métastases et les troubles ostéo-articulaires.

Quantifier pour différencier métastase et lésion ostéo-articulaire

L’intérêt clinique majeur de cette mesure tient à la résolution d’une ambiguïté quotidienne de la scintigraphie osseuse : une hyperfixation peut traduire aussi bien une métastase qu’un remaniement dégénératif. En exprimant l’activité en SUV, c’est-à-dire en facteur de concentration par rapport à une simple dilution homogène du traceur, on dispose d’un indice objectif et comparable d’un patient à l’autre. Une série a comparé douze patients porteurs d’un cancer de la prostate avec métastases osseuses connues à dix-sept patients consultant pour des troubles ostéo-articulaires sans cancer documenté.

La distribution des valeurs s’est révélée nettement séparée : les lésions métastatiques atteignaient des SUV élevés, pouvant monter jusqu’à 150 au niveau de l’os, tandis que les atteintes ostéo-articulaires restaient sensiblement plus basses. Un seuil situé aux alentours de 20 permet alors de différencier de façon fiable les deux origines, un cas à SUV de 19 classé comme dégénératif illustrant le caractère discriminant de cette borne. Sur cette base, la sensibilité avoisinait 94 %, avec un gain de spécificité que la scintigraphie standard, où une fixation marquée ne correspond souvent qu’à une ou deux lésions métastatiques sur trois, ne permettait pas d’atteindre. Cet indice n’efface pas l’analyse morphologique du scanner mais augmente la confiance diagnostique.

Le SPECT-CT dans la douleur articulaire restée inexpliquée

La quantification absolue trouve une seconde application devant les douleurs sans cause identifiée. Une étude a porté sur des patients adressés à un centre spécialisé de la cheville pour des douleurs demeurées inexpliquées après un bilan complet réalisé par le chirurgien orthopédiste et le radiologue. Chez ces patients, pour lesquels l’examen clinique et l’imagerie radiologique n’avaient pas retrouvé de source, le SPECT-CT a permis d’établir un diagnostic précis dans deux tiers des cas, et a conduit à une modification de la thérapie envisagée chez plus d’un patient sur deux.

Les autres indicateurs recueillis par un questionnaire vont dans le même sens : une maladie jusque-là méconnue a été mise en évidence chez environ un patient sur cinq, et la prise en charge se trouvait guidée par l’examen chez près de quatre patients sur cinq. La localisation anatomique précise du point douloureux a été obtenue dans près de neuf cas sur dix, et dans une proportion comparable le clinicien prescripteur déclarait qu’il redemanderait l’examen dans les mêmes conditions. Ces chiffres comportent un biais d’attente, puisque l’examen est sollicité précisément quand la cause échappe ; ils confirment néanmoins l’utilité du SPECT-CT comme recours après échec d’un bilan conventionnel bien conduit. Cet examen s’adresse donc au confrère qui a épuisé les explorations de première ligne.

Segmentation tissulaire : attribuer l'activité à l'os

Au-delà de la mesure chiffrée, le couplage au scanner autorise un mode de reconstruction qui exploite la haute définition anatomique du CT. Le traceur osseux ne pouvant provenir que de l’os, on segmente le volume en cinq compartiments, l’air, le tissu adipeux, l’os cortical, les tissus mous et l’os spongieux, puis on attribue l’activité de médecine nucléaire au seul tissu osseux. Le résultat, désigné SPECT bone, conserve la netteté du scanner tout en colocalisant l’activité fonctionnelle, ce qui révèle des foyers de petite taille qu’une reconstruction standard, plus floue, laissait échapper.

Cette approche corrige également les artéfacts liés au matériel : aucune activité n’est attribuée au métal d’une prothèse, ce qui affine la lecture d’un descellement suspecté. Les indices mesurés deviennent plus élevés et plus pertinents lorsque l’activité est délimitée localement plutôt qu’étalée sur une région. L’intérêt pratique est aussi communicationnel : un scanner « coloré » par l’information métabolique se lit aisément par les orthopédistes, rhumatologues et radiologues habitués au CT, là où un compte rendu de médecine nucléaire isolé, sans l’image, peut rester difficile à interpréter.

Dans deux tiers des cas, le SPECT-CT a permis un diagnostic que l'imagerie conventionnelle n'avait pas identifié.

Suivre l'évolution d'une lésion dans le temps

La reproductibilité de la mesure absolue ouvre la voie à un suivi métabolique longitudinal, là où la scintigraphie semi-quantitative peinait à objectiver une évolution. Une métastase d’ostéosarcome, peu exprimée sur le traceur du métabolisme glucidique et donc difficile à suivre par cette voie, se laissait au contraire suivre sur la scintigraphie osseuse, l’os tumoral fabriquant de la matrice : le SUV est passé de 14 à 39 parallèlement à l’augmentation du volume lésionnel. La trajectoire chiffrée traduit ici directement l’évolution défavorable.

Le champ d’application déborde l’oncologie osseuse. La scintigraphie osseuse quantifiée permet de suivre certaines amyloïdoses, notamment dans leur atteinte cardiaque, et d’affiner l’évaluation de pathologies articulaires comme les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire, où un ratio relatif discrimine mal le côté atteint alors que la valeur absolue tranche. Plus largement, la quantification dépasse l’orthopédie et concerne la neurologie, la cardiologie, les maladies infectieuses et la néphrologie, autant de domaines où la mesure absolue apporte une spécificité supérieure à la scintigraphie traditionnelle.

Place de la technique et limites à connaître

L’apport du SPECT-CT quantitatif doit être apprécié sans surestimer la rupture qu’il représente, la médecine nucléaire conventionnelle restant un examen performant. Une série de 207 SPECT-CT a montré une concordance avec l’examen traditionnel dans 80 % des cas. Dans les 20 % de discordance, l’analyse en fonction du suivi a départagé les deux modalités de façon nuancée : la médecine nucléaire conventionnelle donnait la meilleure définition de la pathologie dans environ deux tiers de ces cas discordants, la nouvelle technique dans le tiers restant. Aussi les deux reconstructions méritent-elles d’être systématiquement relues conjointement.

Ces résultats appellent encore des études complémentaires, probablement multicentriques, pour préciser les indications où la quantification apporte un bénéfice décisif. L’examen est désormais accessible en pratique clinique, notamment à la Clinique Bois-Cerf et à la Clinique Cécile. Pour le médecin référent, le message opérationnel est clair : devant une lésion osseuse hyperfixante de caractérisation incertaine, ou une douleur articulaire restée sans explication après un bilan complet, le SPECT-CT quantitatif constitue un recours pertinent, dont l’interprétation se construit toujours par confrontation à l’imagerie morphologique et au tableau clinique.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Médecine nucléaire SPECT-CT: état actuel et applications cliniques

Intervenants

Prof. John Prior

Partie du corps

Maladies

Année

2018

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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