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  • Patient Education: un élément clé pour le succès de l’opération

Satisfaction du patient et parcours standardisé en arthroplastie de hanche et de genou

  • Dr Lukas Schatzmann
  • Satisfaction du patient et alignement des attentes
  • Balance bénéfice-risque et delta de profit du patient
  • Standardisation du parcours de soins (clinical pathway)
  • Programme Rapid Recovery et médecine fondée sur les preuves
  • Éducation du patient et de son entourage en trois temps
  • Prothèse totale de genou
  • Prothèse totale de hanche
  • Programme Rapid Recovery et parcours standardisé
  • Éducation préopératoire (consultation, application mobile, école du patient)
  • Aligner les attentes du patient avec le résultat réaliste attendu dès la première consultation
  • Expliciter la balance entre souffrance préopératoire et risques de l’intervention
  • Informer et impliquer l’entourage du patient avant l’opération
  • S’appuyer sur un parcours standardisé fondé sur les preuves pour réduire les complications

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Lukas Schatzmann, congrès Medicol, 2022

Le succès d’une arthroplastie de hanche ou de genou ne se résume pas au résultat technique de l’implantation, mais à la satisfaction perçue par le patient, laquelle dépend étroitement de l’alignement entre attentes et résultat. Deux genoux dotés d’une mobilité et d’une activité comparables peuvent générer des niveaux de satisfaction opposés selon les attentes initiales du patient et la qualité de l’information reçue. Cette présentation, destinée au médecin référent, déplace l’attention du geste prothétique vers le parcours de soins : standardisation du parcours de soins (clinical pathway), médecine fondée sur les preuves comme aide à la décision, et programme Rapid Recovery centré sur l’éducation préopératoire. Elle rappelle que la balance bénéfice-risque, propre à une médecine qui n’est pas une science exacte, doit être explicitée avec le patient et son entourage. L’enjeu, pour le confrère qui adresse, est de préparer cet alignement des attentes dès la consultation initiale.

Le patient satisfait : un résultat technique ne suffit pas

La satisfaction du patient ne se déduit pas mécaniquement de la qualité de l’implantation ni des paramètres techniques habituellement discutés, mobilité en degrés, comportement en flexion intermédiaire ou stabilité selon le système prothétique. Le critère qui structure l’ensemble de la démarche est la satisfaction perçue. Le patient déçu, celui qui se présente en consultation en exprimant sa déception alors même que le résultat clinique paraît bon, constitue la situation la plus difficile à prendre en charge, bien plus que les profils habituellement redoutés. Cette dissociation entre résultat objectif et perception subjective impose de considérer la satisfaction comme une cible à part entière du parcours, et non comme un sous-produit du geste chirurgical.

Deux exemples cliniques illustrent ce paradoxe. Une patiente porteuse d’une prothèse de genou en position imparfaite, séquelle d’une ostéotomie tibiale, conserve des douleurs antérieures de genou, mais se déclare prête à refaire l’intervention sans hésiter, car sa souffrance préopératoire était considérable. À l’inverse, un patient de soixante ans dont la prothèse présente une position quasi idéale et un résultat fonctionnel équivalent se dit insatisfait de ne plus pouvoir pratiquer le hockey sur glace avec ses pairs et n’aurait pas réitéré l’opération. Mobilité et activité identiques, satisfaction opposée : la différence tient au seul écart entre attentes et résultat.

Les deux patients ont la même mobilité et la même activité après la prothèse, mais la satisfaction dépend de l'écart entre les attentes et le résultat.

La balance bénéfice-risque et le delta de profit

La décision opératoire s’analyse comme une balance entre, d’un côté, la souffrance et les douleurs préopératoires du patient et, de l’autre, les complications potentielles, le stress et la crainte associés à l’intervention. Plus le poids de la souffrance préopératoire est élevé, plus le bénéfice net attendu, le delta de profit pour le patient, est important. Un patient peut ainsi rencontrer des difficultés après l’opération et rester gagnant, dès lors que ces difficultés sont mineures au regard des douleurs qu’il subissait auparavant. Cette lecture en termes de balance fournit au confrère un cadre simple pour pondérer l’indication et pour la présenter au patient.

Ce raisonnement s’inscrit dans une conception de la médecine comme discipline qui n’est pas une science exacte au sens de la physique : chaque décision revient à juger ce que l’on risque pour le patient au regard du bénéfice escompté, et la relation entre les deux. La médecine fondée sur les preuves intervient ici comme une aide à l’orientation au sein d’une masse considérable d’informations, sans se substituer au jugement clinique. C’est précisément en appliquant des décisions appuyées sur les preuves que se dessine un chemin de prise en charge largement reproductible d’un patient à l’autre, tant pour la hanche que pour le genou.

Standardiser le parcours de soins entre acteurs aux intérêts divergents

Le parcours de soins met en présence de nombreux acteurs : le patient, placé au centre, mais aussi le chirurgien, la direction de l’établissement, le physiothérapeute, le médecin de famille et l’anesthésiste. Chacun poursuit des intérêts propres, et l’affirmation selon laquelle tous travaillent pour le patient masque souvent des logiques qui se télescopent. De ces intérêts non alignés naissent des frictions entre les différents champs intégrés à la prise en charge, frictions qui dégradent l’efficience comme l’expérience du patient. La standardisation du parcours répond directement à ce constat.

Le premier pas vers l’amélioration a donc consisté à introduire un parcours de soins standardisé (clinical pathway), c’est-à-dire un chemin de prise en charge homogène dérivé de décisions fondées sur les preuves. Cette homogénéisation contraint à abandonner certaines traditions et à interroger systématiquement la nécessité réelle de chaque acte. Le bénéfice est double : la prise en charge devient plus simple et plus fluide pour tous les intervenants, et la coordination remplace l’opposition, notamment vis-à-vis de l’anesthésiste, désormais partenaire du processus plutôt que contradicteur.

Le programme Rapid Recovery comme cadre opérationnel

Le programme Rapid Recovery constitue la traduction concrète de cette démarche. Son apport ne réside pas dans des nouveautés cliniques majeures, mais dans la contrainte qu’il impose d’abandonner des habitudes héritées et de réorganiser les soins autour d’un parcours cohérent. En rendant le traitement plus simple et plus agréable pour l’ensemble des acteurs, il améliore à la fois la fluidité du séjour et la qualité de la coordination. Il s’appuie sur une logique de chirurgie en récupération accélérée dont les principes sont documentés par des organisations spécialisées, le centre danois multicentrique cité en référence offrant une collection structurée d’informations sur ce type de prise en charge.

Sur le plan de l’efficience, les effets décrits sont substantiels. La réorganisation a permis de consacrer trois jours hebdomadaires au bloc opératoire et deux à la consultation, contre une organisation antérieure morcelée et grevée par la gestion de patients insatisfaits. Un parcours bien organisé est présenté comme plus efficient sur le plan des coûts, associé à une réduction des complications et à une maîtrise de la durée de séjour, sans recourir à des sorties prématurées injustifiées. L’esprit d’équipe s’en trouve renforcé, le travail s’effectuant désormais avec les autres intervenants plutôt que contre eux.

Le plus grand pas de ma pratique n'a pas été un nouvel instrument, mais de standardiser le parcours de soins et d'améliorer l'éducation des patients.

L'éducation du patient : aligner les attentes en trois temps

L’information du patient est la composante la plus déterminante du programme. Les patients arrivent porteurs de craintes, à l’égard des complications, de la procédure et de l’anesthésie, et largement exposés à des sources d’information non hiérarchisées. Le premier temps de l’information se déroule au cabinet : il s’agit d’écouter ce que le patient comprend et ce qu’il attend, puis d’expliquer la procédure, l’entretien durant environ trente minutes. Mieux les attentes du patient et celles de l’équipe sont alignées, plus la probabilité d’un résultat perçu comme un succès est élevée. Une brochure assortie de listes de contrôle préopératoires et postopératoires, remise par le personnel du cabinet, complète ce premier contact d’environ quinze minutes supplémentaires.

Le deuxième temps répond aux patients réticents à la lecture ou à l’aise avec la technologie, via une application mobile interactive couplée à une montre connectée. Le dispositif pousse des messages auxquels le patient doit répondre, suit l’observance des exercices avant et après l’opération et recueille des scores fonctionnels ; un écran de suivi au cabinet permet de repérer une régression d’activité postopératoire et de contacter le patient avant qu’un problème ne s’installe. Le troisième temps est une école du patient, une présentation d’environ une heure tenue tous les quinze jours pour vingt à trente patients, réunissant chirurgien, anesthésiste, physiothérapeute et personnel soignant. Les patients y sont invités à venir accompagnés, ce qui informe également l’entourage et prévient les malentendus ultérieurs sur le déroulement et la durée de la prise en charge.

Ce que le parcours change pour le médecin référent

Pour le confrère qui adresse, l’enseignement principal est que la préparation des attentes commence en amont de la chirurgie et se prolonge bien au-delà du geste. Un patient correctement informé, dont l’entourage a été associé à la démarche, génère moins de sollicitations postopératoires non justifiées et moins de situations d’incompréhension sur le déroulement du séjour. L’information délivrée au cabinet, relayée par les outils numériques et l’école du patient, vise à ce que le patient et ses proches partagent une représentation réaliste du parcours, condition d’une satisfaction durable indépendante des seuls paramètres techniques.

Cette approche fournit aussi un repère pour structurer la première intention en médecine de premier recours : expliciter la balance entre la souffrance actuelle et les contraintes de l’intervention, vérifier le réalisme des attentes du patient avant l’adressage, et transmettre une anamnèse fonctionnelle utile à l’alignement ultérieur. La standardisation du parcours, fondée sur les preuves et orientée vers la récupération accélérée, profite à l’ensemble des acteurs : efficience accrue, complications réduites et patients satisfaits, configuration décrite comme typiquement gagnante pour le patient comme pour l’équipe soignante.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Robotique dans l'arthroplastie du genou et instabilité rotulienne

Intervenants

Dr Lukas Schatzmann

Partie du corps

Genou

Maladies

Année

2022

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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