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- Fragilités osseuses: bilan et nouveautés thérapeutiques
Fractures vertébrales de fragilité : bilan métabolique et nouveautés thérapeutiques de l’ostéoporose
- Dre Bérengère Rozier Aubry
- Fracture vertébrale de fragilité comme marqueur d’ostéoporose et risque de cascade fracturaire
- Causes secondaires d’ostéoporose et ostéomalacies à rechercher activement
- Qualité de la densitométrie osseuse et pièges d’interprétation
- Stratification du risque fracturaire et outils FRAX
- Nouveautés thérapeutiques : anabolisants osseux et arrêt du dénosumab
- Vitamine D : dosage et substitution en cas de fragilité osseuse
- Anabolisants osseux : tériparatide et romosozumab
- Anti-résorbeurs : bisphosphonates et dénosumab
- Relais par bisphosphonate à l’arrêt du dénosumab avec monitoring des marqueurs
- Traiter toute fracture vertébrale de fragilité comme un signal d’alerte imposant un bilan métabolique
- Rechercher les causes secondaires et interroger l’histoire familiale sur plusieurs générations, descendants compris
- Doser la vitamine D devant un retard de consolidation ou un tableau d’ostéomalacie, même chez un sujet jeune
- Confier l’introduction puis surtout l’arrêt du dénosumab à un médecin formé au risque de rebond
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dre Bérengère Rozier Aubry, Congrès Medicol, 2025
La fracture vertébrale de fragilité, survenant sur un traumatisme de faible énergie, signe d’abord une ostéoporose et doit être considérée comme un signal d’alerte majeur plutôt que comme un événement isolé. Le risque de récidive fracturaire atteint 25 % dans les deux ans, ce qui place d’emblée le patient dans une zone de risque imminent. Cette mise au point destinée au médecin référent reprend la démarche de bilan, depuis l’identification des causes secondaires d’ostéoporose et des ostéomalacies jusqu’à la qualité indispensable de la densitométrie. Elle développe ensuite la stratification du risque et l’arsenal thérapeutique actuel, en insistant sur le romosozumab, sur les modalités d’arrêt du dénosumab et sur les indications d’adressage à un spécialiste des maladies osseuses.
La fracture vertébrale comme signal d'alerte métabolique
La fracture vertébrale survenant sur un traumatisme de faible intensité s’inscrit dans le champ des maladies osseuses métaboliques, distinct des fractures traumatiques à haute énergie, des métastases et des tumeurs. Elle traduit une fragilité osseuse globale et expose au risque de cascade fracturaire, ce phénomène de dominos où une première fracture en précipite d’autres. Parmi les fractures ostéoporotiques majeures, la fracture vertébrale est celle qui s’accompagne du taux de récidive le plus élevé, avec 25 % de nouvelle fracture dans les deux ans, contre environ 15 % pour la hanche et le bassin et 10 % pour le radius et l’humérus. Elle constitue donc la localisation la plus préoccupante et impose une prise en charge métabolique sans délai.
L’ostéoporose touche environ 6 % de la population suisse et représente un enjeu de santé publique majeur, avec un coût annuel de l’ordre de trois milliards de francs et une incidence fracturaire en hausse. Le médecin référent doit retenir l’existence d’un déficit de traitement persistant : une proportion croissante de patientes ostéoporotiques ne reçoit aucune thérapie, ce qui entretient la survenue de nouvelles fractures. Identifier une fracture vertébrale de fragilité, c’est donc ouvrir une fenêtre d’intervention dont dépend le pronostic squelettique, et non clore un épisode aigu. À ce stade, toute découverte fortuite d’un tassement vertébral sur une imagerie doit faire évoquer la cause métabolique et déclencher le bilan.
Rechercher activement les causes secondaires et les ostéomalacies
L’ostéoporose est idiopathique, c’est-à-dire post-ménopausique, chez environ 80 % des femmes, mais une cause secondaire est présente chez près de 20 % d’entre elles et chez la moitié des hommes. Cette proportion justifie une recherche étiologique systématique, car certaines causes sont réversibles. La fragilité osseuse métabolique ne se résume cependant pas à l’ostéoporose : l’ostéomalacie en est une entité distincte, liée à un défaut de minéralisation de la matrice ostéoïde et non à une perte de masse osseuse. Elle peut compliquer une malabsorption, par exemple une maladie cœliaque, et provoquer elle aussi des fractures vertébrales de fragilité, ce qui rend son identification indispensable avant toute conclusion thérapeutique.
L’anamnèse doit explorer l’histoire familiale dans les deux sens, en interrogeant non seulement les ascendants mais aussi les descendants, car les maladies osseuses génétiques s’expriment souvent sur plusieurs générations. La notion de calculs rénaux oriente vers une fuite rénale de calcium ou de phosphate. L’examen clinique apporte des indices simples et trop souvent négligés : des sclérotiques bleutées évoquant une ostéogenèse imparfaite, des anomalies dentaires de type dentinogenèse imparfaite, ou une hyperlaxité, presque toujours associée à une fragilité osseuse dans les syndromes correspondants. Devant ces signes, le bilan biologique vise les causes secondaires d’ostéoporose et les ostéomalacies, et certaines maladies rares, comme l’hypophosphatasie ou les ostéomalacies hypophosphatémiques, relèvent d’un centre de référence et de traitements ciblés.
Le rôle clé de la vitamine D dans le bilan
Le mouvement général de restriction du dosage de la vitamine D, motivé par des considérations de coût, ne doit pas s’appliquer indistinctement. En présence d’une fragilité osseuse, le dosage reste pertinent et pris en charge, y compris chez le sujet jeune. La carence profonde n’est pas rare et reste sous-diagnostiquée précisément parce qu’on a cessé de la rechercher, alors qu’elle peut peser lourdement sur la consolidation osseuse et sur le tableau clinique.
En pratique, plusieurs situations imposent de doser puis de substituer la vitamine D. Les retards de consolidation et les pseudarthroses s’accompagnent fréquemment d’une vitamine D effondrée, parfois reconnue tardivement après plusieurs mois d’attente. De même, des tableaux d’ostéomalacie clinique associant douleurs diffuses et faiblesse musculaire se rencontrent sur des carences sévères passées inaperçues. Le message destiné au référent est donc clair : redonner la vitamine D devant toute fragilité osseuse, sans attendre l’avis spécialisé, car cette correction simple conditionne la qualité de la minéralisation et l’efficacité des traitements ultérieurs.
Densitométrie osseuse : exiger la qualité de l'examen
La densitométrie osseuse est un examen central, à la fois pour la prévention primaire et pour le suivi du bénéfice thérapeutique, mais sa valeur dépend entièrement de sa qualité d’acquisition. Un examen mal réalisé conduit à un faux diagnostic et à une fausse interprétation de l’évolution sous traitement. Le constat est sévère : environ la moitié des densitométries ne sont pas de bonne qualité, et cette proportion est rapportée plus élevée encore, jusqu’à 90 %, dans la littérature nord-américaine. Le médecin qui prescrit et interprète doit donc se montrer critique vis-à-vis de la fiabilité de l’examen avant d’en tirer des conclusions.
Les erreurs les plus fréquentes concernent le rachis et le fémur. Au rachis, certaines vertèbres doivent être exclues, qu’elles soient fracturées ou le siège de remaniements dégénératifs faussant la densité à la hausse au-delà d’une déviation standard par rapport à la vertèbre adjacente. Au fémur, le positionnement de la zone de mesure et la rotation de la hanche doivent rester reproductibles d’un examen à l’autre, faute de quoi on ne compare plus la même région. La morphométrie vertébrale de profil, couplée à la densitométrie, permet d’identifier rapidement des fractures vertébrales, et le score de qualité osseuse affine l’évaluation. Des recommandations de positionnement existent et la formation des techniciens reste le levier décisif pour fiabiliser ces mesures.
Stratifier le risque fracturaire et situer la place de l'intelligence artificielle
L’estimation du risque repose sur l’outil FRAX, qui calcule une probabilité de fracture à dix ans à partir de l’âge, du poids, de la taille, des antécédents fracturaires personnels et parentaux, du tabac, de la corticothérapie, d’une polyarthrite rhumatoïde, de l’alcool et d’une cause d’ostéoporose secondaire, complétés par la densité osseuse au col fémoral. Ses limites connues, l’absence de prise en compte de la dose de corticoïdes et de la densité au rachis, sont en partie corrigées par la version actualisée FRAX plus, qui intègre l’ancienneté de la fracture prévalente, la dose de glucocorticoïdes, un diabète de type 2, la densité au rachis, le score de qualité osseuse, l’histoire de chutes et un paramètre géométrique de hanche. La présence d’une fracture vertébrale place d’emblée le patient en zone de très haut risque ou de risque imminent, du fait des 25 % de récidive à deux ans.
Concernant l’intelligence artificielle, le message est mesuré : malgré de nombreux travaux fondés sur l’imagerie ou les données cliniques, aucun modèle n’est aujourd’hui validé pour la décision thérapeutique dans l’ostéoporose. Des outils utilisant ces méthodes sont néanmoins déjà intégrés en routine pour l’aide à la lecture des images, notamment pour la densité osseuse et la morphométrie vertébrale de profil. Pour le référent, l’aide à la décision reste donc avant tout celle des outils épidémiologiques validés et des tableaux de stratification, l’intelligence artificielle se cantonnant pour l’instant au traitement de l’image et non au choix du traitement.
Nouveautés thérapeutiques et arrêt encadré du dénosumab
Devant une fracture vertébrale, l’objectif est d’agir vite et fort, ce qui place les anabolisants osseux au premier plan. Le tériparatide est l’anabolisant historique, stimulant la formation osseuse. Le romosozumab, disponible depuis quelques années en Suisse, est un anticorps monoclonal anti-sclérostine au double effet, à la fois ostéoformateur et anti-résorbeur, considéré comme le traitement le plus puissant actuellement pour réduire le risque de fracture vertébrale, de l’ordre de 60 % dès la première année. Sa prescription est réservée au spécialiste rhumatologue ou endocrinologue, ou au médecin intégré à une filière fracture, et sa contre-indication majeure est tout antécédent cardiovasculaire de type infarctus ou accident vasculaire cérébral, en raison du risque de déstabilisation des plaques d’athérome. Les bisphosphonates, dont l’acide zolédronique, et le dénosumab restent par ailleurs efficaces dans cette indication.
Le dénosumab réduit fortement le risque fracturaire de façon durable, mais son arrêt expose à un effet rebond redoutable. Après au moins deux injections semestrielles, l’interruption provoque une remontée des marqueurs du remodelage au-delà de leur niveau initial, une perte rapide du gain densitométrique acquis et un risque de fractures vertébrales multiples dont l’incidence se situe entre 4 et 10 %. Cet arrêt doit donc être piloté par un médecin formé : il repose sur un relais par bisphosphonate, typiquement l’acide zolédronique, et sur le monitoring des marqueurs de résorption afin de maintenir les CTX sous le seuil de 300 ng/L pendant les deux années suivant l’arrêt. En pratique, le généraliste peut introduire le traitement, mais l’arrêt et les indications d’anabolisant relèvent du spécialiste des maladies osseuses ou de la filière fracture, vers lesquels tout patient porteur d’une fracture suspecte d’origine métabolique doit être adressé.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Nouvelles technologies - étude du mouvement - problèmes de dos
Intervenants
Dre Bérengère Rozier Aubry
Partie du corps
Maladies
Année
2025
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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