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Hallux limitus fonctionnel : diagnostic clinique et conséquences biomécaniques en cascade

  • Dre Delphine Amsellem
  • Définition et physiopathologie du hallux limitus fonctionnel
  • Signes d’appel et diagnostic différentiel avec l’aponévrosite plantaire
  • Stretch test du long fléchisseur de l’hallux et diagnostic positif
  • Conséquences en cascade sur l’avant-pied, l’arrière-pied et la cheville
  • Apport de l’examen podologique et de l’analyse de marche
  • Examen clinique systématique et interrogatoire orienté
  • Stretch test et examen des chaînes postérieures
  • Analyse de marche sur tapis et empreinte podoscopique
  • Inspection des appuis cutanés et de l’usure de la chaussure
  • Évoquer un HLF devant une douleur mécanique du trajet du fléchisseur de l’hallux augmentant à l’effort
  • Distinguer HLF et hallux rigidus : mobilité conservée en flexion plantaire de cheville
  • Rechercher une rétraction des chaînes postérieures et un antécédent de traumatisme de cheville
  • Interpréter les signes à distance, instabilité de cheville ou syndrome de Morton, comme conséquences du blocage du premier rayon

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dre Delphine Amsellem, congrès Medicol, 2023

Le hallux limitus fonctionnel (HLF) est une pathologie du pied peu connue car pauci-symptomatique au niveau local, et de ce fait fréquemment méconnue au stade initial. Il se définit par l’impossibilité d’extension de la première articulation métatarso-phalangienne lors du déroulé du pas, associée à un blocage du tendon long fléchisseur de l’hallux (flexor hallucis longus, FHL) dans sa poulie rétrotalienne. Sa traduction clinique est souvent indirecte : la perturbation de la cinématique du pas génère une cascade de retentissements sur l’avant-pied, l’arrière-pied et la cheville, qui motivent la consultation bien plus que la gêne du premier rayon lui-même. Cette mise au point destinée au médecin référent détaille les signes d’appel, le raisonnement diagnostique fondé sur le stretch test, et les conséquences mécaniques qui doivent faire évoquer cette entité.

Définir le hallux limitus fonctionnel

Le hallux limitus fonctionnel se caractérise par une impossibilité d’extension de la première articulation métatarso-phalangienne au moment du déroulé du pas, alors que cette même articulation conserve une mobilité normale au repos. Le mécanisme central est un blocage du tendon long fléchisseur de l’hallux dans sa poulie rétrotalienne, qui empêche la dorsiflexion physiologique de l’hallux lors de la phase propulsive. À la différence de l’hallux rigidus, d’origine arthrosique, il ne s’agit pas ici d’une raideur articulaire fixée mais d’un défaut fonctionnel qui ne s’exprime que sous contrainte dynamique, ce qui explique sa difficulté diagnostique.

Cette entité reste peu connue car pauci-symptomatique sur le plan local : le premier rayon n’est pas toujours douloureux, et la plainte qui amène le patient à consulter est souvent une conséquence à distance du blocage. La symptomatologie est étroitement corrélée à l’activité physique, à son intensité et à sa répétition, ce qui doit attirer l’attention du référent. Reconnaître le HLF suppose donc de relier des signes d’apparence dispersée à une cause biomécanique unique, située au niveau du premier rayon et de l’appareil fléchisseur de l’hallux.

On place la cheville en flexion dorsale, genou tendu, en appuyant sous les métatarsiens, et l'impossibilité de dorsiflexion de l'hallux signe un stretch test positif et donc le diagnostic d'hallux limitus fonctionnel.

Signes d'appel et diagnostic différentiel

Les symptômes locaux peuvent comporter une douleur le long du trajet du fléchisseur de l’hallux, susceptible de mimer une aponévrosite plantaire, ainsi qu’une douleur rétromalléolaire interne, voire un claquement ou un ressaut rétromalléolaire interne traduisant le passage forcé du tendon dans sa poulie. L’élément qui oriente vers le HLF plutôt que vers une aponévrosite plantaire est l’horaire de la douleur : il s’agit ici d’une douleur de type mécanique, qui augmente avec l’effort, son intensité et sa répétition, et non d’une douleur de dérouillage matinal.

L’interrogatoire recherche systématiquement une notion de traumatisme de cheville, susceptible d’avoir engendré une fibrose médiale participant au blocage du fléchisseur de l’hallux. On précise l’horaire mécanique de la douleur et l’on recherche d’éventuelles douleurs de la face médiale du genou, parfois présentes dans ce contexte. Cette anamnèse orientée permet de rattacher des plaintes hétérogènes à une même origine fonctionnelle et de ne pas s’arrêter à un diagnostic local incomplet.

Le stretch test du long fléchisseur de l'hallux

Le test clinique de référence est le stretch test, qui exploite la dépendance du fléchisseur de l’hallux à la position de la cheville. Cheville en flexion plantaire, la première articulation métatarso-phalangienne est tout à fait libre et sans raideur : cette mobilité conservée constitue le diagnostic différentiel avec l’hallux rigidus, d’origine arthrosique, où la raideur est fixée quelle que soit la position. On place ensuite la cheville en flexion dorsale, genou tendu, la main appuyant sous les métatarsiens.

Dans cette position de mise en tension, on note une impossibilité de dorsiflexion de l’hallux qui signe le stretch test positif et établit le diagnostic de hallux limitus fonctionnel. Le geste s’analyse en trois temps : mise en tension par la flexion dorsale de cheville genou tendu, vérification de la liberté articulaire en flexion plantaire, et constatation du blocage de la première articulation métatarso-phalangienne sous contrainte. Ce test simple, reproductible et sans imagerie, suffit à confirmer l’hypothèse clinique et à distinguer le HLF d’une raideur arthrosique.

Conséquences sur l'avant-pied

Le blocage du premier rayon retentit d’abord sur l’avant-pied. On observe un dorsal bunion par élévatus de la tête du premier métatarsien, source de douleurs dorsales de l’hallux qui peuvent même conduire le patient à consulter pour un faux hallux valgus. Le HLF entraîne par ailleurs un effet de corde dans l’axe, avec traction des contraintes intra-articulaires, susceptible d’être à l’origine de futures lésions cartilagineuses et d’une évolution vers un hallux rigidus authentique, faisant ainsi le lit de l’arthrose métatarso-phalangienne.

Le déroulé du pas se reportant sur le bord externe, les charges sont transférées vers les métatarsiens latéraux. Ce report joue un véritable rôle dans l’apparition d’un syndrome de Morton. La surcharge latérale peut également induire un œil-de-perdrix entre le quatrième et le cinquième orteil, voire un quintus varus. Ces atteintes de l’avant-pied latéral, en apparence sans rapport avec le premier rayon, doivent au contraire faire rechercher un trouble fonctionnel de l’hallux à leur origine.

À l'image de la coque d'un bateau dans la vague, le pied tangue en pronosupination à la marche et en souplesse, de manière à assurer l'amortissement et la répartition des charges sur les articulations.

Conséquences sur l'arrière-pied et la cheville

La perturbation de la cinématique de marche conduite par le hallux limitus fonctionnel provoque un impact au sol en supination exagérée, créant un déséquilibre postural et un blocage de l’articulation sous-talienne en varus, favorable à l’instabilité latérale de cheville. Cette instabilité peut donc être purement fonctionnelle, avec ou sans lésion du plan ligamentaire latéral, ce qui invite le référent à ne pas conclure trop vite à une lésion structurelle isolée devant une cheville instable.

Le déroulé du pas en supination forcée peut de la même façon être à l’origine d’une tendinopathie des fibulaires. À l’image de la coque d’un bateau dans la vague, le pied physiologique tangue en pronosupination, en souplesse, de manière à assurer l’amortissement et la répartition des charges sur les articulations. Lorsque ce balancement est figé par le blocage du premier rayon, l’arrière-pied subit des contraintes en varus qui expliquent l’instabilité et les tendinopathies latérales associées.

Examen podologique et signes d'appui

L’analyse de marche sur tapis, réalisée par les podologues, objective le déroulé du pas sur le bord externe, avec une supination exagérée à l’attaque du pas et une pronation brutale au moment de la propulsion. L’empreinte podoscopique montre une nette diminution de l’appui sous la tête du premier métatarsien et un aspect évasé de la première phalange de l’hallux par report de charge sur la tête de l’orteil, que l’on peut appeler barquette. L’examen clinique systématique comporte aussi l’évaluation des chaînes postérieures à la recherche d’une rétraction du système suro-achilléo-plantaire, fréquente dans cette pathologie.

Les signes d’appui cutanés et l’usure de la chaussure complètent utilement le bilan. On peut noter une hyperkératose d’appui sous la deuxième phalange de l’hallux et une absence d’appui sous la tête du premier métatarsien, prenant un aspect de peau de bébé. La semelle première peut être trouée sous la pulpe du gros orteil par appui excessif, la chaussure usée sur le bord externe du talon, et son élargissement sur le versant externe est parfois rapporté, d’autant plus en présence de semelles orthopédiques à fort soutien de la voûte plantaire. Ces indices matériels, simples à recueillir, renforcent le faisceau diagnostique.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Hallux Limitus Fonctionnel: un nouveau paradigme

Intervenants

Dre Delphine Amsellem

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2023

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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