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  • Brièveté des gastrocnémiens

Rétraction des gastrocnémiens et hallux limitus fonctionnel : un changement de paradigme

  • Dr Pierre Barouk
  • Brièveté des gastrocnémiens et définition de l’équinisme
  • Chaîne de transmission triceps, aponévrose plantaire et avant-pied
  • Controverse FHL contre aponévrose plantaire dans le hallux limitus
  • Métatarsalgies propulsives et instabilité de cheville d’origine équine
  • Indications chirurgicales mini-invasives à distance de la douleur
  • Libération proximale du gastrocnémien médial
  • Recul du premier métatarsien et ostéotomies métatarsiennes latérales (DMMO)
  • Section arthroscopique de la poulie rétro-talienne du FHL
  • Tester l’équinisme genou tendu puis genou fléchi pour isoler le gastrocnémien
  • Ne pas attribuer systématiquement l’hallux rigidus à un métatarsien long
  • Distinguer la métatarsalgie propulsive centrale, aggravée pied à plat, de l’origine équine
  • Penser qu’un geste à distance de la douleur peut traiter la pathologie de l’avant-pied

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Pierre Barouk, congrès Medicol, 2023

La question de l’équinisme du gastrocnémien et son rôle dans les pathologies de l’avant-pied reste discutée, à la frontière de la biomécanique du triceps sural, de l’aponévrose plantaire et du long fléchisseur de l’hallux. Cette présentation reprend la controverse historique opposant la responsabilité du gastrocnémien à celle du long fléchisseur de l’hallux (flexor hallucis longus, FHL) dans la limitation de la flexion dorsale du premier rayon. Elle distingue les pathologies réellement induites par la brièveté des gastrocnémiens, tendinopathie d’Achille, métatarsalgies propulsives, instabilité de cheville, hallux valgus congénital, de celles, comme l’hallux limitus fonctionnel (HLF) puis rigidus, où la rétraction joue un rôle moindre. L’exposé propose au confrère une grille de lecture des chaînes de transmission tendineuses et une logique d’indication chirurgicale mini-invasive, réalisée à distance de la zone douloureuse.

Définir l'équinisme du gastrocnémien et ses conséquences à la marche

La rétraction des gastrocnémiens se définit par la réduction d’un équin lorsque le genou passe de l’extension à la flexion. Genou tendu, le déficit de flexion dorsale de la cheville traduit la brièveté musculaire ; genou fléchi, les chefs gastrocnémiens se détendent puisqu’ils s’insèrent en arrière du fémur, et la dorsiflexion se restaure. Cette manœuvre simple sépare l’équinisme d’origine gastrocnémienne d’un équin global incluant le soléaire, distinction préalable à toute discussion d’indication. La conséquence mécanique à la marche est un pic de pression sous l’avant-pied au moment où la contraction des gastrocnémiens est maximale, lors du décollement du talon.

Cet équinisme exprimé genou en extension retentit sur l’ensemble de la chaîne. En proximal, l’hyperlordose lombaire avec douleurs lombaires basses et sacro-iliaques, le récurvatum du genou et la tension du mollet en constituent les signes cliniques. En distal, le spectre des pathologies induites est large : tendinopathie d’Achille, instabilité de cheville, aponévrosite plantaire, et toutes les surcharges de l’avant-pied que sont l’hallux limitus voire rigidus, l’hallux valgus, les métatarsalgies et le névrome de Morton. Reconnaître ce dénominateur commun mécanique oriente le bilan vers la cheville et l’arrière-pied, là où la cause s’origine.

La rétraction des gastrocnémiens entraîne une surcharge de l'avant-pied.

La chaîne de transmission, du triceps à l'aponévrose plantaire

La tendinopathie d’Achille s’explique aisément : un triceps court tire sur la portion la plus fragile et la moins vascularisée du tendon. Le chef médial du gastrocnémien, le plus postérieur, s’insère sur la partie postérieure du calcanéum et dispose du plus grand bras de levier ; c’est lui qui travaille le plus, ce qui justifie que les libérations du gastrocnémien médial soulagent les tendinopathies achilléennes, majoritairement médiales et postérieures. Cette logique du bras de levier fonde le choix du geste, ciblé sur le chef réellement responsable de la contrainte.

La relation avec l’aponévrose plantaire est indirecte mais constante, car il existe un stop osseux à l’insertion calcanéenne, sans continuité anatomique. Dynamiquement, l’augmentation de la tension du tendon d’Achille majore les forces de réaction au sol sous l’avant-pied, accroît la dorsiflexion de l’avant-pied sur l’arrière-pied au niveau du Chopart et du Lisfranc, et met ainsi en tension l’aponévrose plantaire. La traction du chef médial de l’aponévrose sur le premier rayon peut favoriser un hallux valgus, notamment congénital, par un effet de corde d’arc lorsque l’orteil est déjà dévié, tandis que la tension sur les têtes latérales engendre les métatarsalgies.

La controverse du hallux limitus : long fléchisseur ou aponévrose plantaire

Lors du stretch test, la mise en tension simultanée de l’aponévrose plantaire et du FHL interroge sur la structure réellement responsable de la limitation de flexion dorsale de l’hallux. La théorie attribuée à Maceira fait porter la limitation à l’aponévrose plantaire : sa traction sur le premier rayon, lorsque l’orteil est dans l’axe, génère une hyperpression dorsale de l’articulation métatarso-phalangienne, surtout en flexion plantaire, et empêche la flexion dorsale de se produire. Le test décrit sous le nom de Barouk, c’est-à-dire l’augmentation de la flexion dorsale de l’hallux pied en talus lorsque le genou est fléchi, n’a pas été retrouvé de façon reproductible et doit, selon l’auteur, être réfuté.

Pour autant, une relation entre flexion dorsale de l’hallux et aponévrose plantaire existe bien : la section de l’aponévrose améliore la flexion dorsale de l’hallux et même celle de la cheville genou tendu, en détendant les gastrocnémiens. Mais dans l’expérience rapportée, les hallux limitus voire rigidus s’accompagnent de peu de rétraction des gastrocnémiens, et l’on ne pratique quasiment jamais de libération gastrocnémienne dans le rigidus. La cinématique de la cheville met davantage en tension le FHL que l’aponévrose plantaire, ce qui conduit à attribuer l’hallux limitus fonctionnel principalement au long fléchisseur de l’hallux plutôt qu’à la brièveté des gastrocnémiens.

Hallux rigidus : le recul du métatarsien plutôt que la longueur

L’hallux rigidus est souvent vu à un stade tardif, lorsque l’arthrose métatarso-phalangienne est déjà constituée. Le geste de référence est alors le recul du premier métatarsien, qui modifie l’architecture osseuse et détend l’ensemble des muscles agissant sur le premier rayon, restaurant ainsi la flexion dorsale. La théorie classique reliait le rigidus à un excès de longueur du premier métatarsien et réservait le recul aux métatarsiens longs. L’observation clinique invalide ce dogme.

Le recul s’est en effet révélé efficace y compris sur les pieds à index plus minus et même sur les index minus, ce qui démontre que la longueur du premier métatarsien n’est pas la cause de l’arthrose, donnée par ailleurs non retrouvée dans les séries. Sur un index minus avec arthrose déjà constituée, des ostéotomies des métatarsiens latéraux, de type DMMO (distal metatarsal mini-invasive osteotomy), peuvent compléter le recul pour rééquilibrer la formule métatarsienne. Le raisonnement se déplace donc de la longueur osseuse vers la tension des chaînes tendineuses.

On va opérer les gens là où ils n'ont pas mal, c'est ça qui est nouveau.

Métatarsalgies propulsives et instabilité de cheville d'origine équine

La métatarsalgie liée à la brièveté des gastrocnémiens présente une sémiologie caractéristique : elle est propulsive et centrale, sur les deuxième, troisième et quatrième rayons, sur un avant-pied large et un talon étroit. Le talon, qui passe peu de temps au sol, se développe peu, et la propulsion se reporte sur l’avant du pied. Le signe paradoxal est l’aggravation de la douleur pied à plat, lorsque l’aponévrose plantaire est tendue sur les plaques plantaires des métatarsiens latéraux, alors qu’on attendrait l’inverse en talons. Cette anamnèse oriente d’emblée vers une origine gastrocnémienne. Le névrome de Morton procède d’une hypermobilité du quatrième métatarsien à la frontière du pied talien et du pied calcanéen, générant un cisaillement sur le nerf.

L’équinisme retentit aussi sur la stabilité de cheville. Le déficit de dorsiflexion juste avant le décollement du talon réduit la surface d’appui au sol et, le dôme talien étant plus large en avant qu’en arrière, le talus n’est verrouillé qu’en dorsiflexion maximale, jamais atteinte ici. La rétraction gastrocnémienne oriente plutôt vers un arrière-pied valgus, car le pied dévie en dehors pour retrouver de la dorsiflexion et passer le pas. L’instabilité paradoxale en varus, sur des pieds plats, s’explique par l’instabilité d’appui, l’hypotonicité des tendons fibulaires qui ne contrebalancent plus le varus, et la rétropulsion responsable d’une instabilité postérieure de type signe de Maestro.

Une chirurgie mini-invasive, à distance de la zone douloureuse

La synthèse proposée déplace le paradigme : le rôle du FHL dans l’hallux limitus commence à être accepté dans la communauté des chirurgiens du pied, tandis que les gastrocnémiens conservent un rôle réel mais moindre. Deux questions restent ouvertes pour le confrère : l’allongement des gastrocnémiens devrait théoriquement aggraver l’hallux limitus en augmentant la dorsiflexion de cheville et donc la tension du FHL ; et la pérennité d’une libération du FHL pourrait être compromise si un déséquilibre gastro-dépendant persiste. Ces interrogations invitent à raisonner l’indication sur la chaîne entière, non sur un seul maillon.

Le trait commun des gestes proposés est leur caractère mini-invasif et leur réalisation à distance de la zone douloureuse : section arthroscopique de la poulie rétro-talienne pour le FHL, section proximale des fibres blanches du gastrocnémien médial pour l’équinisme. Opérer le patient là où il n’a pas mal constitue la nouveauté conceptuelle, et impose une explication soignée pour obtenir l’adhésion. Pour le médecin référent, retenir cette logique permet d’anticiper l’adressage : devant une métatarsalgie propulsive centrale ou une tendinopathie achilléenne médiale rebelle, évoquer l’origine équine et transmettre un examen testant la dorsiflexion genou tendu puis fléchi.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Hallux Limitus Fonctionnel: un nouveau paradigme

Intervenants

Dr Pierre Barouk

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2023

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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