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Alignement cinématique restreint en arthroplastie du genou : concept, guides de coupe personnalisés et place de la planification
- Dr Jean-Philippe Corsat
- Alignement mécanique, cinématique vrai et cinématique restreint en PTG
- Guides de coupe personnalisés et planification tomodensitométrique
- Protocole de Vendittoli et bornes angulaires de la zone de sécurité
- Variabilité anatomique du genou et population arthrosique versus saine
- Équilibrage ligamentaire et limites de l’évaluation peropératoire
- Prothèse totale de genou par abord subvastus, implant à pivot médial
- Alignement cinématique restreint reproduit par guides de coupe sur mesure
- Ostéotomie de réalignement avant ou pendant l’arthroplastie dans les déformations sévères
- Recoupe tibiale et ajustements peropératoires des espaces en flexion et extension
- Réserver l’individualisation de l’alignement aux morphotypes extrêmes, où elle change réellement le résultat
- Faire précéder le choix de l’implant par la planification, et non l’inverse
- Connaître les contre-indications de l’alignement cinématique avant de poser l’indication
- Garder un seuil chirurgical d’adressage pour les déformations constitutionnelles sévères et les instabilités rotuliennes
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Jean-Philippe Corsat, congrès Medicol, 2022
La prothèse totale de genou (PTG) a longtemps été posée selon un alignement mécanique systématique, visant à rendre l’axe du membre rectiligne chez tous les patients. Cette mise au point destinée au médecin référent expose le concept d’alignement cinématique restreint, qui cherche à restaurer la biomécanique articulaire native du patient plutôt que de la corriger, et à obtenir un genou dit oublié. Elle décrit le rôle des guides de coupe personnalisés issus de la planification tomodensitométrique, le protocole de Vendittoli et ses bornes de sécurité angulaire, ainsi que les limites de la technique. Le propos s’appuie sur une expérience de deux cent quatre-vingts cas opérés et sur la discussion confraternelle qui a suivi, centrée sur la part réelle de patients chez qui ce choix d’alignement modifie le résultat.
Du dogme de l'axe rectiligne à la restauration de l'anatomie native
Pendant des décennies, l’arthroplastie du genou a reposé sur l’alignement mécanique, qui place l’interligne articulaire perpendiculaire à l’axe mécanique du membre et tend à rendre toutes les jambes droites. Cette logique impose des coupes osseuses standardisées et, souvent, des libérations ligamentaires pour équilibrer un genou ainsi modifié. L’alignement cinématique propose une démarche inverse : reconstruire l’interligne articulaire d’origine, réaliser un resurfaçage anatomique et s’abstenir de libération ligamentaire, ou n’en pratiquer qu’une minime. L’objectif affiché est de restaurer une biomécanique naturelle et d’obtenir un genou oublié par le patient.
Dans cette approche, l’interligne n’est plus perpendiculaire à l’axe mécanique mais s’oriente plutôt selon l’axe anatomique du corps. La littérature citée fait état d’une réduction de la douleur, d’une amélioration de la fonction et d’une impression de genou normal chez les patients opérés selon ce principe. Le suivi rapporté par Howell sur deux cent vingt-deux genoux à dix ans n’a montré ni atteinte de la survie des implants, ni augmentation du taux de révision, ni dégradation fonctionnelle. Ces données soutiennent la faisabilité d’un alignement respectueux de l’anatomie native, sans compromettre la survie prothétique à moyen terme.
Définition et bornes de l'alignement cinématique restreint
L’anatomie du genou présente une grande variabilité interindividuelle, dont les valeurs les plus extrêmes peuvent retentir défavorablement sur la biomécanique prothétique. L’alignement cinématique restreint a été développé, selon Blackney et Vendittoli, comme une alternative à l’alignement cinématique vrai pour les patients dont l’anatomie est atypique. Le principe consiste à reproduire l’anatomie du patient tout en encadrant les positions prothétiques jugées excessives, afin d’éviter à la fois les modifications imposées par l’alignement mécanique et les positionnements extrêmes que tolère le cinématique vrai.
Concrètement, le protocole limite l’orientation coronale des composants tibial et fémoral à plus ou moins cinq degrés sur chaque versant articulaire, tout en maintenant l’axe coronal global du membre inférieur dans une fenêtre de plus ou moins trois degrés par rapport à l’axe hanche-genou-cheville. Les angulations en valgus et en varus restent ainsi contenues dans une zone dite de sécurité. Dans la pratique rapportée, la moitié des patients relève d’un alignement cinématique vrai, environ un tiers ne nécessite que des corrections mineures, et seule une minorité impose des corrections anatomiques plus importantes.
Guides de coupe personnalisés et planification préopératoire
Les guides de coupe sur mesure, conçus à partir d’une imagerie tomodensitométrique, permettent de transcrire la planification dans le geste opératoire de façon reproductible et peu invasive. Le chirurgien conserve la maîtrise du plan : lorsque la planification sort de la zone de sécurité, l’ingénieur le signale et propose une correction, que l’opérateur peut valider, modifier ou orienter vers un compromis plus proche du cinématique pur. Cette logique rejoint celle de la mesure au caliper décrite par Howell, en aboutissant à des coupes voisines tout en corrigeant les angulations excessives.
L’expérience exposée privilégie un ordre opératoire précis : la planification est conduite d’abord, et l’implant n’est choisi qu’en dernier, pour être adapté au plan et non l’inverse. Inverser cette séquence reviendrait à imposer la morphologie du patient à un implant prédéterminé. La technique « fémur first », devenue possible en s’affranchissant de l’équilibrage ligamentaire en flexion, est présentée comme plus pratique et plus rapide. Le retour d’expérience souligne que la prise en main des guides de coupe est aisée et tient surtout à la qualité de la planification.
Variabilité anatomique, population arthrosique et limites de la technique
La discussion confraternelle a recentré le débat sur la proportion réelle de patients concernés. Pour environ quatre patients sur cinq, l’option d’alignement retenue aboutirait à un résultat comparable ; le bénéfice de l’individualisation se concentre donc sur les morphotypes extrêmes, ce qui explique la difficulté à démontrer une différence statistique nette. La question centrale, soulignée par l’orateur, est précisément d’identifier qui appartient à cette majorité et qui n’en relève pas, ce que la planification préopératoire vise à objectiver.
Un obstacle de fond demeure : l’alignement et les tensions ligamentaires antérieurs à l’arthrose ne sont pas connus. À défaut, l’analyse du membre controlatéral sain peut servir de référence pour l’obliquité tibiale, mais l’état ligamentaire pré-arthrosique reste une donnée manquante. Les patients arthrosiques diffèrent par ailleurs de manière marquée d’une population saine, ce qui pose la question, non tranchée, de les laisser dans leur anatomie pathologique ou de les ramener vers une norme. L’alignement cinématique connaît en outre des contre-indications nettes : déformations constitutionnelles sévères en varus ou en valgus pouvant requérir une ostéotomie de réalignement, insuffisance du ligament collatéral médial (LCM), pentes tibiales excessives, luxations rotuliennes récidivantes et destructions osseuses massives.
Équilibrage ligamentaire, choix de l'implant et données dynamiques
Le type d’implant influence l’alignement et la stabilité recherchés. Certaines prothèses tolèrent davantage de laxité et se montrent plus permissives, tandis que d’autres exigent une contrainte plus stricte ; le choix de l’implant doit donc être intégré au raisonnement sur l’équilibrage. La combinaison d’une prothèse à pivot médial et d’un alignement cinématique restreint est présentée comme améliorant nettement la satisfaction, par une restauration fonctionnelle plus rapide, dans une série conduite par abord subvastus.
L’équilibrage ligamentaire reste néanmoins évalué de façon statique et passive, en extension et en flexion, sans intégration de la marche ni de la mise en charge. Les tenseurs dynamiques mesurent désormais à la fois la pression et la distraction, donc autant l’excès de contrainte que l’excès de laxité, mais l’information demeure peropératoire et non dynamique. La perspective évoquée associe planification sur mesure, équilibrage instrumenté et analyse de marche pré et postopératoire, afin de boucler la boucle entre geste réalisé et résultat fonctionnel. Quelques recoupes tibiales, au nombre de trois dans la série, et de rares ajustements peropératoires des espaces ont suffi à corriger les écarts de laxité non prévus.
Implications pour le médecin référent et seuils d'adressage
Pour le confrère qui suit ces patients, plusieurs repères se dégagent. L’individualisation de l’alignement modifie surtout le devenir des morphotypes les plus déformés, qui sont aussi ceux qui, alignés mécaniquement, posaient le plus de problèmes de satisfaction par changement d’anatomie et libérations étendues. À l’inverse, chez la majorité des patients, le résultat dépend peu de l’option technique retenue, ce qui doit tempérer les attentes formulées autour d’une technologie particulière.
Le bilan préopératoire à transmettre comporte une imagerie permettant d’apprécier le morphotype et l’axe du membre, élément déterminant de la planification. Les déformations constitutionnelles sévères, les instabilités rotuliennes récidivantes et les insuffisances ligamentaires médiales constituent des situations à orienter spécifiquement, car elles peuvent imposer un geste de réalignement associé. Enfin, la satisfaction du patient et l’analyse de la marche restent les critères de résultat les plus pertinents, plus que la seule mesure ligamentaire, et justifient un suivi fonctionnel partagé entre le centre et le médecin référent.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Robotique dans l'arthroplastie du genou et instabilité rotulienne
Intervenants
Dr Jean-Philippe Corsat
Partie du corps
Genou
Maladies
Année
2022
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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