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  • Lombalgie: défis thérapeutiques

Lombalgie : stratification du risque et prise en charge en médecine physique

  • Dr Carlo Fritsch
  • Stratification du risque de chronicisation par questionnaires fonctionnels
  • Diagnostic manuel et analyse de la distance doigt-sol
  • Les trois axes thérapeutiques : articulaire, myofascial et neurogène
  • Stabilisation lombo-pelvienne et gymnastique hypopressive
  • Drapeaux rouges, sensibilisation centrale et facteurs psychosociaux
  • Rééducation et gymnastique hypopressive de recrutement profond
  • Gainage progressif et travail des chaînes musculaires
  • Éducation ergonomique et postures sécuritaires
  • Mobilisation neurodynamique et infiltration foraminale
  • Stratifier d’emblée le risque pour calibrer l’intensité de la prise en charge
  • Ne pas se fier au seul cliché radiographique, corréler à l’examen manuel
  • Maintenir l’activité et prévenir la chronicisation
  • Repérer les drapeaux rouges et les signes de sensibilisation centrale

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Carlo Fritsch, lunch meetings, 2015

La lombalgie commune confronte le médecin référent à un objet trompeur, où la plainte exprimée ne recouvre souvent qu’une fraction des facteurs réellement en jeu. La démarche utile ne se limite pas au bilan radiographique, dont les remaniements visibles corrèlent mal avec la topographie douloureuse, mais repose sur une stratification précoce du risque de chronicisation et sur un diagnostic manuel orientant le traitement. Cette mise au point destinée au confrère détaille les trois axes accessibles à la médecine physique, articulaire, myofascial et neurogène, sans jamais négliger la dimension psychosociale ni les drapeaux rouges. L’objectif est de fournir des repères pour la prise en charge de première ligne, pour le choix des exercices de stabilisation lombo-pelvienne et pour l’identification des situations imposant un adressage ou une imagerie sans délai.

Stratifier le risque avant de traiter

La lombalgie évoque l’image d’un iceberg dont la consultation ne révèle qu’un seul versant, l’aspect émergé masquant des problématiques de fond qui interfèrent en arrière-plan. Toute la difficulté de la prise en charge consiste à individualiser le traitement, car face à la douleur les patients ne sont pas égaux et de multiples éléments entrent en ligne de compte. Avant d’engager une rééducation, la première étape est donc une stratification du risque de chronicisation, qui conditionne l’intensité et la nature de la réponse à apporter.

Un questionnaire simple permet en neuf questions d’estimer ce risque. Devant un risque faible, il suffit d’informer et de rassurer le patient en lui rappelant que l’évolution est habituellement favorable et qu’il doit impérativement rester actif. Au-delà d’un score de trois, un traitement en médecine physique se justifie ; au-delà de quatre, d’autres déterminants interfèrent, de sorte que le seul travail manuel du physiothérapeute ne suffit plus et qu’une équipe multidisciplinaire intégrant psychologie et ergonomie devient nécessaire. Un questionnaire fonctionnel de type Oswestry complète cette évaluation en situant le retentissement et en permettant d’objectiver les progrès lors du suivi.

C'est grâce au diagnostic manuel qu'on va pouvoir faire des traitements de qualité.

Le diagnostic manuel, complément indispensable de l'imagerie

Les bilans radiographiques doivent être interprétés avec prudence, car les remaniements visibles ne désignent pas nécessairement le segment réellement douloureux. L’exemple d’un patient porteur d’une exostose foraminale importante, longtemps suspecté de relever d’une sanction opératoire et finalement traité par une simple infiltration foraminale avec un résultat durable, illustre cet écart entre l’image et la clinique. C’est par le diagnostic manuel que l’on identifie les points effectivement symptomatiques et que l’on oriente un traitement de qualité.

L’analyse de la distance doigt-sol, observée avec son rythme d’exécution, permet de catégoriser les patients et d’adapter la prise en charge. Un bon recul du socle pelvien et un déroulement vertébral harmonieux s’opposent à un complexe pelvien peu mobile, traduisant une hypoextensibilité sous-pelvienne postérieure et une compensation en dos rond, ou encore à un rachis maintenu anormalement plat, évoquant une hypervigilance ou une origine discogène. L’examen palpatoire, conduit du segment thoracique inférieur jusqu’au pli fessier en passant systématiquement par la hanche, recherche les indurations de la musculature autochtone, les segments épineux douloureux et les restrictions coxo-fémorales trop souvent négligées.

Les trois axes accessibles à la médecine physique

Le traitement physique agit sur trois composantes distinctes, articulaire, myofasciale et neurogène, auxquelles s’ajoutent les atteintes systémiques entourant le rachis et la dimension psychosociale. Sur le versant articulaire, l’articulation sacro-iliaque mérite une attention particulière : sa mobilité reste modérée mais elle est densément pourvue de récepteurs, à l’image de la région sous-occipitale, de sorte qu’un traitement à ce niveau modifie fréquemment les tensions des chaînes musculaires et libère une situation contrainte. La mobilisation des apophyses épineuses en pression postéro-antérieure ou latérale aide à incriminer le segment responsable.

Le versant myofascial repose sur un constat physiopathologique : dès le premier épisode douloureux survient une inhibition significative du multifidus et des stabilisateurs profonds de l’axe lombo-pelvien, source de fatigabilité, de perte de vigilance et d’une désorganisation du contrôle moteur. Le versant neurogène rappelle, à la suite des travaux anciens sur la dynamique radiculaire, que les structures nerveuses intracanalaires ne sont pas inertes : le canal s’allonge de plusieurs centimètres entre extension et flexion complète, et la mise en tension différentielle des radicelles selon la position permet parfois de reproduire la douleur d’une lombalgie banale et d’en cibler le traitement.

Restaurer la stabilisation lombo-pelvienne

La rééducation vise d’abord à réveiller le trépied stabilisateur formé du muscle transverse de l’abdomen, du multifidus et du plancher pelvien, qui travaillent de concert. La gymnastique hypopressive sert ce recrutement profond : on demande au patient de contracter son plancher pelvien et de rentrer le ventre, en évitant la stratégie en poussée qui génère une fuite de pression vers l’avant et un bombement postérieur. Un dispositif à chambres pneumatiques relié à un manomètre apprend à maintenir une pression et un positionnement constants durant l’effort, condition d’un recrutement efficace.

Une fois ce contrôle segmentaire acquis, la problématique lombaire devient plus satisfaisante et l’on progresse vers le gainage. Les exercices recherchent une stabilisation maintenue jusqu’au terme du mouvement, en éloignant graduellement les points d’appui, depuis la planche murale ou à genoux jusqu’aux variantes latérales. Des tests simples, comme l’élévation du genou au-delà de quatre-vingt-dix degrés, démasquent une bascule du bassin ou une translation latérale du tronc et renseignent immédiatement sur l’état de stabilisation ; le déconditionnement constaté, y compris chez de jeunes sportifs, souligne l’intérêt d’un travail systématique.

Le segment lombaire ne se dissocie pas du segment thoracique et cervical.

Penser en chaînes musculaires, éduquer le geste

La musculature ne travaille jamais isolément mais dans un ensemble de chaînes, ce qui impose d’évaluer la longueur et l’extensibilité des groupes concernés au-delà du seul gainage. Un sujet musclé peut perdre l’élévation complète du bras ou creuser son rachis lombaire en raison d’une hypoextensibilité du grand dorsal ; le psoas se teste par la persistance du membre au-dessus du plan de la table, signant un raccourcissement ; le petit pectoral, lorsqu’il est rétracté, enroule les épaules et fixe le dos rond, notamment devant un écran. Ces déséquilibres guident le choix des étirements et des points d’appui correcteurs.

L’éducation du mouvement complète le renforcement, en s’appuyant sur des principes mécaniques précis. La méthode de centralisation guide la tolérance des exercices : une douleur qui se recentralise vers la fesse autorise la poursuite, alors qu’une douleur qui se périphéralise vers la jambe impose l’arrêt. Le segment lombaire ne se dissocie pas des étages thoracique et cervical, examinés ensemble selon le principe des roues dentées où la bascule du bassin redresse le thorax puis la colonne cervicale. Enfin, les variations de pression discale selon la position et la charge justifient une éducation ergonomique stricte, le soulèvement prudent ramenant à la normale des contraintes autrement excessives.

Drapeaux rouges, sensibilisation centrale et dimension psychosociale

La prise en charge fonctionnelle ne dispense jamais de rechercher les signaux d’alarme. L’âge, en dessous de vingt ans en raison des malformations à ne pas ignorer, au-delà de cinquante ans pour les événements pathologiques surajoutés, oriente la vigilance. Une douleur non soulagée par le repos avec raideur matinale, des antécédents de néoplasie, d’ostéoporose ou d’immunodéficience, des signes infectieux, une altération de l’état général avec perte pondérale et sudations nocturnes, ou des signes neurologiques, doivent faire reconsidérer le diagnostic. Une lésion tumorale étendue a ainsi été révélée chez une patiente quasi asymptomatique sur la seule foi d’une gêne périnéale nocturne et d’une modification du comportement neuro-méningé, conduisant à l’imagerie par résonance magnétique (IRM).

Lorsque la douleur dépasse le territoire segmentaire, il faut envisager une sensibilisation centrale et reconnaître le poids des facteurs psychosociaux, individuels, professionnels et sociaux. À ce stade, ce n’est plus la musculature ni le traitement physique qui apportent le bénéfice, mais une approche d’écoute, d’accompagnement et de compassion. Replacer la plainte dans la trajectoire de vie du patient, parfois marquée par des antécédents lourds, permet de cohabiter avec la difficulté et de sortir de l’impasse mécanique. Cette lecture globale, articulant le corporel, le neurogène et le vécu, constitue la véritable spécificité de la prise en charge multidisciplinaire de la lombalgie.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Lombalgie: défis thérapeutiques

Intervenants

Dr Carlo Fritsch

Partie du corps

Dos

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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