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  • Les médecins doivent-ils revoir leur manière de communiquer?

La relation médecin-patient à l’ère d’Internet : communication, consentement et travail en équipe

  • Dr Jacques Vallotton
  • Évolution des attentes du patient et image du médecin
  • Hyperspécialisation et nécessité d’une lecture globale du patient
  • Le patient informé par Internet et les trois postures du médecin
  • Consentement éclairé et information accessible
  • Travail en équipe et cohérence du message thérapeutique
  • Communication structurée et adaptée au niveau de compréhension du patient
  • Consentement éclairé écrit, obtenu avec un délai de réflexion
  • Prescription numérique (e-prescription) : exercices de physiothérapie, références bibliographiques et liens utiles
  • Accompagnement coordonné par une équipe pluridisciplinaire
  • Établir une relation de confiance avant tout dialogue diagnostique
  • Considérer la documentation Internet du patient comme une occasion de dialogue, non comme une remise en cause
  • Tenir compte de l’état psychique et de l’anxiété, qui altèrent la réception de l’information
  • Veiller à ce que toute l’équipe délivre un message cohérent et identique

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Jacques Vallotton, conférences publiques, 2014

L’arrivée d’Internet a modifié en profondeur les attentes du patient et, par voie de conséquence, la posture attendue du médecin référent. Le patient se documente désormais en amont de la consultation, sollicite une validation des informations trouvées et attend de son praticien une disponibilité numérique réelle. Cette mise au point, destinée au confrère, parcourt la qualité de la communication clinique, la lecture globale du patient face à l’hyperspécialisation, la place de l’information en ligne dans la relation de soins, l’adaptation du message au patient et la rigueur du consentement éclairé. Elle souligne enfin que le facteur déterminant du résultat thérapeutique reste la cohérence d’une équipe organisée autour du patient.

Des attentes du patient profondément modifiées

Le patient qui consulte attend d’abord une compétence et une disponibilité, mais aussi une écoute et une capacité d’empathie qui rendent possible l’expression de sa démarche. Souvent, il hésite avant de consulter, par crainte de l’annonce diagnostique, et arrive en consultation dans un état d’anxiété qui conditionne la qualité de l’échange. Dans un temps de consultation contraint, le médecin doit néanmoins rester clair et s’assurer que son interlocuteur a réellement compris la nature du problème et le chemin thérapeutique envisagé. La relation de confiance n’est pas un préalable accessoire : elle constitue le contrat sur lequel reposera l’accompagnement au fil des consultations.

Cette relation suppose de ne pas arriver avec une idée déjà arrêtée de ce que l’on va proposer, mais de laisser un véritable dialogue s’installer. L’image même du médecin a changé en une vingtaine d’années : la consultation s’est désacralisée, le courriel a remplacé certains usages, et le patient distingue désormais le praticien qui impose son autorité de celui qui reste ouvert à l’échange. Ce déplacement des attentes impose au confrère d’adapter sa posture, sans renoncer à la rigueur de son raisonnement clinique.

Le vrai défi, c'est l'équipe avec le patient au centre d'une prise en charge cohérente.

Hyperspécialisation et lecture globale du patient

La médecine contemporaine évolue vers une spécialisation, voire une hyperspécialisation, particulièrement marquée en orthopédie où l’intérêt se concentre fréquemment sur un seul segment du corps. Si cette concentration présente des avantages techniques et chirurgicaux indéniables, elle comporte un revers : la compréhension d’une problématique exige souvent de remettre en relation la posture et plusieurs articulations entre elles. Le risque est de traiter un segment isolé sans replacer le symptôme dans la chaîne mécanique et fonctionnelle dont il dépend.

Cette tension impose une logique d’interactivité. Le médecin travaille au contact d’autres spécialistes et d’autres professions, physiothérapeutes, ergothérapeutes, psychothérapeutes ou orthopédistes-bandagistes, et doit savoir déléguer et faire confiance à ceux qui peuvent apporter une aide. L’angle confrère est ici essentiel : reconnaître les limites de sa propre spécialité et orienter à bon escient, en transmettant un bilan exploitable, fait partie intégrante de la prise en charge globale du patient.

Le patient informé par Internet : trois postures du médecin

Les données présentées montrent l’ampleur du phénomène : neuf personnes sur dix consultent Internet pour un problème de santé au cours de l’année, et la proportion de celles qui le font plusieurs fois par an est passée d’environ 42 % à 73 % selon l’étude citée. Près de 53 % des patients déclarent avoir consulté Internet et discuté de leurs recherches avec leur médecin lors de la consultation, et 80 % attendent de leur praticien qu’il soit actif sur le réseau dans son domaine. Le patient consulte aussi en ligne avant de prendre un second avis ou pour faire valider une information, parfois après avoir déjà entrepris une démarche thérapeutique.

Face à ce patient documenté, trois attitudes se dégagent. La première, défensive, conduit le médecin à se sentir remis en cause dans son autorité, à expédier la consultation et à laisser le patient choisir sans explications suffisantes. La deuxième établit le dialogue : le praticien discute les opinions, étudie les propositions, admet le cas échéant son manque de connaissance sur un point et oriente vers un confrère plus compétent. La troisième, plus aboutie, est celle du médecin actif sur le web qui recommande des sites qu’il a lui-même évalués et filtre l’information pour aider le patient à gérer sa problématique. Le repérage de sources fiables, à l’image de la certification Health on the Net, participe de cette démarche de filtrage.

Connaître son patient pour adapter l'information

La difficulté de toute première rencontre est d’apprécier qui est le patient et comment il recevra l’information. L’anxiété ressentie au moment où il redoute une annonce diagnostique réduit sa capacité à intégrer le message : il en retiendra peut-être l’essentiel, mais les informations complémentaires lui échapperont en partie. Il convient donc de se mettre au niveau de ce qu’il peut comprendre, quitte à fixer un rendez-vous ultérieur pour délivrer un complément d’information. Le niveau d’éducation, l’état psychique et le contexte général influent directement sur la façon dont l’information est assimilée.

L’illustration orthopédique citée est éclairante : dans une étude conduite en 2013 chez des patients candidats à une prothèse de genou dans un grand hôpital new-yorkais, au-delà de l’état d’anxiété, un patient sur cinq présentait un état dépressif larvé. Méconnaître cet état expose à un patient non satisfait, à un thérapeute qui s’épuise et à des traitements qui s’allongent, avec un retentissement sur la capacité de travail et l’activité sportive. À l’inverse, la motivation améliore le résultat : un patient actif se rééduque plus facilement, plus vite, et obtient une meilleure récupération. Le bilan du patient, dans toutes ses dimensions, fait donc partie du pronostic.

Le flyer ne suffit pas : il faut une information accessible et laisser au patient le temps de réfléchir avant de donner son consentement.

Le consentement éclairé, étape exigeante de la relation

Le consentement éclairé, idéalement écrit, est devenu incontournable, mais son appréciation reste très dépendante du médecin faute de standard établi. La relation de confiance et l’information habituellement dispensée ne suffisent plus à elles seules : il s’agit d’une étape à part entière qui doit être menée comme un véritable consentement éclairé, et non comme une formalité. Le simple prospectus ne remplit pas cet objectif.

Deux écueils symétriques sont à éviter. Une étude française a montré qu’un prospectus de deux pages exposant la problématique chirurgicale, suivi d’un consentement obtenu après dix minutes de consultation, revient à une forme de prise en otage du patient. La formule américaine, qui fait signer plusieurs pages de texte incompréhensible où le patient accepte tous les risques, n’est pas davantage satisfaisante. La voie raisonnable consiste à délivrer une information accessible et à laisser au patient le temps de réfléchir avant de recueillir son accord, condition d’un réel contrat de confiance.

Le travail en équipe et la cohérence du message

Le patient est souvent seul au milieu de nombreux intervenants, notamment avant un geste chirurgical, et reçoit parfois des messages discordants. La cohérence devient alors déterminante : l’équipe qui l’entoure doit délivrer un message identique et constant tout au long du processus de prise en charge. C’est là que se situe le véritable défi, l’équipe organisée autour du patient placé au centre, dont la cohérence améliore à la fois la motivation du patient, celle des soignants et le résultat final.

Les outils numériques prolongent cette logique au-delà de la consultation. La notion de prescription s’élargit : au-delà de l’ordonnance pharmaceutique, le médecin peut transmettre des exercices de physiothérapie, des références bibliographiques ou des liens utiles, et personnaliser ainsi l’accompagnement de la consultation jusqu’à la réhabilitation complète. Information de qualité, guidage et coaching supposent un médecin disponible, qui constitue son équipe, évalue les apports de chacun et fait évoluer la communication avec son entourage professionnel. Cette mise en commun des compétences est aussi un facteur de motivation et la méthode la plus efficiente pour faire progresser la prise en charge dans le temps.

Type de vidéo

Conférences publiques

Intervenants

Dr Jacques Vallotton

Partie du corps

Maladies

Année

2014

Thème de l'évènement

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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