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- Le ski, hier et aujourd’hui
Ski moderne, carving et accidentologie : conséquences biomécaniques et axes de prévention
- Pierre Pfefferlé
- Évolution du matériel : du ski long et droit au ski taillé court et flexible
- Biomécanique du virage moderne : bascule, angulation et co-rotation
- Mécanisme de rupture du ligament croisé antérieur en ski taillé
- Contraintes articulaires, microtraumatismes et alignement segmentaire
- Apprentissage facilité, perte de polygestualité et accidentologie
- Prévention par le travail de l’attitude corporelle sur l’engin
- Recherche et correction de l’alignement segmentaire des membres inférieurs
- Préparation et entretien de la condition physique fonctionnelle
- Formation technique et apprentissage de l’évaluation du risque
- Repérer les populations à risque : jeunes de moins de seize ans et skieurs techniquement insuffisants
- Rappeler que le risque tient au skieur qui ne maîtrise pas son engin, pas à la vitesse en soi
- Promouvoir une attitude bras en avant et poids vers les spatules pour limiter le déséquilibre arrière
- Encourager une remise en condition physique avant la reprise saisonnière
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Pierre Pfefferlé, symposium médico-sportif, 2012
L’évolution du matériel de ski, du ski long et droit vers le ski taillé court et flexible, a profondément modifié la gestuelle, l’apprentissage et, par voie de conséquence, le profil de l’accidentologie hivernale. Pour le médecin référent qui voit transiter une part importante des traumatismes de sports de neige, comprendre cette mutation technique éclaire les mécanismes lésionnels rencontrés en consultation, au premier rang desquels la rupture du ligament croisé antérieur. Cette mise au point rappelle les bases biomécaniques du virage moderne, les contraintes articulaires qu’il génère, et les leviers de prévention que sont l’attitude corporelle, l’alignement segmentaire, la condition physique et l’évaluation du risque. L’angle retenu est celui du confrère, attentif aux populations à risque et aux messages de prévention transposables en pratique courante.
Du ski long et droit au ski taillé : une mutation du matériel
Le ski moderne, dit taillé ou carving, est apparu sur le marché dans les années 1980 et 1990 en réaction au snowboard, et il a supplanté le ski long et droit des décennies précédentes. Là où une planche de deux mètres dix imposait des appuis marqués et des mouvements amples pour être mise en virage, un ski de l’ordre d’un mètre soixante-cinq, à spatule arrondie, prend la carre beaucoup plus rapidement et tourne presque de lui-même. La géométrie de la ligne de cote, plus creusée, dicte un rayon de virage court et réduit d’autant la nécessité des mouvements verticaux de flexion-extension qui structuraient la technique ancienne.
Cette évolution doit beaucoup à un transfert technologique issu du snowboard. À l’époque du ski long et droit, les matériaux ne maîtrisaient pas la torsion latérale : un skieur lourd qui engageait fortement la carre déformait le ski, qui perdait alors son efficacité. Les structures développées pour les planches ont permis de limiter cette torsion et d’autoriser une mise sur carre stable, condition nécessaire au carving. Il s’agit donc moins d’une révolution technique que d’une adaptation de gestes préexistants, les mouvements de rotation et de bascule étant déjà décrits dès les années 1930, mais redistribués différemment au fil du virage.
Biomécanique du virage moderne : bascule, angulation et co-rotation
Le virage taillé repose désormais sur le mouvement latéral plus que sur le mouvement vertical. La bascule, que les écoles françaises nomment inclinaison, augmente ou réduit l’angle de prise de carre et module ainsi le rayon du virage. L’angulation, qui en découle, corrige l’inclinaison du corps lorsque la vitesse diminue en sortie de ligne de pente, par une flexion qui s’exprime au niveau de la hanche même lorsque l’image visuelle évoque les genoux. Une angulation réellement portée par le genou serait incompatible avec la pratique et exposerait l’articulation à des contraintes hors de son axe physiologique.
Sur le plan des rotations, la co-rotation, où le corps tourne avec les skis, prédomine aujourd’hui, alors que la pré-rotation et la contre-rotation, indispensables pour amorcer puis stopper le virage des skis longs, se sont raréfiées. Le ski taillé embarquant lui-même le skieur dans la trajectoire, le corps suit les skis plutôt qu’il ne les dirige activement. Ce déplacement de la charge motrice du skieur vers le matériel allège le geste, mais il appauvrit le répertoire moteur sollicité et déplace les contraintes vers d’autres séquences du virage, ce qui n’est pas neutre sur le plan articulaire.
Rupture du ligament croisé antérieur : un mécanisme amplifié par le ski taillé
Le mécanisme classique de rupture du ligament croisé antérieur (LCA) a été décrit dès les années 1990. La séquence s’initie par un départ des bras vers l’arrière qui entraîne les hanches et installe un déséquilibre postérieur. Lorsque les hanches passent sous le niveau des genoux et que le poids du corps se centre sur le talon du ski aval, l’accélération de ce ski déclenche une mise en rotation brutale du membre inférieur, configuration dans laquelle le ligament croisé antérieur cède. Cette chaîne, déjà présente avec le matériel ancien, illustre que la lésion procède de plusieurs forces agissant simultanément.
Le ski taillé amplifie précisément ce mécanisme. Sa géométrie accélère le ski vers l’amont et majore la rotation, là où le ski traditionnel autorisait une montée en charge plus progressive. Les recherches conduites sur les fixations n’ont pas abouti à un dispositif capable de neutraliser ce traumatisme multifactoriel, et la fréquence de l’atteinte du ligament croisé antérieur au plus haut niveau de la compétition en souligne le caractère difficilement évitable par le seul matériel. Pour le référent, ce rappel mécanique éclaire la prévalence des entorses graves du genou parmi les traumatismes adressés et justifie un examen ligamentaire systématique.
Contraintes articulaires, microtraumatismes et alignement segmentaire
Au-delà du traumatisme aigu, le ski moderne génère des contraintes répétées non négligeables. Les mesures de pression réalisées dans la chaussure d’un skieur de haut niveau en Super-G atteignent des valeurs de l’ordre de mille deux cents newtons à certains instants, malgré l’apparente économie gestuelle du virage taillé. Ces pressions se transmettent à la cheville, au genou et à la hanche, avec à la clé des microtraumatismes articulaires lorsqu’elles s’exercent de façon chronique. La rigidité de la chaussure de ski concentre par ailleurs une part de ces forces sur les mouvements verticaux descendants.
L’alignement segmentaire des membres inférieurs constitue un facteur protecteur accessible. Skier avec des segments alignés répartit mieux les contraintes, tandis qu’un défaut d’axe, par exemple un genou en valgus, expose à des efforts majorés sur l’articulation et à des angulations excessives de la hanche. L’observation de l’alignement ne requiert pas d’expertise particulière et peut s’effectuer simplement, y compris chez l’enfant. Sur des skis qui tournent vite et engagent fortement la carre, la recherche d’un alignement segmentaire correct apparaît comme une mesure de prévention simple à proposer.
Apprentissage facilité, perte de polygestualité et profil des accidents
Le ski taillé facilite indéniablement l’apprentissage. Une étude comparant des groupes de skieurs débutants équipés de skis taillés ou de skis traditionnels a montré, sur le critère du parallélisme des skis et après six jours, un gain net en faveur du matériel moderne. La longueur réduite, la souplesse et la facilité de mise en virage, conjuguées à des pistes larges, lisses et soigneusement damées, raccourcissent le temps nécessaire pour atteindre un niveau donné. Cet avantage pédagogique a toutefois une contrepartie sur le plan de la sécurité.
La standardisation des terrains appauvrit la polygestualité, c’est-à-dire la diversité des gestes acquis face à des neiges et des reliefs variés. La majorité des skieurs évoluent ainsi avec un répertoire moteur réduit, suffisant tant que les conditions restent favorables, mais pris en défaut dès qu’une situation imprévue survient. Le problème ne réside pas dans la vitesse en soi, banale chez un skieur techniquement solide, mais chez celui qui, à allure modérée, ne maîtrise pas son engin. Les sports de neige représentent en moyenne soixante-dix mille accidents par an, dont une part importante chez les moins de seize ans, ce qui dessine clairement les populations vers lesquelles orienter la prévention.
Leviers de prévention : attitude, condition physique et évaluation du risque
La formation constitue le principal levier de réduction du risque, à commencer par le travail de l’attitude corporelle sur l’engin. Une posture bras en avant, amenant le poids du corps vers les spatules, stabilise le skieur et contrarie le déséquilibre arrière qui amorce la séquence de rupture du ligament croisé antérieur. À l’inverse, une attitude assise, bras le long du corps, fréquente notamment sur le snowboard, prédispose au mécanisme lésionnel. Travailler cette attitude relève d’une pédagogie simple, encore trop peu valorisée au regard de son bénéfice potentiel.
Deux autres leviers complètent ce dispositif. La condition physique, entendue non comme une musculation intensive mais comme une remise en mouvement fonctionnelle adaptée à la discipline, prépare l’appareil locomoteur à des sollicitations souvent reprises après plusieurs mois d’inactivité. L’évaluation du risque, enfin, déplace l’objectif de la seule recherche de sécurité vers la capacité à juger un environnement et à mesurer ses propres limites, compétence particulièrement utile face à un matériel de freeride qui ouvre l’accès à la haute montagne sans temps d’acclimatation. Sur ces trois axes, attitude, condition physique et jugement du risque, le médecin référent dispose de messages concrets à relayer auprès des patients à l’approche de la saison.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Intervenants
Partie du corps
Maladies
Année
2012
Thème de l'évènement
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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