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Développement du pied de l’enfant : chaussage, musculature intrinsèque et déformations acquises

  • Vinciane Dobbelaere
  • Maturation neurologique et évolution physiologique de la marche de l’enfant
  • Effets du chaussage et de la chaussette sur la musculature intrinsèque
  • Déséquilibres fléchisseurs longs et courts et leurs conséquences mécaniques
  • Pathologies de croissance : maladie de Sever, subluxation sésamoïdienne, ostéonécrose
  • Place et limites des semelles correctrices et de la rééducation
  • Conseils de chaussage : chaussure plate, large et souple
  • Exercices proprioceptifs et travail pieds nus sur sol souple
  • Étirement de la chaîne postérieure et musculation des intrinsèques
  • Semelles actives guidant sans surcorriger
  • Ne pas chausser avant une maturation neurologique suffisante : un pied plat avant 6 à 8 ans est physiologique
  • Distinguer pied plat physiologique et pied plat décompensé persistant à l’âge scolaire
  • Devant une talalgie ou une métatarsalgie de l’enfant, vérifier d’abord le chaussage et la souplesse de la chaîne postérieure
  • Réserver la semelle correctrice aux cas réfractaires, l’associer toujours à un travail musculaire et la réévaluer à chaque poussée de croissance

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Vinciane Dobbelaere, congrès Medicol, 2015

Le pied de l’enfant n’est pas un pied d’adulte miniature : il dispose dès la naissance d’une musculature complète mais peu sollicitée, et sa fonction se construit au rythme de la myélinisation et de la maturation neurologique, largement immature avant 6 à 8 ans. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle que le chaussage précoce et inadapté, en privant le pied de ses afférences sensitives et en inhibant les muscles intrinsèques, favorise des déséquilibres de force entre fléchisseurs longs et courts. Ces déséquilibres semblent participer à une part des pieds plats décompensés et des subluxations sésamoïdiennes, et, conjugués à la surcharge sportive et à une susceptibilité vasculaire propres à la croissance, à certaines ostéonécroses observées chez l’enfant et l’adolescent sportif. L’objectif est de fournir au confrère des repères sur l’évolution physiologique de la marche, sur les signes qui justifient une analyse posturale et sur la place mesurée des semelles et des exercices proprioceptifs.

Le pied de l'enfant n'est pas un pied d'adulte miniature

À la naissance, le pied dispose déjà de toute sa musculature, mais celle-ci a été peu sollicitée in utero et l’ossification reste minime, l’essentiel du squelette demeurant cartilage de croissance. Le pied est d’abord un organe de préhension richement innervé : le réflexe d’agrippement archaïque s’efface progressivement pour laisser place à une maîtrise sensitive et motrice qui dépend étroitement de l’avancée de la myélinisation. Avant 6 à 8 ans, cette maturation neurologique reste incomplète, ce qui limite la portée de toute intervention correctrice et impose au confrère une attitude d’observation plutôt que de traitement.

La marche du jeune enfant suit une logique propre et ne doit jamais être comparée à celle de l’adulte. L’enfant projette son centre de gravité vers l’avant et le rattrape à petits pas rapides, sans balancement des bras ni dissociation de ceinture, avec une attaque plantigrade et un appui scaphoïdien dépourvu de l’effet rigidifiant du transfert de charge vers le cuboïde. Il en résulte un pied plat souple, à faible tonus des arches, qui constitue une empreinte normale à cet âge. Le critère discriminant est le comportement hors charge : lorsque le pied se recreuse et qu’une voûte apparaît au repos, le tonus est physiologiquement présent.

Le pied ne se fait pas à la chaussure, c'est la chaussure qui doit s'adapter au pied.

Chaussage précoce et inhibition de la musculature intrinsèque

Le chaussage trop précoce, et même la simple chaussette, exercent une force de serrage importante sur une musculature encore faible et privent le pied des afférences sensitives nécessaires à sa construction motrice. La chaussure modifie les appuis au sol que l’enfant n’est pas prêt à recevoir : un drop talonnier déplace le centre de gravité vers l’avant et place fonctionnellement le pied en digitigrade malgré une semelle à plat, tandis qu’une semelle amortissante isole le pied des reliefs et des dévers et retarde l’information proprioceptive, majorant les chutes. Le principe à transmettre aux parents est simple : laisser le pied le plus libre possible et, si le chaussage est indispensable, le choisir le plus plat, le plus souple et le plus large possible.

Les bottines orthopédiques à soutien interne, longtemps valorisées pour maintenir la cheville, poussent l’enfant vers un appui cuboïdien qu’il n’est pas neurologiquement capable de gérer et perturbent dès les premiers pas la construction de la conscience du pied. À l’inverse, une chaussure trop grande ou non lacée fait glisser le pied et déclenche un réflexe de préhension qui recrute les longs fléchisseurs aux dépens des courts fléchisseurs. Ce déséquilibre de force entre fléchisseurs extrinsèques et intrinsèques constitue l’amorce de nombreux troubles fonctionnels ultérieurs, raison pour laquelle le confrère doit faire préciser le type de chaussures portées.

Du pied plat physiologique au pied plat décompensé : quand agir

À partir de 7 à 8 ans, la myélinisation autorise une réponse neurologique fiable, repère pratique souvent contemporain de l’apprentissage de l’écriture. C’est à ce stade que l’on peut distinguer le pied plat physiologique, qui se corrige spontanément dans une majorité de cas, du pied plat décompensé qui ne montre aucune tendance à se muscler ni à se redresser. Un antécédent familial de pied plat pathologique renforce la vigilance, sans pour autant justifier une semelle systématique : beaucoup d’enfants se corrigent seuls, d’autres ne se corrigeront jamais, et la décision se fonde sur une analyse de la marche, idéalement sur plateforme de pression chez un enfant coopératif.

L’enjeu dépasse le pied lui-même. Un pied plat valgus extrême retentit en chaîne ascendante sur les genoux, les hanches et le rachis : pendant toute la croissance, les tensions et les forces transmises influencent l’ossification et la posture jusqu’à l’âge adulte, où la plainte dominante n’est pas toujours podale. Toute correction doit donc être réfléchie, étroitement suivie au fil de la croissance et prudente : l’expérience historique des appuis internes trop appuyés a produit des surcorrections en rotation externe persistantes, rappel utile que la guidance vaut mieux que la contrainte.

Talon, sésamoïdes et pathologies de surcharge de croissance

La mode des talons chez le jeune enfant, en particulier les escarpins, constitue un facteur aggravant net. Chez l’adulte, pied à plat, la répartition de charge est d’environ 70 pour cent sur l’arrière-pied et 30 pour cent sur l’avant-pied ; un talon de 3 à 4 cm inverse déjà ces valeurs, et au-delà l’avant-pied supporte l’essentiel des contraintes. Reportées chez l’enfant sur une musculature immature et un mode de vie de plus en plus sédentaire, ces contraintes favorisent un affaissement précoce de la palette métatarsienne dès 7 à 8 ans, qu’un facteur familial prédisposant suffit ensuite à décompenser.

L’accélération de croissance à partir de 9 ans expose aux ostéochondroses, dont la maladie de Sever est la plus fréquente : talalgie calcanéenne avec tuméfaction et vive douleur à la palpation, sur un fond de rétraction de la chaîne postérieure, jumeaux courts et aponévrose plantaire en tension. Les sésamoïdes constituent l’autre point d’appel : l’hypertonie du long fléchisseur de l’hallux repousse le sésamoïde interne vers le deuxième orteil et entrave l’adducteur de l’hallux, garant de l’arche transverse, créant une subluxation sésamoïdienne et une surcharge de pression. Sur un terrain où concourent susceptibilité vasculaire et surcharge sportive, cette surpression peut concourir à l’ostéonécrose, particulièrement observée chez les sportifs en chaussures rigides, ski, hockey, football, patinage ; la prise en charge de première intention reste la révision du chaussage, des exercices ciblés et l’étirement de la chaîne postérieure, avec un risque de récidive à chaque poussée de croissance.

Dès qu'on met une chaussette, le pied perd déjà une partie de ses capacités sensitives.

Conséquences ascendantes du déséquilibre fléchisseurs longs et courts

Lorsque la musculature intrinsèque est déficiente, les longs fléchisseurs deviennent hypertoniques et le pied perd ses capacités d’adaptation au sol : sur terrain instable, il fonctionne comme une planche rigide au lieu de se déformer, et il ne reprend pas sa configuration de départ au décollement, supprimant l’amortissement. L’attitude en griffe des orteils traduit cette prédominance des fléchisseurs longs sur les courts, tandis que les longs muscles propulseurs, dont les insertions sont au mollet, se substituent aux intrinsèques que sont les courts fléchisseurs et les lombricaux, initiateurs de la propulsion et soutiens de la voûte transverse.

Ce déséquilibre se propage à l’étage proximal. L’hypertonie des longs fléchisseurs engage un mécanisme de rotation au genou qui modifie les bras de levier du tendon rotulien et tire sur la tubérosité tibiale antérieure, avec un retentissement sur le bassin et le droit antérieur. En période de croissance, ces contraintes peuvent contribuer à des arrachements de l’apophyse ischiatique, d’autant qu’une croissance rapide et inégale crée transitoirement des différences de longueur de membre. La prudence s’impose alors avant toute compensation, car ces inégalités temporaires se rééquilibrent souvent spontanément en quelques mois.

Semelles actives et rééducation : guider sans contraindre

La correction par support plantaire doit guider la fonction sans la remplacer. Une semelle trop rigide et entièrement correctrice rend le pied passif : retirée, le pied se réaffaisse, signe que rien n’a été acquis. Une semelle dotée d’une légère élasticité, obtenue par de discrets creusements, restitue des appuis variables et souples qui autorisent un travail, même modeste, de la musculature intrinsèque dans la chaussure. Des reliefs précis peuvent en outre solliciter des réflexes tendineux d’activation ou de relâchement musculaire, rendant la semelle active. Les supports rigides et pleins sont à réserver aux malformations majeures sans alternative à la marche.

La semelle ne se conçoit jamais seule : elle s’associe à un travail thérapeutique visant la proprioception, la sensibilité et la présence du pied, sachant que quelques minutes d’exercices ne compensent pas les heures passées debout. En phase de croissance, les résultats peuvent être spectaculaires, avec une régression des talalgies et des métatarsalgies en quelques semaines, et, sur un suivi de deux ans, une ouverture de l’angle de pas, une disparition de l’affaissement métatarsien et une réduction des tensions des fléchisseurs. Le bilan utile à transmettre au spécialiste comprend l’analyse de la marche en position de référence reproductible, l’examen des zones d’usure et des callosités du chaussage et l’appréciation de la souplesse de la chaîne postérieure.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Hallux Valgus: évolution et innovation

Intervenants

Vinciane Dobbelaere

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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