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- La santé respiratoire des adolescents sportifs
Dyspnée d’effort de l’adolescent sportif : démarche diagnostique et prise en charge des trois grandes pathologies respiratoires
- Dre Isabelle Rochat
- Démarche diagnostique de la dyspnée d’effort et drapeaux rouges
- Asthme induit par l’effort : prévalence pédiatrique et confirmation
- Tests de provocation bronchique directs et indirects
- Obstruction laryngée liée à l’effort de l’adolescent
- Respiration dysfonctionnelle et réentraînement respiratoire
- Spirométrie de repos avec et sans bronchodilatateur, tests de provocation
- Corticostéroïdes inhalés en traitement de fond, bronchodilatateurs de secours
- Éducation et réentraînement respiratoires, Inspiratory Muscle Training
- Vidéolaryngoscopie à l’effort et test d’effort cardio-respiratoire
- Ne pas se fier aux seuls symptômes : confirmer l’asthme d’effort par un test de provocation
- Devant un collapsus, une syncope brutale ou un stridor de repos, exclure une cause cardiaque sans délai
- Évoquer l’obstruction laryngée chez l’asthmatique bien traité encore symptomatique à l’effort
- Adresser au physiothérapeute la respiration dysfonctionnelle et vérifier la conformité antidopage des traitements
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dre Isabelle Rochat, symposium médico-sportif, 2025
La dyspnée d’effort chez le jeune sportif est un motif fréquent de consultation, mais sa traduction symptomatique est trompeuse : la gêne respiratoire à haute intensité est peu pathognomonique et les symptômes ne constituent pas un bon outil de dépistage. Trois entités dominent le diagnostic différentiel : l’asthme induit par l’effort, l’obstruction laryngée liée à l’effort et la respiration dysfonctionnelle. Leur reconnaissance repose d’abord sur une anamnèse détaillée et la recherche systématique de drapeaux rouges, en particulier l’exclusion d’une cause cardiaque devant tout malaise à l’effort. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la prévalence élevée de ces troubles chez l’adolescent, la hiérarchie des tests de provocation et la logique thérapeutique propre à chaque diagnostic.
Démarche diagnostique : une anamnèse avant tout
Devant un jeune qui présente des symptômes respiratoires à l’effort, l’histoire détaillée prime sur toute autre donnée. Le quand, le comment, le pourquoi, ce qui allège ou aggrave la gêne et l’ancienneté des troubles orientent d’emblée l’hypothèse. Une vidéo enregistrée par le jeune, l’entraîneur ou le parent pendant un entraînement peut compléter le tableau, mais elle ne doit pas précéder l’anamnèse, sous peine d’orienter prématurément le raisonnement et de faire manquer un élément plus important. Les symptômes habituels sont la dyspnée, la sensation d’essoufflement, la toux et l’oppression thoracique, mais ils restent peu spécifiques d’une pathologie donnée.
L’enjeu majeur de cette première évaluation est la reconnaissance des drapeaux rouges. Un collapsus ou une syncope à l’emporte-pièce doit faire évoquer une pathologie cardiaque, trouble du rythme ou hypertension artérielle pulmonaire, et impose un avis cardiologique sans délai. Un stridor au repos, inhabituel dans la dyspnée d’effort, signale lui aussi une pathologie sous-jacente potentiellement grave. Une fois ces signes d’alarme écartés, le médecin référent peut s’orienter vers les trois diagnostics les plus fréquents : l’asthme induit par l’effort, l’obstruction laryngée liée à l’effort et la respiration dysfonctionnelle, désignée aussi sous le terme de breathing pattern disorder.
Asthme induit par l'effort : une prévalence sous-estimée chez le jeune sportif
La dysfonction des voies aériennes touche environ un athlète sur cinq, principalement dans les sports aquatiques et les sports d’hiver. Tous les sports ne sont pas équivalents : les efforts courts et brefs sont moins asthmogènes que ceux dont l’intensité se prolonge au-delà de six à huit minutes ou qui se déroulent dans un environnement froid ou sec. La natation est considérée comme un sport à haut risque, non du fait de la durée des épreuves, mais en raison du volume et de l’intensité cumulés de l’entraînement sur de nombreuses années. Le diagnostic d’asthme avait été retenu chez environ 15 pour cent des athlètes olympiens.
Chez l’enfant, une méta-analyse de 33 études regroupant plus de 50 000 sujets retrouve une prévalence d’asthme lié à l’effort d’environ 8 pour cent dans la population générale, valeur probablement sous-estimée faute de recours systématique aux tests de bronchoprovocation. Parmi les dix études portant sur des sportifs, la prévalence de l’asthme induit par l’effort avoisine 15 pour cent, et atteint 23 pour cent chez des collégiens suédois débutant un cursus sport-études, prévalence prouvée par test de provocation et laryngoscopie d’effort. Fait essentiel, il n’existait pas de différence entre les jeunes symptomatiques et asymptomatiques, ce qui confirme que les symptômes ne sont pas un bon outil de dépistage et ne justifient pas un screening général.
Confirmer le diagnostic : la hiérarchie des tests de provocation
Depuis 2002, le diagnostic d’asthme doit reposer sur des tests de provocation, et non sur la seule consommation de bronchodilatateurs. Après une spirométrie de repos, complétée d’une mesure des débits expiratoires après bronchodilatateur, on recourt à la bronchoprovocation pour mettre en évidence une hyperréactivité bronchique. Le test direct utilise la métacoline, agent qui provoque une constriction de la musculature bronchique lisse : on inhale des doses croissantes et l’on mesure le volume expiratoire maximal par seconde (VEMS) après chaque palier. La métacoline a une excellente valeur prédictive négative, donc un test négatif permet d’exclure, mais sa spécificité moyenne le rend peu utile pour confirmer l’asthme.
Les tests indirects, plus sensibles, sont plus pertinents pour confirmer un asthme d’effort. Le test d’effort amène le jeune à courir ou pédaler six à huit minutes à une intensité atteignant 85 pour cent de la fréquence cardiaque maximale, avec une spirométrie itérative jusqu’à 15 à 20 minutes après l’arrêt ; une chute du VEMS au-delà de 10 pour cent signe la positivité, et le test renseigne en outre sur la condition physique générale. L’hyperventilation eucapnique volontaire, considérée comme le gold standard par le Comité international olympique (CIO), sollicite, assèche et refroidit les voies aériennes par une ventilation forcée additionnée d’un peu de gaz carbonique pour éviter l’hypocapnie, reproduisant le mécanisme de l’asthme d’effort.
Prise en charge de l'asthme d'effort et contraintes antidopage
Le traitement combine des mesures non pharmacologiques et pharmacologiques. Un échauffement de haute intensité ou en intensité alternée, dix à quinze minutes avant l’effort, met le sujet en phase réfractaire et le protège de la bronchoconstriction. Les facteurs d’environnement doivent être anticipés : éviter les pics polliniques chez l’allergique et se protéger du froid, qui exacerbe les symptômes. Sur le plan médicamenteux, le recours au bronchodilatateur plus de deux fois par semaine impose l’introduction d’un traitement de fond, reposant avant tout sur les corticostéroïdes inhalés, éventuellement associés à un bronchodilatateur de longue durée d’action ou à un antagoniste des récepteurs aux leucotriènes. La technique d’inhalation doit être enseignée, vérifiée et revue à chaque visite.
La dimension antidopage est indissociable de la prescription. Les bêta-2 agonistes et les corticoïdes figurent parmi les substances en principe interdites selon le code de l’Agence mondiale antidopage (WADA), mais demeurent tolérés aux doses réglementaires lorsqu’ils traitent un asthme. Depuis début 2025, le formotérole, bronchodilatateur de longue durée d’action, est autorisé jusqu’à 54 microgrammes par jour, avec une limite ajoutée de 36 microgrammes sur les douze heures précédant l’effort. Ces seuils sont aisément vérifiables via l’application Medicheck. Le traitement suit les recommandations suisses, elles-mêmes alignées sur les recommandations internationales de la Global Initiative for Asthma (GINA). Même si deux phénotypes, allergique et non allergique, coexistent chez le sportif, la prise en charge reste identique.
Obstruction laryngée liée à l'effort : reconnaître l'obstruction haute
L’obstruction laryngée liée à l’effort est le principal diagnostic différentiel de l’asthme. Il s’agit d’une obstruction haute, supraglottique (sus-glottique) ou glottique, par fermeture des cordes vocales à l’inspirium ou bascule des cartilages supraglottiques dans la filière. Elle survient surtout chez l’adolescent de 11 à 18 ans, un peu plus chez la jeune fille, ce qui s’explique par l’étroitesse encore marquée de la zone glotto-sousglottique à cet âge et par un calibre des voies aériennes plus réduit chez la femme. Les symptômes surviennent au pic de l’effort : le jeune décrit l’impression de respirer dans une paille, comme si une porte se fermait, un tableau très bruyant et parfois effrayant pour lui comme pour son entourage. Un reflux gastro-œsophagien ou une consommation excessive de caféine aggravent la situation.
Le diagnostic doit être évoqué systématiquement chez un asthmatique bien traité qui reste symptomatique à l’effort, des tableaux hybrides associant les deux entités étant fréquents. La spirométrie objective un aplatissement de la courbe inspiratoire, contrastant avec la boucle inspiratoire ronde et le débit conservé du sujet normal. La vidéolaryngoscopie à l’effort, réalisée à l’aide d’un nasofibroscope maintenu pendant la course ou le vélo, visualise directement le comportement laryngé et glottique. La prise en charge commence par un diagnostic correct, qui évite les errances thérapeutiques, puis associe éducation respiratoire, respiration nasale lèvres pincées et respiration abdominale, correction des facteurs contributifs comme le stress ou le surentraînement, et entraînement respiratoire. L’Inspiratory Muscle Training est de plus en plus proposé, malgré l’absence d’évidence randomisée robuste et les difficultés d’adhérence chez des adolescents déjà très sollicités.
Respiration dysfonctionnelle : un diagnostic d'exclusion à valeur fonctionnelle
La respiration dysfonctionnelle, ou breathing pattern disorder, correspond à une modification du pattern biomécanique respiratoire normal entraînant des symptômes à la fois respiratoires et extra-respiratoires : essoufflement disproportionné à l’intensité de l’effort, mais aussi vertiges, fatigue et sensation d’engourdissement. Sa prévalence, difficile à établir car il s’agit d’un diagnostic d’exclusion, est estimée autour de 10 pour cent. L’hyperventilation en est la forme la plus fréquente ; le questionnaire de Nijmegen aide à la repérer, et toute situation de stress aigu compétitif ou de surcharge chronique amplifie le phénomène. L’examen retrouve volontiers une posture épaules affaissées et une respiration thoracique haute, là où le pattern optimal mobilise conjointement thorax et abdomen.
La prise en charge vise à restituer la fonction et fait appel au physiothérapeute : le réentraînement respiratoire a été identifié comme une aide réelle, même sans niveau de preuve Cochrane formel, en permettant de se réapproprier une technique efficace et des outils d’apaisement comme l’auto-hypnose. L’illustration clinique d’une athlète de 13 ans et demi, victime de plusieurs malaises à l’effort, résume la démarche : devant la possibilité d’une cause cardiaque, l’exclusion a été prioritaire, avec arrêt temporaire du sport, électrocardiogramme, échocardiogramme puis test d’effort cardio-respiratoire. Ce dernier, interrompu pour hyperventilation, a montré un volume courant plafonnant trop précocement et une fréquence respiratoire jusqu’à 76 par minute, sans aucune anomalie cardiaque, confirmant la respiration dysfonctionnelle. En cas de stridor associé, une vidéolaryngoscopie d’effort recherchera une composante d’obstruction laryngée. Au-delà de ces diagnostics, le rôle de prévention reste central, notamment face au vapotage, et l’arrêt d’une activité physique demeure exceptionnel.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Thème de l'évènement
Sport et activité physique chez l'adolescent: problèmes spécifiques
Intervenants
Dre Isabelle Rochat
Partie du corps
Maladies
Année
2025
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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