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  • La glace dans tous ses états

Thérapies par le froid en récupération sportive : niveaux de preuve et indications chez le hockeyeur

  • Dre Silvia Bonfanti
  • Physiologie du froid : vasoconstriction, ralentissement métabolique et effet analgésique
  • Application locale de glace : effet antalgique versus baisse de force et de précision gestuelle
  • Cryothérapie corps entier : perception de récupération versus récupération fonctionnelle
  • Immersion en eau froide et courbatures retardées (DOMS)
  • Pré-cooling et per-cooling : pertinence limitée dans les sports intermittents comme le hockey
  • Application locale de glace, durée inférieure à 10 minutes pour l’effet analgésique
  • Cryothérapie corps entier en cryochambre (de moins 100 à moins 195 degrés)
  • Immersion en eau froide d’un membre ou du corps
  • Pré-cooling et per-cooling par packs, immersion ou ingestion de glace pilée
  • Limiter l’application locale à moins de 10 minutes si l’objectif est antalgique, et faire suivre d’un réchauffement avant de renvoyer le joueur sur la glace
  • Distinguer ce que l’athlète ressent de ce qui est démontré : la cryothérapie corps entier améliore surtout la perception de récupération
  • Réserver l’immersion en eau froide aux courbatures retardées, où l’effet reste modéré et proche du placebo
  • Ne pas attendre de bénéfice du pré-cooling ou du per-cooling dans les efforts intermittents type hockey

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dre Silvia Bonfanti, symposium médico-sportif, 2015

Le froid est utilisé en récupération sportive depuis l’Antiquité, mais sa base de preuve reste étonnamment fragile au regard de sa diffusion. Cet article distingue les modalités locales des modalités systémiques et confronte, pour chacune, l’effet ressenti par l’athlète et la récupération fonctionnelle réellement démontrée. L’enjeu pour le médecin référent est de calibrer la durée, le moment et l’indication de l’application, en particulier dans un sport intermittent et technique comme le hockey sur glace. La revue souligne aussi le poids constant de la composante placebo et la place du réchauffement actif, souvent négligé au profit du seul refroidissement.

Physiologie du froid : ce que l'on cherche réellement à obtenir

L’effet thérapeutique du froid repose sur plusieurs mécanismes complémentaires. La vasoconstriction réduit la réponse inflammatoire et l’œdème, tandis que la baisse de la température abaisse les processus métaboliques par action directe sur la mitochondrie et diminue la nécrose cellulaire en limitant l’apoptose. La température cutanée superficielle peut chuter jusqu’à une douzaine de degrés, alors que la baisse de température intramusculaire reste plus modeste, de l’ordre de quelques degrés selon la modalité. Cette cascade explique l’usage du froid pour contenir la phase inflammatoire aiguë, à condition de garder en mémoire que l’inflammation reste un signal nécessaire à la réparation musculaire.

L’objectif recherché conditionne la modalité. L’effet analgésique provient du ralentissement de la vitesse de conduction nerveuse, mais il n’est obtenu que lorsque la température cutanée passe sous 15 degrés. Le froid agit aussi sur la plaque motrice et la diffusion ionique, ce qui sous-tend une baisse de force médiée par la réduction de la fréquence de décharge des récepteurs. Les effets sur la proprioception et sur la force ne sont pas univoques, et c’est précisément cette dissociation entre antalgie obtenue et fonction altérée qui doit guider la prescription au bord du terrain.

La cryothérapie corps entier semble efficace sur la perception de récupération, mais pas sur la performance réelle.

Application locale de glace : antalgie utile, mais coût fonctionnel transitoire

La méta-analyse disponible, fondée sur un faible nombre d’essais randomisés contrôlés, montre que l’application locale diminue la force dans la quasi-totalité des muscles testés, que l’évaluation soit manuelle, dynamométrique ou isocinétique. S’y ajoutent une réduction du saut vertical, de la vitesse, de l’agilité et du sprint, ainsi qu’une altération de la précision du geste fin, élément critique dans un sport technique. Les résultats sur l’endurance restent conflictuels, certaines études décrivant un allongement du temps avant fatigue, d’autres une perte. Ces effets délétères n’apparaissent pas lorsque l’application est très brève, inférieure à trois minutes.

La conduite pratique en découle directement. Pour un effet purement analgésique, une application inférieure à 10 minutes suffit ; une durée plus longue ne se justifie que si l’on vise un ralentissement métabolique. Avant de renvoyer le joueur sur la glace, un échauffement court annule l’essentiel de la perte de force, d’explosivité et d’agilité induite par le froid, et constitue donc une étape non négociable. Il faut enfin tenir compte du fait que la température intramusculaire continue de descendre une dizaine de minutes après le retrait de la glace, et que l’épaisseur du tissu adipeux sous-cutané module la profondeur réellement atteinte. Les contre-indications sont peu nombreuses, dominées par l’insuffisance circulatoire et le syndrome de Raynaud, avec un risque de brûlure en cas d’application prolongée sans interface.

Cryothérapie corps entier : une perception améliorée plus qu'une fonction restaurée

La cryothérapie corps entier, développée au Japon en 1981 pour des indications rhumatismales, expose le sujet en cryochambre à air sec, entre moins 100 et moins 195 degrés, pour des durées de deux à cinq minutes avec protection des extrémités. Le choix des valeurs de température reste empirique, sans base de preuve établissant la supériorité d’un palier sur un autre. Sur le plan thermique, elle est paradoxalement moins pénétrante que l’application locale : la baisse de température intramusculaire y est faible, de l’ordre d’un degré, là où une application locale en obtient davantage. Deux minutes à moins 110 degrés équivaudraient approximativement à quelques minutes d’immersion en eau froide.

Les marqueurs de lésion musculaire comme la créatine kinase (CK) et la lactate déshydrogénase (LDH) sont peu informatifs ici, car il s’agit de lésions fonctionnelles et non d’une rhabdomyolyse, et leur élévation varie fortement selon le génotype. De fait, la récupération de la force n’est pas améliorée par la cryothérapie corps entier dans les protocoles excentriques, les sprints en vélo ou les tests pliométriques. Le bénéfice se situe ailleurs : les courbatures retardées semblent récupérer plus vite et l’athlète perçoit une meilleure performance, alors même qu’elle n’est pas objectivement supérieure. Au total, la technique ne paraît pas nuisible et n’est pas démontrée supérieure aux autres moyens de récupération, mais conserve un effet réel sur la perception et la douleur. Les contre-indications cardio-respiratoires, notamment arythmie et pathologie coronarienne, restent à respecter, et les effets secondaires à long terme demeurent non documentés.

Immersion en eau froide : un effet modéré sur les courbatures, proche du placebo

L’immersion en eau froide souffre d’une grande hétérogénéité de protocoles, la température variant typiquement de 5 à 15 degrés et la durée de plusieurs minutes à plus de vingt, ce qui complique les revues systématiques. Le mécanisme repose sur la vasoconstriction, la baisse de perméabilité et la réduction de l’inflammation, mais la chute de température musculaire reste modeste. La synthèse Cochrane portant sur une quinzaine d’études conclut à un effet seulement modéré sur les douleurs musculaires d’apparition retardée (DOMS) : une majorité d’athlètes répondent, mais la réduction moyenne de la douleur sur échelle visuelle analogique (EVA) avoisine 16 pour cent, un ordre de grandeur compatible avec un effet placebo.

La part placebo a été élégamment démontrée par un essai sur athlètes d’élite répartis en trois groupes : immersion froide, piscine thermoneutre, et piscine thermoneutre additionnée d’un savon présenté comme un produit spécial de récupération. L’amélioration de force fut identique entre l’immersion froide et le groupe thermoneutre conditionné, signant une composante psychologique majeure. La méta-analyse ne met pas en évidence de gain de force net ; tout au plus évoque-t-on une hypothèse de meilleure récupération des fibres de type 2, plus sollicitées dans l’excentrique, qui reste spéculative. En pratique, l’immersion n’est pas dangereuse et garde sa place sur la symptomatologie douloureuse, sans prétendre restaurer la fonction.

L'application locale de glace pendant moins de 10 minutes est idéale pour un effet analgésique.

Pré-cooling et per-cooling : un intérêt cantonné à l'endurance en ambiance chaude

Le pré-cooling et le per-cooling visent à retarder l’accumulation de chaleur corporelle, l’hypothalamus déclenchant une réduction spontanée de l’intensité dès que la température interne s’élève. La performance décline lorsque la température ambiante dépasse un certain seuil, et abaisser la température de départ permet de repousser ce déclin. Les modalités sont multiples : application locale, cryothérapie corps entier, immersion, packs réfrigérants ou ingestion de glace pilée. Le bénéfice est le plus net en endurance et en ambiance chaude, d’autant plus marqué que la consommation maximale d’oxygène (VO2max) de l’athlète est élevée.

Pour le hockey, qui relève de l’effort intermittent avec sprints répétés, les données sont décevantes : plusieurs études sont négatives et les rares effets positifs sont minimes. Un essai sur joueurs de hockey soumis à des sprints répétés en ambiance chaude, gilet réfrigérant porté, ne retrouve aucune différence de travail total, de puissance, de fréquence cardiaque, de lactate ni de perception de l’effort. L’ingestion de glace pilée paraît la plus efficace mais est mal tolérée. Le message complémentaire concerne le réchauffement : maintenir une activité légère pendant la pause, plutôt que le seul refroidissement, limite la baisse de performance observée en début de seconde période, soulignant que l’éducation du sportif à une récupération fonctionnelle raisonnée prime sur le choix d’une technique isolée.

Synthèse pour le médecin référent : prescrire le froid au bon escient

La hiérarchie des preuves invite à des recommandations sobres. L’application locale de glace garde une indication antalgique claire, pour moins de 10 minutes et suivie d’un réchauffement avant la reprise. La cryothérapie corps entier et l’immersion en eau froide n’apparaissent pas dangereuses et exercent un effet réel mais limité sur la douleur et sur la perception de récupération, sans bénéfice démontré sur la récupération fonctionnelle ni sur la force. Le pré-cooling et le per-cooling n’ont pas d’intérêt établi dans les efforts intermittents du hockey, leur place se limitant à l’endurance en environnement chaud.

Cette littérature reste fragile, dominée par des protocoles disparates, de petits effectifs et un suivi quasi inexistant des effets secondaires comme des conséquences à long terme. Le rôle de la composante placebo est constant et ne doit pas être négligé : si une modalité n’est pas délétère et que l’athlète y adhère, elle peut être encouragée à condition de ne pas pénaliser la performance immédiate. Pour le confrère, l’attitude consiste à calibrer la durée et le moment de l’application, à respecter les contre-indications cardio-respiratoires de la cryochambre, et à intégrer le réchauffement actif dans une stratégie globale de récupération plutôt qu’à attendre du froid un effet spectaculaire qui n’est pas documenté.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Hockey sur glace

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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