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- L’eau libre: la côté obscur de la natation
L’épaule du nageur de haut niveau en eau libre : histoire naturelle d’une tendinopathie et cascade thérapeutique jusqu’à l’arthroscopie
- Swann Oberson
- Épaule du nageur : pathologie de surcharge du geste répétitif
- Conflit sous-acromial et tendinopathie sur épaule dominante
- Histoire naturelle d’une douleur chronique tolérée sur cinq saisons
- Gestion de la douleur selon la charge d’entraînement et le calendrier sportif
- Timing de la décision chirurgicale chez l’athlète de haut niveau
- Physiothérapie, exercices avec bande élastique et acupuncture
- Anti-inflammatoires et infiltration
- Plasma riche en plaquettes (PRP)
- Arthroscopie avec acromioplastie
- Identifier précocement le nageur à risque de tendinopathie d’épaule
- Doser la prise en charge selon la douleur et le volume d’entraînement réel
- Considérer la douleur nocturne comme un signal d’alerte à réévaluer
- Caler le geste chirurgical sur la fin de saison pour préserver la performance
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Swann Oberson, symposium médico-sportif, 2018
La natation passe pour un sport doux, à faible composante d’impact, ce qui masque la principale pathologie de surcharge qui en découle : l’épaule du nageur. L’exposé retrace, depuis l’expérience d’une nageuse de haut niveau spécialiste de l’eau libre, la trajectoire d’une douleur d’épaule droite chronique installée dès 2007 et tolérée jusqu’aux Jeux de 2012, avant une prise en charge chirurgicale différée. Pour le médecin référent, cette situation illustre la gestion au long cours d’une tendinopathie de l’épaule dominante sur un geste répétitif à très haut volume, où la décision opératoire se heurte au calendrier de performance. Elle rappelle aussi la cascade conservatrice habituelle, de la physiothérapie à l’infiltration et au plasma riche en plaquettes, et la place de l’arthroscopie avec acromioplastie une fois la saison sportive achevée.
La natation, sport doux à forte sollicitation de l'épaule
La natation est volontiers décrite comme un sport doux, à faible composante de choc, ce qui se vérifie sur le plan ostéo-articulaire global. L’eau libre y ajoute des contraintes propres : distances officielles de cinq, dix ou vingt-cinq kilomètres, courses olympiques de dix kilomètres parcourues en environ deux heures, conditions changeantes de température, de courant et de vagues qui imposent une adaptation permanente. Cette pratique mobilise un volume d’entraînement considérable, réalisé en très grande majorité en bassin, de l’ordre de plusieurs milliers de kilomètres par saison, avec des semaines pouvant dépasser cent kilomètres.
Cette apparente innocuité dissimule la principale conséquence orthopédique de la discipline : la sollicitation répétée de l’épaule, articulation motrice du geste de nage. Sur un mouvement répétitif maintenu à très haut volume, l’épaule dominante devient le site d’usure privilégié. Le médecin référent retiendra que le faible taux global de blessures en natation ne doit pas faire sous-estimer le risque de pathologie de surcharge sur la ceinture scapulaire, qui constitue ici le point faible attendu.
Le geste répétitif comme mécanisme d'usure scapulaire
Le mouvement de nage est par nature cyclique et répété des milliers de fois par séance, sans phase de décharge comparable à celle des sports portés. Le recours fréquent aux palmes, plaquettes et pull-buoy, présenté comme un moyen de mieux tolérer le volume et de diversifier le travail, traduit en creux la nécessité de gérer la charge musculaire et tendineuse pour rendre supportable un tel kilométrage. Ces outils modulent la sollicitation, mais n’annulent pas la répétition du geste sur l’épaule dominante.
Sur ce terrain de surmenage, l’athlète se décrit elle-même comme appartenant à une catégorie à risque pour ce type de blessure, la douleur d’épaule étant apparue concomitamment à l’augmentation du volume de nage. Ce profil correspond à la tendinopathie d’effort de l’épaule du nageur, mise en lien avec un conflit sous-acromial dans le contexte de la présentation. Pour le confrère, le lien chronologique entre intensification de l’entraînement et installation de la douleur constitue un repère diagnostique simple et reproductible.
Une douleur chronique tolérée sur plusieurs saisons
La particularité de ce cas tient à la durée d’évolution : la douleur d’épaule droite est présente dès 2007 et tolérée sans interruption jusqu’aux Jeux de 2012, soit sur cinq saisons de haut niveau. L’athlète indique n’avoir jamais arrêté de nager pour cette raison, hormis de très brefs essais de mise au repos en tout début d’évolution, dont elle conclut qu’ils ne modifiaient pas la symptomatologie. Cette absence de bénéfice du repos isolé est un point clinique notable d’une tendinopathie installée.
L’aggravation se marque par l’apparition de douleurs nocturnes invalidantes dans les derniers mois précédant les Jeux, réveillant l’athlète et gênant le positionnement au lit. Pour le médecin référent, ce passage d’une douleur d’effort à une douleur de repos et nocturne représente un signe d’alerte classique, témoignant d’une réaction inflammatoire active. Ce virage symptomatique justifie une réévaluation et oriente vers la discussion d’une prise en charge plus agressive.
La cascade conservatrice menée jusqu'à ses limites
La prise en charge a suivi une escalade progressive et étalée dans le temps, conforme à la logique de première intention. Elle a débuté par la physiothérapie et des exercices avec bande élastique, puis l’acupuncture, sans arrêt de l’entraînement. Devant la persistance des douleurs, le traitement s’est intensifié vers les anti-inflammatoires, puis l’infiltration et le plasma riche en plaquettes (PRP), dans les deux années précédant l’échéance olympique. Cette séquence illustre l’arsenal conservateur déployé avant d’envisager le geste chirurgical.
Le principe de gestion retenu était une adaptation au jour le jour, indexée sur la douleur et la charge du moment, en alternant les modalités selon l’intensité des symptômes. Cette stratégie de modulation, plutôt que d’arrêt, a permis de maintenir la pratique de haut niveau au prix d’une douleur persistante. Pour le confrère qui assure le suivi de première ligne, elle souligne l’intérêt d’un pilotage souple de la prise en charge chez le sportif, où l’objectif est de contenir les symptômes sans compromettre l’échéance compétitive.
Le timing de la chirurgie chez l'athlète de haut niveau
La question opératoire a été abordée environ deux ans avant les Jeux, mais l’intervention a été délibérément différée. L’athlète indique que la chirurgie n’était pas envisageable avant l’échéance olympique, le choix ayant été fait de gérer la blessure par les moyens conservateurs jusqu’au terme de la saison de performance. Ce report assumé met en lumière l’arbitrage propre au sportif de haut niveau, où la décision chirurgicale s’inscrit dans un calendrier de compétition et non dans la seule logique symptomatique.
L’intervention a été réalisée après les Jeux, sous la forme d’une arthroscopie avec acromioplastie, geste cohérent avec un conflit sous-acromial. Le caractère mini-invasif de l’arthroscopie a autorisé une reprise compétitive, l’athlète ayant de nouveau nagé en Coupe du monde la saison suivante avec un niveau jugé correct. Pour le médecin référent, ce déroulement rappelle que la fenêtre de fin de saison constitue le moment privilégié pour proposer le geste, en préservant la performance puis en permettant la récupération fonctionnelle.
Repères pour le médecin référent dans le suivi du nageur
Pour le confrère qui suit un nageur de compétition, plusieurs repères se dégagent de cette trajectoire. L’apparition d’une douleur d’épaule contemporaine d’une augmentation du volume oriente vers une pathologie de surcharge, et l’inefficacité du repos isolé ne doit pas faire récuser le diagnostic. La survenue de douleurs nocturnes signe un palier évolutif justifiant une réévaluation et l’intensification de la prise en charge, par anti-inflammatoires puis infiltration ou plasma riche en plaquettes en cas d’échec.
L’adressage vers le spécialiste se discute lorsque la cascade conservatrice est épuisée et que le retentissement, notamment nocturne, devient invalidant. La décision opératoire doit alors intégrer le calendrier sportif, le geste arthroscopique avec acromioplastie pouvant être programmé en fin de saison pour ne pas compromettre la performance, avec une perspective de reprise fonctionnelle satisfaisante. Le bilan transmis gagnera à préciser l’ancienneté des symptômes, leur caractère nocturne et l’historique des traitements déjà conduits.
Type de vidéo
Symposium médico-sportif
Thème de l'évènement
Natation
Intervenants
Swann Oberson
Partie du corps
Épaule
Maladies
Année
2018
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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