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  • Football: individualité et collectif, quel équilibre?

Dimension psychologique de la blessure sportive : prévenir, accompagner, évaluer le retour au sport

  • Ophélie Schneider
  • Définition et champ de la psychologie du sport
  • Vécu de la blessure : versant négatif et versant d’opportunité
  • Prévention et récupération mentale avant la blessure
  • Accompagnement pendant la blessure et constat des progrès
  • Retour au sport et anxiété de re-blessure
  • Préparation et récupération mentale : relaxation, respiration, méditation, visualisation positive
  • Imagerie mentale du geste sportif pendant l’immobilisation
  • Accompagnement psychologique structuré et redéfinition des objectifs
  • Évaluation du ressenti par échelle validée pour le retour au sport
  • Poser des questions simples et régulières sur la vie de l’athlète, hors du seul champ de la blessure
  • Repérer les signaux avertisseurs même en l’absence de lésion objectivable
  • Aider l’athlète à constater ses progrès, même minimes, pour soutenir la progression
  • Construire un consensus pluridisciplinaire sur la définition du retour au sport et évaluer la perception de l’athlète

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Ophélie Schneider, symposium médico-sportif, 2019

La prise en charge de l’athlète blessé ne se limite pas à la réparation tissulaire et à la rééducation fonctionnelle : elle comporte une dimension psychologique constante, du signe avertisseur précédant la lésion jusqu’à l’anxiété de re-blessure conditionnant le retour au sport. Cette mise au point, destinée au médecin référent et aux soignants du sportif, rappelle ce qu’est la psychologie du sport, comment la blessure peut être vécue, et comment structurer l’accompagnement selon trois temps : avant, pendant, après. Le fil conducteur est la corrélation entre facteurs psychologiques, émotions et performance, dans les deux sens. L’enjeu pratique est de repérer précocement les signaux faibles, d’évaluer le ressenti de l’athlète et de coordonner les acteurs autour d’une définition partagée du retour au sport.

Psychologie du sport : champ d'action et logique d'intervention

La psychologie du sport applique au sport et à l’activité physique les principes de la psychologie, le plus souvent dans le but d’améliorer la performance. Elle étudie l’effet des facteurs psychologiques et émotionnels sur la performance, mais aussi l’influence réciproque de la pratique sportive sur ces facteurs : les émotions agissent sur la performance et la performance agit sur les émotions. Cette bidirectionnalité justifie qu’elle ne soit pas reléguée au second plan, que le sportif soit amateur ou professionnel, car ces aspects font partie intégrante de la pratique et ne peuvent être mis de côté.

Le champ d’intervention déborde la seule préparation mentale. Il englobe l’optimisation de la performance chez un athlète sans problème identifié, la restauration de la performance lorsqu’un écart apparaît entre entraînement et compétition, et l’épanouissement global de l’athlète, en explorant les différentes sphères de sa vie : école, famille, travail, relations avec l’entraîneur et les coéquipiers. Lorsque des problématiques plus profondes émergent, telles qu’addiction au sport, dépression, troubles anxieux ou troubles du comportement alimentaire, la collaboration avec un psychothérapeute extérieur devient nécessaire. Pour le référent, retenir que bien-être et performance sont indissociables oriente l’attention vers ces sphères périphériques souvent négligées.

Les aspects psychologiques dans le sport, qu'il soit amateur ou professionnel, ne peuvent pas être mis de côté, parce qu'ils sont là et qu'ils font partie du sport.

Le double visage de la blessure : perte et opportunité

La blessure peut être vécue sur un versant négatif, fait de pertes successives : perte de capacité physique, perte des objectifs, perte d’autonomie et de liberté, perte d’intégration au groupe et perte d’accès au support émotionnel. Ce cumul peut engendrer des émotions très négatives, déprime, colère, frustration, voire un épisode dépressif. Reconnaître cette trajectoire est essentiel pour le soignant, car l’athlète isolé, démotivé et en perte de confiance s’engage dans une convalescence d’autant plus difficile que ce vécu n’est pas entendu.

À l’inverse, la blessure peut paradoxalement constituer une opportunité. Dans un contexte de trop-plein sportif et d’épuisement non entendu, un arrêt, même imposé par une lésion bénigne telle qu’une tendinopathie, peut autoriser un repos salutaire et permettre un retour à la compétition motivé, avec un plaisir retrouvé. La blessure peut aussi signer autre chose : des douleurs chroniques sans substrat objectivable à l’imagerie, examens et IRM normaux, doivent faire évoquer un mal-être sous-jacent, des difficultés relationnelles ou un éloignement familial mal vécu. Ces signaux méritent d’être pris en compte, car l’absence de lésion ne signifie pas l’absence de souffrance.

Avant la blessure : signaux avertisseurs et récupération mentale

Les interventions psychologiques peuvent avoir un impact positif sur la survenue des blessures. Le stress et les émotions négatives augmentent le risque lésionnel : la tension génère des raideurs musculaires propices aux blessures, et les préoccupations extra-sportives réduisent le faisceau attentionnel, dégradant la lecture du jeu et favorisant la prise de risque. Agir en prévention sur le stress et les émotions négatives a donc un intérêt direct. Connaître son athlète et lui poser des questions simples sur sa famille, son école et ses coéquipiers fournit des indications précieuses sur ce qu’il traverse.

Les signaux avertisseurs sont souvent verbalisés, de manière peu explicite : fatigue, jambes faibles, démotivation, perte d’envie d’aller à l’entraînement ou à l’école. La difficulté tient à ce que, dans le milieu sportif, ce ressenti n’est pas entendu en l’absence de blessure objectivée et d’arrêt médical. Mieux accompagner et appuyer ce ressenti constitue une marge de progression réelle. La prévention passe par une récupération non seulement physique mais aussi mentale, à instaurer tout au long de la saison et non en fin de parcours : relaxation, exercices de respiration, méditation et visualisations positives, dispensés régulièrement, par exemple sous forme de relaxations guidées.

Pendant la blessure : mobilisation initiale et constat des progrès

Au moment du diagnostic, la mobilisation est maximale : la blessure est visible, elle est prise en charge, l’athlète se sent entouré, écouté et soigné. Le rôle clé du soignant est alors d’aider l’athlète à constater ses progrès, car la blessure peut être très mal vécue, avec isolement, perte de confiance et démotivation à mesure que le temps s’allonge. Objectiver l’amélioration, qu’il s’agisse d’une amplitude articulaire en physiothérapie ou d’un autre repère mesurable, est très constructif pour la progression et, in fine, pour le retour au sport.

L’accompagnement structuré suppose de revenir sur la blessure, de faire parler l’athlète de ce qu’il a vécu et de redéfinir des objectifs réalistes, fût-ce le simple fait de retrouver des sensations. Chez un athlète traumatisé après deux interventions du ligament croisé du genou, ce travail de mise en mots est un préalable au reste de la prise en charge. Un travail de pleine conscience et de méditation sur le rapport au corps et la confiance aide ensuite l’athlète à explorer ses sensations et ses limites, à mesurer jusqu’où une gêne résiduelle reste acceptable, sans nier qu’un corps deux fois opéré ne sera pas tout à fait celui d’avant.

Dans 50 % des cas de non-retour au sport, c'est dû à des facteurs psychologiques ; il faut donc le travailler.

Imagerie mentale et maintien du lien collectif durant l'immobilisation

L’imagerie mentale occupe une place centrale durant l’immobilisation. Les réseaux neuronaux sollicités lorsqu’on imagine un geste sont les mêmes que lors de son exécution réelle ; pratiquer son sport mentalement peut donc accélérer la récupération du niveau dès qu’un retour est possible. Cette technique, déjà connue pour la préparation d’une compétition, d’un penalty ou d’un coup franc, garde tout son intérêt pendant la blessure, lorsque le geste ne peut plus être exécuté physiquement.

Le maintien du lien d’appartenance au collectif complète ce travail individuel. Conserver une participation à la vie de l’équipe sous une autre forme, préparation de la feuille de match avec l’entraîneur, rangement du matériel, présence aux événements du club, observation des coéquipiers, préserve l’intégration que la blessure menace. Cette implication contre l’isolement, l’un des facteurs aggravant le vécu négatif de la convalescence, et entretient la motivation jusqu’au retour effectif sur le terrain.

Retour au sport : consensus, anxiété de re-blessure et évaluation du ressenti

Le retour au sport soulève des questions récurrentes pour l’athlète : sera-t-il de nouveau à son niveau, encore utile, et ne risque-t-il pas de se re-blesser ? L’anxiété de re-blessure pèse lourd, puisque dans la moitié des cas de non-retour au sport, des facteurs psychologiques sont en cause. Cette dimension doit donc être travaillée activement. La première étape est d’établir un consensus sur la définition même du retour au sport, qui diffère selon les acteurs : retrouver des sensations et une participation pour l’athlète, éviter de nouvelles blessures pour le médecin du sport, recouvrer une performance pour l’entraîneur.

Une fois cette définition partagée, des débriefings réguliers permettent de suivre la trajectoire. L’évaluation du ressenti de l’athlète est déterminante, car un feu vert médical ne signifie pas que l’athlète se sente prêt. Des échelles validées existent, notamment l’ACLRSI pour le ligament croisé antérieur (LCA), explorant les émotions liées au retour, la confiance dans la performance et l’appréhension du risque. Le simple fait d’évaluer la perception de l’athlète constitue déjà un excellent indicateur. Pour le référent, la conclusion pratique est claire : la qualité de la relation, l’écoute et des questions simples posées au quotidien, dans un cadre où la pression est moindre que face à l’entraîneur, libèrent une parole essentielle et mobilisent les compétences de chacun autour du sportif.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Football

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2019

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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