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Conflit postérieur de cheville et jonction myotendineuse basse du long fléchisseur de l’hallux : deux observations

  • Dr Ronny Lopes
  • Conflit postérieur de cheville et os trigone chez le sportif
  • Ténosynovite du long fléchisseur de l’hallux
  • Jonction myotendineuse basse du FHL et nodule tendineux
  • Démarche d’indication chirurgicale et corrélation clinico-radiologique
  • Arthroscopie postérieure de cheville et voies d’abord
  • Arthroscopie postérieure de cheville par voies postérolatérale et postéromédiale
  • Section du ligament talocalcanéen postérieur et exérèse de la vincula
  • Libération du long fléchisseur de l’hallux et section du rétinaculum proximal
  • Rééducation immédiate dès le premier jour postopératoire
  • Ne poser l’indication chirurgicale que si plainte, examen clinique et imagerie coïncident
  • Compléter l’imagerie par résonance magnétique par une échographie en cas de blocage inexpliqué
  • Considérer le blocage mécanique comme le critère décisionnel d’une jonction myotendineuse basse
  • Rééduquer sans délai après arthroscopie postérieure pour prévenir l’arthrofibrose

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Ronny Lopes, congrès Medicol, 2023

La douleur postérieure de cheville du sportif et du danseur recouvre des entités dont la frontière reste floue, du syndrome de conflit postérieur sur os trigone à l’atteinte du long fléchisseur de l’hallux (FHL, flexor hallucis longus). Deux observations illustrent ici la difficulté à corréler la plainte, l’examen clinique et l’imagerie, et à dégager une indication chirurgicale cohérente. La première oppose un tableau de conflit postérieur radiologiquement plausible à un examen clinique muet ; la seconde révèle, derrière des blocages mécaniques chroniques, une jonction myotendineuse basse et un nodule tendineux que l’imagerie de coupe avait sous-estimés. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la démarche d’indication, les pièges de l’imagerie isolée et la place du blocage mécanique comme critère décisionnel.

Premier cas : un conflit postérieur sans traduction clinique

Une footballeuse professionnelle de 18 ans, sans antécédent et non fumeuse, se plaignait d’une douleur reproduite à chaque frappe du ballon en flexion plantaire forcée. Deux infiltrations postérieures n’avaient apporté qu’un soulagement transitoire de trois semaines, suivi de récidive. L’histoire évoquait d’emblée un conflit postérieur, mais l’examen clinique, conduit en décubitus ventral pour mieux apprécier la mobilité et le bilan ligamentaire à deux doigts, restait normal : ni douleur provoquée au conflit postérieur, ni laxité au tiroir antérieur ou au talar tilt. La radiographie de profil montrait un processus postérieur du talus un peu long, et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) retrouvait un épanchement dans la gaine du FHL, signe dont la valeur pathologique propre est discutable.

Cette discordance pose le problème de fond de l’indication. Pour qu’une chirurgie soit légitime, la plainte du patient doit coïncider avec l’examen clinique et l’examen paraclinique, sans alternative thérapeutique disponible, et le patient doit valider le geste. Ici, l’absence de signe clinique au conflit postérieur contrastait avec une imagerie évocatrice, plaçant le praticien dans une situation d’incertitude. La décision opératoire, prise collégialement en staff, illustre la limite d’un raisonnement fondé sur la seule imagerie lorsque la corrélation clinique fait défaut.

Pour poser une indication chirurgicale, il faut que la plainte du patient coïncide avec l'examen clinique et l'examen paraclinique, que je n'aie aucune autre solution à proposer, et que le patient valide la chirurgie.

Technique d'arthroscopie postérieure et constatations peropératoires

L’arthroscopie postérieure de cheville repose sur des voies d’abord codifiées, postérolatérale et postéromédiale symétriques, visant la première commissure. En formant un angle de quatre-vingt-dix degrés juste sous le tendon, on protège le paquet vasculonerveux lors du balayage vers l’avant. Le ligament talocalcanéen postérieur, dont le rôle anatomique reste mal établi, est sectionné en premier lieu, ce qui donne accès au processus postérieur du talus. Celui-ci se révélait très mobile, confirmant l’image radiologique, alors même qu’il était resté asymptomatique à l’examen, situation paradoxale pour une zone habituellement très sensible.

En descendant dans la gouttière, on retrouvait une inflammation synoviale autour du FHL et une formation de type vincula, dont le caractère physiologique ou pathologique reste indéterminé. Cette vincula a été sectionnée et le tendon libéré, sans certitude sur l’utilité réelle du geste. La joueuse a repris l’activité après un mois et demi, sans récidive douloureuse postérieure, mais l’attribution de ce résultat à un élément précis du geste demeure impossible à établir. Ce cas illustre la difficulté à isoler le déterminant lésionnel lorsque plusieurs anomalies coexistent sans hiérarchie clinique claire.

Ténosynovite du FHL et os trigone : l'œuf ou la poule

La relation entre ténosynovite du FHL et syndrome douloureux postérieur sur os trigone est volontiers présentée comme inconstante. L’expérience rapportée ici va dans le sens contraire : chez les patients opérés d’un os trigone comme chez les sportifs, une ténosynovite du FHL était retrouvée de façon systématique. Cette association constante pose la question de la chronologie causale, sans qu’il soit possible de trancher entre un phénomène primitif et une conséquence secondaire du conflit postérieur.

Cette constatation invite à la prudence dans l’interprétation des constatations peropératoires. Un épaississement synovial ou une vincula peut participer à la vascularisation locale de la synoviale sans traduire une synovite floride, le tendon pouvant rester par ailleurs parfaitement calme. La tentation de réaliser un geste de libération « dans le doute » se heurte alors à l’absence de bénéfice démontré, et impose de garder à l’esprit que toute anomalie morphologique n’est pas nécessairement symptomatique.

Second cas : blocages chroniques et imagerie de coupe prise en défaut

Une fleuriste et danseuse de 27 ans, hyperlaxe, non fumeuse, présentait depuis cinq ans des douleurs et des blocages postérieurs de cheville, notamment en demi-pointe, très invalidants malgré de multiples prises en charge. L’IRM, relue comme normale par l’équipe de radiologie, n’apportait pas d’argument. Devant le caractère mécanique et caractéristique des blocages, une échographie réalisée par un radiologue dédié à l’appareil ostéo-articulaire a redressé le diagnostic en objectivant une jonction myotendineuse basse du FHL. Cette séquence illustre la complémentarité de l’échographie lorsque l’imagerie de coupe statique reste muette face à un tableau mécanique évocateur.

Au bloc opératoire, la mobilisation de l’hallux montrait que la poulie rétro-talienne n’était pas en cause : le conflit siégeait plus haut, un rétinaculum empêchant le tendon de descendre, à la manière d’un tendon bicipital bloqué dans sa gouttière. Après libération proximale, le tendon redescendait mais apparaissait hypertrophié sur une zone très localisée, évoquant davantage un nodule sur ancienne déchirure tendineuse qu’une simple jonction myotendineuse basse. Cette distinction n’est pas anodine, car elle rapproche le tableau des nodules tendineux décrits chez les danseurs, longtemps traités par ténolyse à ciel ouvert poussée jusqu’au nœud de Henry.

Toutes les arthroscopies postérieures, je les rééduque tout de suite, dès le premier jour, de façon à ce que ça ne colle pas.

Jonction myotendineuse basse : variante anatomique ou source de conflit

La jonction myotendineuse basse du FHL reste une entité aux contours imprécis. Une série anatomique de soixante-deux chevilles, prenant pour repère la partie la plus inférieure du pilon tibial, retrouvait un ventre musculaire bas dans environ deux tiers des cas, toujours au dépens du ventre latéral, alors que d’autres travaux plus anciens n’en rapportaient aucun. Cette discordance majeure dans la littérature empêche de conclure sur sa fréquence réelle et sur son caractère systématiquement symptomatique, et soulève la question pratique de la conduite à tenir lorsque le compte rendu mentionne une jonction myotendineuse basse.

Le critère décisionnel retenu n’est pas la présence de fibres musculaires descendant dans la gouttière, observée chez de nombreux patients asymptomatiques, mais le soulèvement du rétinaculum ou le blocage mécanique franc. En l’absence de blocage, l’indication chirurgicale n’est pas retenue. Des travaux complémentaires, fondés sur des tests de stress corrélés à l’aspect IRM de la jonction et à la largeur du muscle sur les coupes axiales, suggèrent que la distance entre la partie la plus basse du muscle et la poulie est associée à la positivité du test, piste à confirmer sur de plus grands effectifs.

Repères pour le médecin référent : indication, geste et rééducation

Ces deux observations rappellent au confrère que l’indication chirurgicale dans la douleur postérieure de cheville ne se déduit pas d’une image isolée. La règle de cohérence entre plainte, examen clinique et examen paraclinique reste centrale, et un examen clinique normal doit faire suspendre la décision même devant une imagerie évocatrice. Pour le bilan de première ligne, le blocage mécanique reproductible, en particulier en demi-pointe chez le danseur, est un signe d’appel fort justifiant l’adressage, et l’échographie mérite d’être demandée lorsque l’IRM est normale alors que la clinique évoque un obstacle au glissement tendineux.

Sur le plan technique, la philosophie reste minimaliste : l’objectif est de lever le blocage, sans certitude qu’un geste tendineux complémentaire de réduction du volume apporte un bénéfice supplémentaire. La rééducation, en revanche, est un point ferme : après arthroscopie postérieure, la mobilisation est débutée dès le premier jour pour prévenir l’arthrofibrose, complication redoutée dont une observation de saison blanche chez un jeune basketteur professionnel rappelle la gravité. Cette précocité de la mobilisation constitue un message simple et transposable pour la prise en charge postopératoire de proximité.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Hallux Limitus Fonctionnel: un nouveau paradigme

Intervenants

Dr Ronny Lopes

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2023

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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