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Examen clinique de l’articulation fémoro-patellaire : trois syndromes à distinguer

  • Dre Coraline Zhiti
  • Anamnèse de la douleur antérieure de genou : signe du cinéma, instabilité, craquements
  • Examen palpatoire et dynamique de la rotule : facettes, engagement, tracking
  • Test d’appréhension, signe du J et signe du rabot
  • Ruptures de l’appareil extenseur et test de l’extension active
  • Bilan d’imagerie : radiographie, IRM, scanner torsionnel et distance TA-GT
  • Examen clinique méthodique et bilan radiographique standard face, profil et axial à 30 degrés
  • Imagerie par résonance magnétique et scanner avec mesures de torsion fémoro-tibiale
  • Trochléoplastie et gestes de stabilisation de la rotule
  • Prothèse unicompartimentale fémoro-patellaire
  • Faire préciser le caractère mécanique ou inflammatoire et rechercher le signe du cinéma à l’interrogatoire
  • Localiser la douleur palpatoire : facette médiale évoquant l’instabilité, facette externe le conflit dégénératif
  • Demander un bilan en charge du membre inférieur et apprécier le morphotype global, comme le rappelle le docteur Vallotton
  • Rattacher chaque tableau à l’un des trois syndromes avant d’orienter vers la chirurgie

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dre Coraline Zhiti, Lunch Meetings, 2025

La douleur antérieure de genou est un motif de consultation fréquent, particulièrement chez le sujet jeune et sportif, et recouvre des situations cliniques très différentes. Avant toute imagerie, l’anamnèse et un examen clinique méthodique de l’articulation fémoro-patellaire orientent le diagnostic et hiérarchisent les examens complémentaires. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle les éléments d’interrogatoire, les manœuvres palpatoires et dynamiques de la rotule, puis la place de la radiographie, de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et du scanner avec mesures torsionnelles. Elle propose enfin une grille de lecture en trois grands syndromes, le syndrome rotulien, l’instabilité rotulienne et l’arthrose fémoro-patellaire, qui structure la prise en charge et la décision d’adressage.

De l'interrogatoire à l'hypothèse diagnostique

L’anamnèse occupe une place centrale dans la douleur antérieure de genou, souvent chez un sujet jeune. La douleur péri-patellaire, parfois décrite comme circonférentielle autour de la rotule, doit d’abord être qualifiée d’horaire mécanique ou inflammatoire. Le signe du cinéma, douleur apparaissant après une position assise prolongée genou fléchi, est évocateur d’une souffrance fémoro-patellaire. On recherche également les circonstances déclenchantes mécaniques, en particulier la montée et la descente des escaliers, qui sollicitent électivement cette articulation.

L’interrogatoire précise ensuite la présence de signes d’instabilité, le patient rapportant la sensation que la rotule peut sortir ou un manque de stabilité, ainsi que des craquements associés et leur éventuel rythme par l’activité sportive. Un antécédent traumatologique doit être documenté, notamment un épisode de luxation, souvent déjà réduit lorsque le patient consulte. Ces éléments fonctionnels orientent d’emblée vers l’un des trois grands tableaux et conditionnent la suite de l’examen ainsi que le choix des examens complémentaires.

Il faut toujours tester l'extension active dans les cas de rupture de l'appareil extenseur, et la réaliser en position assise, car en position allongée la bandelette ilio-tibiale peut conserver une extension du genou malgré la rupture.

Ruptures de l'appareil extenseur et test de l'extension active

La traumatologie de l’appareil extenseur impose une analyse précise. Lors d’une luxation, la rotule se déplace vers l’extérieur et sa facette médiale vient heurter le condyle fémoral externe, ce qui rend compte des douleurs médiales secondaires. Une rupture du tendon quadricipital se traduit par un abaissement de la rotule, avec une dépression sus-patellaire palpable, tandis qu’une rupture du tendon rotulien s’accompagne au contraire d’une ascension de la rotule. Ces déplacements sont bien visibles sur la radiographie.

Devant toute suspicion de rupture de l’appareil extenseur, il faut systématiquement tester l’extension active, et la réaliser en position assise. L’épreuve en position allongée est trompeuse, car le maintien de la bandelette ilio-tibiale peut conserver une extension du genou malgré la rupture et masquer le déficit. Cette précaution simple évite de méconnaître une lésion qui relève d’une prise en charge sans délai et conditionne l’orientation immédiate du patient.

Tendinopathie rotulienne et palpation des facettes articulaires

La tendinopathie rotulienne, ou jumper’s knee, se rencontre typiquement chez le jeune sportif, notamment au basketball et au volleyball. Le signe caractéristique consiste à palper l’insertion du tendon rotulien sur la pointe de la rotule, ce qui reproduit une douleur élective majorée par l’extension de la jambe et qui disparaît en flexion du genou. L’examen peut être complété par une IRM, qui objective un hypersignal au niveau de l’insertion du tendon rotulien et confirme l’atteinte tendineuse.

La palpation des facettes articulaires oriente finement le diagnostic. La rotule est mobilisée pour exposer chaque facette : une douleur de la facette médiale fait évoquer une instabilité ou un antécédent de luxation, le mécanisme rappelant que la facette médiale vient heurter le condyle externe lors du déplacement latéral, avec possible déchirure du ligament fémoro-patellaire médial. À l’inverse, une douleur de la facette externe oriente plutôt vers un conflit ou un syndrome arthrosique fémoro-patellaire. La mobilité patellaire est également quantifiée en testant le déplacement médial ou latéral de la rotule en nombre de quadrants.

Tests dynamiques de l'instabilité : engagement, appréhension et signe du J

L’instabilité rotulienne s’explore par des manœuvres dynamiques ciblées. L’engagement rotulien rend compte de la dysplasie trochléenne : lorsque la trochlée présente un relief en marche d’escalier, la rotule doit franchir cet obstacle pour se recentrer dans son trajet, ce qui constitue un signe en faveur de la dysplasie. Le test d’appréhension consiste à imprimer une translation latérale de la rotule, genou en légère flexion vers 30 degrés ; il est positif lorsque le patient, redoutant une nouvelle luxation, interrompt activement la manœuvre par appréhension.

Le suivi du tracking patellaire complète cette évaluation : la rotule doit se centrer harmonieusement dans la trochlée au cours de la flexion-extension, sans ressaut. Le signe du J, ou J-sign, traduit une ascension associée à une translation latérale de la rotule lors du mouvement, témoin d’une instabilité. L’ensemble de ces tests dynamiques, confronté à l’anamnèse, permet de poser l’hypothèse d’instabilité avant de la confirmer par le bilan d’imagerie.

En clair, il y a trois grands syndromes à retenir : le syndrome rotulien, l'instabilité rotulienne et l'arthrose fémoro-patellaire dégénérative.

Examens complémentaires : radiographie, IRM et scanner torsionnel

Le bilan radiologique standard comporte des clichés de face, de profil et une incidence axiale de rotule à 30 degrés de flexion. Il est complété par une évaluation en charge du membre inférieur, comme le souligne le docteur Vallotton, afin d’apprécier le morphotype global du patient. Cette analyse en charge replace la souffrance fémoro-patellaire dans le contexte de l’axe et de la statique du membre, étape indispensable avant toute décision.

L’IRM précise les lésions ostéochondrales, les séquelles de luxation, une rupture du ligament fémoro-patellaire médial ou une atteinte du cartilage rotulien. Le scanner du membre inférieur prend toute sa valeur dans le bilan d’instabilité : il mesure les torsions fémorale et tibiale ainsi que la distance entre la tubérosité tibiale antérieure et la gorge trochléenne, paramètres qui guident l’indication chirurgicale. La confrontation systématique de ces données à la clinique permet d’orienter au mieux la prise en charge.

Trois syndromes à retenir pour structurer la prise en charge

Le syndrome rotulien associe des douleurs antérieures chez l’enfant ou le jeune sportif, avec un signe du cinéma typique après position assise prolongée. Son étiologie est multifactorielle, à la fois anatomique, biomécanique et liée aux activités sportives, sans substrat lésionnel retrouvé au bilan. L’instabilité rotulienne, elle, repose sur le test d’appréhension et le signe de l’engagement ; le bilan complémentaire met généralement en évidence une dysplasie trochléenne, classée selon Dejour, et une analyse de la hauteur rotulienne. Selon le stade, une intervention de stabilisation, voire une trochléoplastie, peut être indiquée pour corriger l’anomalie.

Le troisième tableau est dégénératif : l’arthrose fémoro-patellaire concerne des patients plus âgés, avec des douleurs antérieures d’horaire mécanique, des craquements et un signe du rabot positif, la rotule étant appliquée contre la trochlée lors de la flexion pour reproduire les crépitements. La radiographie confirme l’arthrose fémoro-patellaire, qui peut relever d’une prothèse unicompartimentale, geste évoqué par le docteur Sadoghi. Au total, une seule articulation porte plusieurs pathologies : un examen clinique minutieux, complété par une analyse globale du patient incluant la marche et le morphotype, oriente le diagnostic et permet une prise en charge optimale.

Type de vidéo

Lunch meeting

Thème de l'évènement

Conférence-atelier sur la fémoro-patellaire

Intervenants

Dre Coraline Zhiti

Partie du corps

Genou

Maladies

Année

2025

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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