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  • Entre sédentarité et activité physique: choix, obligation ou plaisir?

Sédentarité et activité physique : repères pour la prescription du mouvement en première ligne

  • Dr Vincent Chollet
  • Sédentarité comme facteur de risque cardiovasculaire et coût sanitaire
  • Déclin physiologique avec l’âge : systèmes nerveux, cardio-respiratoire et musculaire
  • Relation dose-effet et bénéfice maximal chez le sujet sédentaire
  • Activité physique en charge, arthrose radiologique et symptômes cliniques
  • Seuil de perte d’autonomie et prévention du risque de chute
  • Prescription d’activité physique régulière et de l’exercice raisonné
  • Physiothérapie d’entretien dans l’arthrose de hanche et de genou
  • Reprise progressive encadrée et test d’effort avant activité
  • Réorientation vers les activités en charge partielle (vélo, natation)
  • Parler d’activité physique plutôt que de sport pour lever les réticences du patient
  • Cibler le sujet sédentaire : c’est là que le bénéfice marginal est le plus élevé
  • Dissocier l’arthrose radiologique de la plainte clinique avant de restreindre l’activité
  • Proposer un test d’effort avant la reprise chez le sédentaire de plus de 40 ans

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Vincent Chollet, conférences publiques, 2013

La sédentarité s’impose comme un facteur de risque autonome, d’un poids comparable à celui du tabagisme ou d’une surcharge pondérale marquée, et son coût sanitaire en Suisse se chiffre en milliers de décès prématurés et en millions de cas de maladies déclarées. Cette mise au point, destinée au médecin référent, distingue les concepts d’activité physique, d’exercice structuré et de sport, puis rappelle le déclin physiologique lié à l’âge des systèmes nerveux, cardio-respiratoire et musculo-squelettique. Elle précise la relation dose-effet, dont le bénéfice est maximal au démarrage chez le sujet sédentaire, ainsi que la nuance entre arthrose radiologique et symptomatologie clinique chez le sportif en charge. L’objectif est de fournir des repères simples pour conseiller, doser et sécuriser la reprise du mouvement, et pour identifier les situations imposant un bilan préalable.

Définir l'activité physique, l'exercice et le sport

Le vocabulaire conditionne le message adressé au patient. L’activité physique regroupe l’ensemble des mouvements du corps aboutissant à une dépense d’énergie ; l’exercice désigne des mouvements structurés et planifiés destinés à améliorer la forme ou la santé ; le sport ajoute la dimension de compétition, avec des règles définies à l’avance. La sédentarité, à l’inverse, correspond à un état où les mouvements sont réduits au minimum et la dépense énergétique proche de celle du repos, soit toutes les activités menées en position assise comme la lecture, le travail à l’écran, la conduite ou le visionnage télévisuel.

Cette distinction a une portée pratique directe en consultation. De nombreux patients renoncent au mouvement parce qu’ils l’assimilent au sport structuré, perçu comme contraignant ou inaccessible, alors que l’activité physique quotidienne, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, marcher ou pédaler pour se rendre au travail, descendre du bus un arrêt plus tôt, suffit à modifier le bilan énergétique. Reformuler la prescription en termes d’activité physique, et non de sport, lève une part importante des réticences et facilite l’adhésion.

Ce n'est pas l'activité physique qui est bénéfique, c'est la sédentarité qui est dangereuse, et l'activité physique est le seul moyen de lutter contre la sédentarité.

La sédentarité, un facteur de risque à part entière

Le poids épidémiologique de l’inactivité justifie qu’elle soit considérée comme un facteur de risque autonome. En Suisse, l’inactivité est associée à plus de 2 900 décès prématurés et à environ 2,1 millions de cas de maladies déclarées, pour un coût de plusieurs milliards de francs, chiffres anciens datant de 2006 qui ne peuvent que s’aggraver avec le vieillissement de la population et la place croissante des écrans. La sédentarité représente, sur le plan du risque cardiovasculaire, l’équivalent approximatif d’un paquet de cigarettes par jour ou d’une surcharge pondérale de l’ordre de vingt kilos.

À l’inverse, les bénéfices de l’activité physique régulière sont largement documentés et touchent l’ensemble des systèmes : réduction du risque cardiovasculaire et de l’hypertension, amélioration des profils lipidique et glucidique avec baisse de l’incidence du diabète, optimisation de la fonction endothéliale et de la masse grasse, effets favorables sur le plan psychologique, cognitif, rhumatologique et respiratoire. Pour le référent, le message clé est qu’aucun de ces bénéfices n’est conditionné à la pratique sportive intense : c’est la régularité, et non l’intensité, qui porte l’essentiel de l’effet protecteur.

Déclin physiologique avec l'âge et fenêtre d'action

Le vieillissement s’accompagne d’une érosion inéluctable des capacités, que l’activité physique ne supprime pas mais ralentit. La vitesse de conduction nerveuse diminue d’environ 10 pour cent sur la vie, la capacité pulmonaire maximale chute d’environ 40 pour cent à 80 ans par rapport au pic de l’adulte jeune, et la fréquence cardiaque maximale décroît régulièrement. Au plan musculaire, la fonte débute vers 35 ans, de l’ordre de 15 pour cent par décennie, pour atteindre une perte d’environ 30 pour cent à 80 ans, avec une atteinte prédominante des fibres rapides de type 2 et une diminution plus marquée aux membres inférieurs et aux muscles du dos.

Ce déclin n’est pas uniforme selon le statut d’activité. Le sujet entraîné part d’un pic fonctionnel plus élevé et décline plus lentement, ce qui repousse vers la droite le seuil de perte d’autonomie, point critique au-delà duquel l’assistance pour les actes de la vie quotidienne devient nécessaire. La sarcopénie et la baisse des réflexes majorent le risque de chute, dont les complications, en particulier la fracture du col du fémur, grèvent lourdement la morbi-mortalité. La reprise, même tardive et même modeste, permet de grappiller du bénéfice : il n’est jamais trop tard pour mobiliser cette fenêtre d’action.

Relation dose-effet : où se situe le gain maximal

La courbe reliant le volume d’activité au bénéfice de santé n’est pas linéaire. Le gain est quasi exponentiel au démarrage, lorsqu’un sujet sédentaire passe d’une activité nulle ou faible à une activité modeste, alors qu’il devient marginal chez le sujet déjà très entraîné qui majore encore son volume. Or une part substantielle de la population, de l’ordre de 30 pour cent, ne pratique quasiment aucune activité physique et se classe comme sédentaire. La cible prioritaire du référent est donc clairement identifiée : c’est ce sujet inactif qui retirera le bénéfice le plus important d’une augmentation même limitée de son activité.

Concrètement, l’objectif raisonnable est d’une trentaine de minutes d’activité physique par jour, fractionnables en trois fois dix minutes, à une intensité provoquant un léger essoufflement, repère validé par le maintien d’une conversation possible mais non aisée. Une structuration plus ambitieuse, deux à trois séances d’endurance hebdomadaires de vingt à soixante minutes complétées d’un travail de force et de souplesse, reste un objectif secondaire à ne pas imposer d’emblée. Le déterminant principal de l’efficacité demeure le plaisir, seul garant d’une pratique entretenue dans la durée, condition sans laquelle le bénéfice s’efface.

Les sports en charge peuvent augmenter la dégénérescence articulaire sur le plan radiologique, mais pas forcément au niveau des symptômes, et c'est le symptôme que l'on soigne.

Activité en charge et arthrose : dissocier l'image et le symptôme

La question du risque arthrosique lié aux sports en charge oppose des études discordantes. Certaines, fondées sur des coureurs à fort volume, supérieur à 97 kilomètres par semaine, suivis sur des durées prolongées pouvant atteindre quinze ans, montrent une augmentation de la coxarthrose ou de l’arthrose des membres inférieurs ; d’autres ne retrouvent aucune surincidence, voire une baisse de la mortalité et de l’incidence de l’arthrose chez les coureurs. La lecture critique de ces travaux impose une distinction fondamentale : les études concluant à une aggravation reposent sur des critères radiologiques, c’est-à-dire un pincement de l’interligne et un remaniement morphologique de l’articulation.

Or la prise en charge s’adresse aux symptômes et non à l’image. Des modifications radiologiques peuvent coexister avec une articulation peu ou pas symptomatique, et le bénéfice musculaire, proprioceptif et osseux de l’activité contrebalance largement ce risque structural chez le sujet à articulation saine, quel que soit le volume d’entraînement. En pratique, on n’enraye pas une activité pour la seule radiographie ; en revanche, devant une arthrose de hanche ou de genou symptomatique, on réoriente le patient vers les activités en charge partielle, vélo et natation, et l’on prescrit une physiothérapie d’entretien pour préserver mobilité et trophicité musculaire, sans lesquelles une éventuelle prothèse fonctionnerait mal.

Prescrire, doser et sécuriser la reprise

La sécurisation de la reprise repose sur quelques principes simples. Chez le sujet sédentaire souhaitant reprendre, en particulier l’homme au-delà de 40 ans en raison du surrisque cardiovasculaire, un test d’effort préalable est recommandé. Le démarrage doit être lent et progressif : la course à pied, perçue à tort comme la plus accessible car peu coûteuse en matériel, est en réalité un mauvais point de départ par son intensité et ses contraintes musculo-squelettiques, et il est préférable d’alterner marche rapide et course jusqu’à l’acquisition d’une endurance de base suffisante.

La pratique doit rester raisonnée, régulière et raisonnable : échauffement, phase de travail puis retour au calme progressif, hydratation avant, pendant et après l’effort, adaptation aux conditions climatiques et respect des périodes de récupération. Il faut savoir interrompre l’effort sur une blessure plutôt que de tirer sur la douleur, et consulter sans délai devant tout symptôme inhabituel, à plus forte raison cardiovasculaire. Pour le référent, le risque accidentel ne doit pas être surévalué : le sujet entraîné présente moins d’accidents, sportifs comme domestiques, grâce à de meilleures capacités d’équilibre et de rattrapage.

Type de vidéo

Conférences publiques

Intervenants

Dr Vincent Chollet

Partie du corps

Maladies

Année

2013

Thème de l'évènement

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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