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Électroneuromyographie (ENMG)
- Dr Jean-Benoît Epiney
- Principes de l’électroneuromyographie et place dans le bilan
- Neurographie sensitive et motrice du nerf médian au tunnel carpien
- Examen à l’aiguille : fibrillations, fasciculations et tracé neurogène
- Neuropathie ulnaire au coude et bloc de conduction
- Gradation de la sévérité et indication chirurgicale
- Confirmation diagnostique et localisation de l’atteinte par ENMG
- Gradation électrophysiologique de la sévérité du syndrome canalaire
- Adressage chirurgical orienté selon le degré d’atteinte
- Bilan en urgence devant un déficit moteur ou une amyotrophie
- Ne jamais interpréter l’ENMG isolément, mais en corrélation avec la clinique et l’imagerie
- Demander l’ENMG pour différencier syndrome canalaire, radiculopathie et polyneuropathie
- Reconnaître les signes de gravité : déficit moteur, amyotrophie, douleurs sévères
- Prescrire l’examen en urgence quand un déficit moteur ou une amyotrophie est présent
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Jean-Benoît Epiney, congrès Medicol, 2026
L’électroneuromyographie (ENMG) est l’examen fonctionnel de référence du système nerveux périphérique, complémentaire de la clinique et de l’imagerie, jamais substitutif. Dans les syndromes canalaires du membre supérieur, syndrome du tunnel carpien et neuropathie ulnaire au coude au premier rang, elle confirme l’atteinte, la localise le long du trajet nerveux et la gradue en sévérité. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle les principes de l’examen, ses deux volets neurographique et myographique, et la lecture des paramètres qui orientent l’indication chirurgicale. L’objectif est de préciser quand prescrire l’examen, comment interpréter ses résultats et quels signes imposent une orientation rapide vers le chirurgien de la main.
L'électroneuromyographie, examen fonctionnel de référence du nerf périphérique
La compréhension du fonctionnement électrique des nerfs remonte aux expériences de Galvani au XVIIIe siècle, mais c’est au début du XXe siècle que l’électroneuromyographie clinique s’est développée, avant de se normaliser à la faveur des nombreuses lésions nerveuses observées durant la Seconde Guerre mondiale. D’abord analogique et encombrant, l’appareillage s’est miniaturisé et digitalisé pour devenir aujourd’hui l’examen fonctionnel de référence du système nerveux périphérique. Sa finalité est de mesurer la vitesse et la qualité de conduction des nerfs, exprimées en amplitude et en latence des réponses recueillies.
L’ENMG ne se conçoit pas isolément : c’est un examen fonctionnel qui complète la clinique et l’imagerie, et qui ne peut être interprété sans elles. Il étudie le nerf moteur, le nerf sensitif et l’activité musculaire de repos et d’effort. Son objectif est triple : objectiver l’atteinte nerveuse, la localiser sur le trajet du nerf, et la distinguer d’une radiculopathie ou d’une polyneuropathie. Ces données conditionnent ensuite la décision thérapeutique et l’orientation du patient.
Neurographie sensitive et motrice : ce que mesure l'examen au poignet
La neurographie sensitive du nerf médian repose sur une stimulation antidromique : un stimulateur déclenche le signal, des électrodes de réception le recueillent, et la courbe obtenue permet de calculer latence, amplitude et vitesse de conduction. Dans le syndrome du tunnel carpien, les paramètres déterminants sont l’amplitude et la vitesse de conduction. Comme l’ensemble des valeurs est normé, un ralentissement de conduction se repère rapidement et signe une démyélinisation compatible avec le diagnostic. Dans les formes sévères, les réponses sensitives sont émoussées, voire complètement abolies.
La neurographie motrice procède en sens inverse : la stimulation du nerf au poignet, en aval du tunnel carpien, recueille la réponse sur le court abducteur du pouce, et une stimulation plus proximale au coude permet de calculer une vitesse entre poignet et coude. Le paramètre clé est ici la latence motrice distale, dont l’allongement, de l’ordre de sept sur l’échelle de l’appareil, traduit le ralentissement de conduction propre au syndrome. La sensibilité de l’examen atteint 85 pour cent et sa spécificité 97 pour cent pour le diagnostic de syndrome du tunnel carpien, performance qui en fait un outil diagnostique fiable.
L'examen à l'aiguille : activité de repos et signes de dénervation
Le second volet de l’ENMG est myographique : une aiguille placée dans le muscle cible, le court abducteur du pouce dans le territoire médian, enregistre l’activité électrique de repos et d’effort. Au repos, le tracé attendu est relativement plat. La présence de fibrillations et de fasciculations, perceptibles à l’enregistrement, est caractéristique d’une dénervation aiguë et constitue un marqueur de souffrance du muscle privé de son innervation. Ces anomalies de repos n’ont donc pas valeur de bruit de fond mais de signal pathologique.
À l’effort, la caractérisation du tracé se poursuit : un tracé neurogène témoigne d’une atteinte plus avancée et constitue un signe de sévérité du syndrome canalaire. Entendre cette activité spontanée à l’aiguille est de mauvais pronostic, car elle annonce un muscle qui se contracte seul, exposé à la perte de force et à l’amyotrophie. L’examen à l’aiguille permet en outre de tester d’autres muscles et d’autres racines pour vérifier la cohérence topographique de l’atteinte et éliminer un tableau qui ne cadrerait pas avec une simple souffrance tronculaire.
Neuropathie ulnaire au coude : localiser l'atteinte et objectiver le bloc de conduction
Pour la neuropathie ulnaire au coude, l’ENMG répond à des questions précises : écarter une atteinte plus proximale, au canal de Guyon, au coude ou d’origine radiculaire, et apprécier la sévérité. L’examen est volontiers recommandé car cette atteinte n’est pas toujours facile à mettre en évidence cliniquement, et il apporte une localisation plus fine du niveau lésionnel. Le principe reproduit celui du nerf médian, appliqué au territoire ulnaire : recueil sensitif et recueil moteur sur l’abducteur du cinquième doigt, avec une stimulation étagée à plusieurs points permettant d’évaluer la vitesse de conduction entre chaque segment.
La neurographie pathologique montre une diminution d’amplitude du nerf sensitif, signe de son atteinte. La superposition des courbes motrices recueillies à distance constante est particulièrement parlante : alors que les réponses devraient survenir au même intervalle, un allongement marqué associé à une baisse d’amplitude définit un bloc de conduction. Ce bloc confirme la neuropathie ulnaire au coude et traduit une démyélinisation qui interrompt la conduction saltatoire : la perte de myéline bloque le passage du signal, d’où le ralentissement et la chute d’amplitude observés.
Gradation de la sévérité et dialogue avec le chirurgien de la main
L’apport décisif de l’examen électrophysiologique est d’établir une gradation de la sévérité du syndrome canalaire, du léger au très sévère. Cette échelle fournit un langage commun et reproductible pour échanger avec le chirurgien de la main, en remplaçant les impressions cliniques par des repères objectivés. Elle articule les paramètres neurographiques, ralentissement et baisse d’amplitude, et les données myographiques de dénervation, pour situer chaque patient sur un continuum de gravité.
Cette gradation oriente directement l’attitude : les atteintes modérées, sévères et très sévères sont celles qui réclament le plus souvent une prise en charge chirurgicale rapide. À l’inverse, les formes légères peuvent relever d’une surveillance et d’un traitement conservateur. L’ENMG ne décide donc pas seul de l’indication, mais il en fournit l’argument objectif, en complément de la clinique, et il aide à hiérarchiser l’urgence relative des patients adressés.
Pourquoi et quand prescrire l'ENMG : repères pour le médecin référent
Prescrire une ENMG dans un syndrome canalaire répond à plusieurs objectifs convergents : confirmer le diagnostic, le différencier d’une radiculopathie C6 ou C7 ou d’une polyneuropathie, et localiser plus précisément l’atteinte entre poignet, avant-bras et coude. Dans le syndrome du tunnel carpien, l’examen exclut notamment une cause proximale, syndrome du rond pronateur ou du nerf interosseux antérieur, qui se traduirait par un ralentissement proximal et non au poignet. L’évaluation du nerf ulnaire, souvent associée, élargit le bilan à une atteinte multitronculaire éventuelle.
Pour le médecin référent, l’enjeu pratique est aussi celui du délai. L’ENMG devient un examen urgent en présence d’un déficit moteur, d’une amyotrophie ou de douleurs sévères, situations qui imposent de ne pas temporiser et de progresser sans retard vers le traitement. Reconnaître ces signes de gravité en première ligne, puis transmettre un bilan électrophysiologique gradué, permet d’orienter le patient au bon moment et d’engager une prise en charge chirurgicale lorsque l’atteinte le justifie.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Actualités en chirurgie de la main et chirurgie de l'épaule
Intervenants
Dr Jean-Benoît Epiney
Partie du corps
Main
Maladies
Année
2026
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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