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Rupture du ligament croisé antérieur : du mécanisme lésionnel à la reprise sportive

  • Centre Orthopédique d’Ouchy
  • Anatomie et biomécanique du genou : double articulation et rôle des ligaments
  • Épidémiologie de la rupture du ligament croisé antérieur en Suisse
  • Mécanismes lésionnels de l’entorse et lésions associées
  • Décision thérapeutique : suture des ligaments latéraux contre reconstruction du croisé
  • Rééducation pluridisciplinaire et reprise sportive
  • Traitement initial de l’entorse : lutte contre l’inflammation, le gonflement et la douleur
  • Suture des ligaments latéraux
  • Reconstruction du ligament croisé antérieur par greffe
  • Rééducation et préparation physique spécifique individualisée
  • Évoquer d’emblée les lésions associées : il s’agit rarement d’un croisé isolé
  • Peser ses mots, l’impact psychologique du discours conditionne la reprise
  • Adresser pour une reconstruction quand la suture du croisé reste peu fiable
  • Coordonner une rééducation pluridisciplinaire centrée sur le patient et ses objectifs

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

émission médicale, 2015

La rupture du ligament croisé antérieur figure parmi les lésions les plus redoutées du genou, en particulier chez le sujet sportif. En Suisse, plus de 3300 cas sont déclarés chaque année, dont 85 % directement attribués à la pratique sportive, le football, le ski alpin et le snowboard arrivant en tête. Cette mise au point destinée au médecin référent reprend le fonctionnement biomécanique du genou, les mécanismes d’entorse, la logique d’indication entre suture et reconstruction par greffe, puis le rôle déterminant de la rééducation pluridisciplinaire. L’enjeu pour le confrère est de reconnaître précocement la lésion, d’orienter le bilan et de mesurer son discours, dont l’impact psychologique conditionne la reprise.

Anatomie fonctionnelle et stabilité du genou

Le genou n’est pas une articulation unique mais regroupe deux ensembles fonctionnels, l’articulation fémoro-tibiale, entre fémur et tibia, et l’articulation fémoro-patellaire, entre rotule et fémur. La cinématique de ces os les uns par rapport aux autres doit rester contrôlée, et c’est précisément le rôle dévolu aux ligaments, qui retiennent et guident le mouvement osseux. Cette double organisation explique que la plainte rapportée par le patient ne se superpose pas toujours à la structure réellement atteinte, d’où l’intérêt d’une analyse anatomique rigoureuse en consultation de première ligne.

Les ligaments collatéraux, externe et interne, assurent la stabilité dans le plan frontal, tandis que les ligaments croisés, situés à l’intérieur de l’articulation, contrôlent les translations dans le plan sagittal. Le ligament croisé antérieur lutte notamment contre la translation antérieure du tibia, sollicitée lors d’une contraction violente du quadriceps mettant le genou en extension. Comprendre cette répartition des rôles est indispensable au confrère pour interpréter un mécanisme traumatique rapporté et anticiper le bilan lésionnel à transmettre.

Le ligament croisé, on a beaucoup moins de succès avec un traitement par suture ; c'est pour ça qu'on propose une intervention où on va remplacer ce ligament par une greffe.

Épidémiologie : une lésion sportive avant tout

Les données de la Suva chiffrent à plus de 3300 le nombre de ruptures du ligament croisé antérieur déclarées chaque année en Suisse, soit un peu moins d’un cas pour 2000 habitants. Cette fréquence, loin d’être anecdotique, place la lésion parmi les motifs réguliers d’adressage en consultation orthopédique, et justifie que le médecin référent en maîtrise les repères diagnostiques de première intention.

La part sportive est prépondérante : 85 % des cas sont directement attribués à la pratique d’activités sportives, les disciplines les plus incriminées étant, dans l’ordre, le football, le ski alpin, le snowboard, le handball, le volleyball et le basketball. Les 15 % restants relèvent des accidents de travail et de la circulation. À noter que le contact direct ne représente qu’environ 15 % des ruptures, ce qui souligne le poids des mécanismes sans contact, par décélération, pivot ou réception de saut mal contrôlée.

Mécanismes de l'entorse et lésions associées

Une entorse correspond à une lésion d’un ligament distendu, déchiré, ou arrachant une partie de son attache osseuse. Le mécanisme tient à un mouvement excessif de l’articulation, animé d’une énergie qui dépasse le point de rupture du ligament. Une contraction brutale du quadriceps mettant le genou en extension pousse le tibia en avant et met le croisé en tension ; les changements brusques de direction, le mauvais alignement du corps lors d’une chute ou d’un saut mal réceptionné produisent le même effet contraignant sur le ligament croisé contre les condyles fémoraux.

Le point clé pour le référent est qu’une rupture du croisé est rarement isolée. Le mécanisme à haute énergie associe fréquemment des atteintes cartilagineuses et d’autres structures, ligaments collatéraux, ménisques, voire plateau tibial. L’anamnèse doit donc rechercher systématiquement ces lésions associées, dont la présence modifie le pronostic et la stratégie. À l’inverse, l’absence de gonflement marqué dans les suites immédiates peut autoriser une prise en charge chirurgicale précoce lorsque celle-ci est indiquée.

Logique d'indication : suturer ou remplacer

Le traitement initial reste commun à toutes les entorses : réduire l’inflammation, le gonflement et la douleur. La décision se précise ensuite selon le ligament concerné et le caractère complet ou partiel de la déchirure. Devant une rupture complète, il faut soit réparer le ligament, soit le remplacer. Les ligaments latéraux se prêtent à une suture, avec des résultats satisfaisants.

Le ligament croisé antérieur fait exception : la suture y donne nettement moins de succès, ce qui conduit à proposer une intervention de remplacement par une greffe. Cette reconstruction recouvre en réalité plusieurs techniques, mais constitue une chirurgie fiable et courante. Pour le confrère, le message est double : ne pas attendre une cicatrisation spontanée d’un croisé rompu, et orienter le patient symptomatique ou instable vers une évaluation chirurgicale, en gardant à l’esprit que la protection à long terme du genou pèse dans la balance, notamment chez le sportif de haut niveau.

Il faut vraiment qu'on pèse nos mots : chaque fois qu'on dit quelque chose à un sportif, on doit faire attention à l'impact que cela peut avoir.

Impact du discours médical sur le sportif

La relation entre le médecin et le sportif blessé appelle une vigilance particulière sur les mots employés. Chaque énoncé adressé à un athlète doit être pesé, car son retentissement psychologique peut être considérable et rester ancré durablement. Annoncer une fin de carrière probable, même fondée sur la constatation de lésions cartilagineuses ou structurelles importantes, peut être vécu comme un choc et compromettre l’adhésion au projet de reprise.

Chez tout sportif, amateur ou professionnel, une blessure grave génère inévitablement un faisceau de doutes que le patient devra dépasser pour retrouver son niveau antérieur. Le rôle de l’équipe soignante est d’accompagner et d’écouter, en replaçant le propos dans son double contexte, médical et sportif. Pour le médecin référent, cela impose de distinguer ce qui relève de la protection articulaire à long terme de ce qui pourrait être perçu, à tort, comme une condamnation définitive.

Rééducation pluridisciplinaire et reprise sportive

La rééducation constitue la seconde phase cruciale de la remise sur pied. Après l’opération, la préparation physique spécifique vise à ramener le patient à son meilleur niveau fonctionnel. La prise en charge débute par un volet psychologique, d’autant plus déterminant chez l’athlète d’élite dont l’activité sportive est aussi le métier, et progresse par objectifs successifs fixés à chaque entraînement pour rendre la progression tangible. La charge est individualisée, d’une séance hebdomadaire initiale jusqu’à une ou deux séances quotidiennes chez le sportif de haut niveau.

Ce protocole n’est pas réservé à l’élite : il s’applique tout autant au patient non sportif, avec une intensité adaptée aux capacités de chacun. La réussite repose sur la coordination entre physiothérapeute, médecin, entraîneur et staff autour d’un patient placé au centre de la décision, avec des objectifs explicites. Selon l’activité, l’âge et le sport pratiqué, le délai de reprise varie et ne saurait être fixé a priori ; à titre d’illustration, une reprise du ski de compétition a pu être obtenue autour de huit mois. Pour le confrère, ces repères chronologiques, à manier avec prudence, aident à fixer des attentes réalistes et à soutenir la motivation tout au long du parcours.

Type de vidéo

Émission médicale

Thème de l'évènement

Emission

Intervenants

Partie du corps

Genou

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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