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- Décentrage de la tête humérale, réalité ou fiction
Décentrage de la tête humérale : analyse critique d’un concept en pratique clinique
- Centre Orthopédique d’Ouchy
- Centrage dynamique de la gléno-humérale par la coiffe des rotateurs
- Décentrage antérieur perçu versus excentration postérieure objectivée à l’IRM
- Cinématique de l’épaule après défaillance ou rupture de la coiffe
- Tri clinique : épaule douloureuse, raide, instable
- Effet nocebo et dépendance induits par le vocabulaire médical
- Mobilisation et assouplissement de l’épaule raide
- Rééducation du contrôle moteur et renforcement de la coiffe
- Manœuvres de recentrage dans l’instabilité postérieure du sportif
- Réserver le terme de décentrage aux excentrations réellement objectivables à l’imagerie
- Raisonner par déficits de mobilité, de force et de contrôle moteur, non par concepts non mesurables
- Distinguer d’emblée l’épaule douloureuse, l’épaule raide et l’épaule instable
- Choisir des mots simples pour limiter l’anxiété et la dépendance du patient
Brochure d'information médicale
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congrès Medicol, 2019
La notion de décentrage de la tête humérale est omniprésente dans le discours rééducatif de l’épaule, sans que sa réalité biomécanique et clinique soit toujours établie. Cette mise au point distingue les situations objectivables à l’imagerie, comme l’excentration postérieure de l’omarthrose ou des ruptures de coiffe, des perceptions purement palpatoires d’un décentrage antérieur que rien ne permet de mesurer. Elle rappelle que la coiffe des rotateurs est le véritable centreur dynamique de la gléno-humérale et que sa défaillance modifie la cinématique articulaire, surtout dans les premiers degrés d’abduction. Au-delà de la sémantique, l’enjeu est pratique : raisonner par déficits fonctionnels plutôt que par concepts non vérifiables, et mesurer l’effet nocebo des mots employés devant le patient. Cette synthèse propose au confrère des repères pour trier les présentations cliniques de l’épaule et calibrer le bilan transmis avant adressage.
Origine et limites du concept de décentrage
Le décentrage de l’épaule est entré dans le langage rééducatif à la suite des travaux de Raymond Sohier, kinésithérapeute belge, qui décrivait un centre instantané de rotation excentré vers la force fonctionnelle prédominante, à l’origine d’une discongruance et d’un dérapage rotatoire des surfaces articulaires. La formulation, dense et imagée, reste cependant largement spéculative et n’est étayée par aucune objectivation reproductible. La transcription souligne ce caractère non scientifique sans détour, en comparant ces textes à une poésie hermétique : le concept séduit par sa cohérence interne mais ne repose sur aucune mesure clinique fiable.
À l’échelle internationale, le terme decentering apparaît bien dans la littérature, mais il y désigne presque exclusivement un décentrage postérieur, et dans des contextes précis : omarthrose excentrée ou déficit musculaire de la coiffe. Il s’agit donc d’une entité radiologiquement objectivable, et non de la perception palpatoire d’un déplacement antérieur que le thérapeute prétendrait corriger à la main. Cette divergence de définitions impose une sémantique rigoureuse, faute de quoi un même mot recouvre des réalités biomécaniques sans rapport entre elles.
La coiffe des rotateurs, véritable centreur de la tête humérale
Ce qui centre la tête humérale sur la glène est avant tout la coiffe des rotateurs, filet tendineux qui comprime activement la tête contre la surface glénoïdienne et assure la stabilité dynamique de l’articulation. Lorsque la coiffe ne joue plus efficacement son rôle de centreur, en cas de rupture tendineuse ou de rupture ligamentaire dans le cadre des instabilités, le centrage huméral cesse d’être optimal. Les travaux de Lippitt et Matsen, chirurgiens américains de l’épaule, ont précisément décrit cette perte de centrage actif comme conséquence de la défaillance des stabilisateurs.
La modélisation biomécanique apporte une nuance déterminante. En supprimant le supra-épineux dans un modèle d’épaule, le biomécanicien suisse Alexandre Terrier a montré que les centres de rotation se déplacent surtout dans les premiers degrés d’abduction, alors que les contraintes sur la tête humérale redeviennent comparables dans les derniers degrés. Cette observation éclaire la préférence de certains, comme Alexandre Lädermann, pour un travail en position haute : même une coiffe déficiente ou rompue laisse l’épaule fonctionner de façon proche de la normale dans cette amplitude, ce qui simplifie la prise en charge rééducative.
Décentrage perçu et excentration objectivée : deux réalités distinctes
Il faut opposer clairement deux situations que le même vocable confond. D’un côté, un décentrage antérieur perçu uniquement par le thérapeute lors d’un test palpatoire, puis prétendument corrigé par un recentrage manuel, sans aucun moyen d’objectivation. De l’autre, une excentration postérieure visible à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), liée à un défaut d’efficacité de la coiffe. Une tête humérale qualifiée de décentrée à l’examen clinique peut se révéler parfaitement centrée sur la radiographie : la perception du clinicien ne constitue pas une preuve.
L’excentration postérieure documentée correspond à des entités identifiées. Dans l’omarthrose, il existe une excentration postérieure de la tête, et une corrélation entre la dégénérescence musculaire de la coiffe et la subluxation postérieure. Chez le sportif, le décentrage postérieur a longtemps été attribué à une rétraction capsulaire postérieure, hypothèse issue des années 1990 et depuis abandonnée : il s’agit en réalité de tensions musculaires postérieures, objectivées par une limitation de mobilité en adduction et en rotation médiale. Seules une caméra intra-articulaire ou une IRM dynamique permettraient de visualiser réellement ce qui se passe dans l’articulation.
L'instabilité postérieure du sportif, un cas particulier
Le seul terrain où la notion de recentrage conserve une assise clinique solide est celui des instabilités postérieures de l’épaule chez le sportif. Les protocoles validés de Lyn Watson reposent sur des manœuvres qui recentrent la tête humérale vers l’avant afin de vérifier la disparition des symptômes d’instabilité, et sur une rééducation ciblée du contrôle moteur. Ce cadre est rigoureusement délimité et ne saurait être extrapolé à l’ensemble des épaules douloureuses.
Cette précision est essentielle pour le référent, car ces présentations sont rares : elles représentent moins de cinq pour cent des patients rencontrés sur une année de pratique. Appliquer à une épaule douloureuse banale des concepts validés pour l’instabilité postérieure du sportif, ou inversement, expose à des erreurs de raisonnement. La pertinence d’un recentrage manuel se juge donc au contexte clinique, non au terme employé.
Raisonner par déficits plutôt que par concepts
Le clinicien gagne à classer d’emblée les épaules qu’il reçoit en grandes familles distinctes : les épaules douloureuses d’origine sous-acromiale, qui regroupent tendinopathies, bursites et ténosynovites du long biceps ; les épaules raides ; et les épaules instables, qui relèvent d’une logique entièrement différente. À cela s’ajoute la distinction entre épaule opérée et non opérée. Ce tri initial évite de plaquer sur une présentation des données valables pour une autre.
Centrer le raisonnement sur les déficits et le handicap, plutôt que sur la question de savoir si l’épaule est décentrée, recadre utilement la prise en charge. Les déficits de mobilité renvoient à l’hypoextensibilité des tissus, tandis que les déficits d’efficacité de la coiffe se traduisent par un déficit de contrôle moteur, de force et parfois de stabilité. Le traitement découle directement de ces déficits : assouplir l’épaule raide, renforcer et restaurer le contrôle moteur, sans recourir à une terminologie de recentrage qui n’apporte rien à la décision thérapeutique.
Le poids des mots dans la relation thérapeutique
Le vocabulaire choisi devant le patient n’est jamais neutre. Affirmer un décentrage antéro-supérieur que l’on prétend recentrer par une technique manuelle peut impressionner et installer une autorité, mais expose à un effet nocebo et à une dépendance : le patient revient quinze jours plus tard convaincu de s’être de nouveau décentré l’épaule. À l’inverse, un message simple, l’épaule manque de force ou de souplesse et l’on va y remédier par des exercices, rend le patient autonome et le conduit à s’auto-étirer plutôt qu’à rappeler le thérapeute. La transcription rappelle que l’on rend les patients dépendants avec les mots.
Une étude conduite en consultation de rhumatologie, portant sur seize consultations enregistrées et quatre cent quarante mots médicaux relevés, montre que les médecins n’emploient pas davantage de termes médicaux que leurs patients, ces derniers utilisant déjà ce vocabulaire dans quatre-vingt-quatorze pour cent des récits de leur maladie. Le plus souvent, ces mots, arthrose, rhumatismes, médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), zones anatomiques ou diagnostic, sont mal compris et sources de confusion, comme l’acromion qualifié de crochu qui éveille des craintes infondées. Pour le confrère, l’enjeu est de calibrer son langage : précis et partagé entre professionnels, mais simplifié et rassurant face au patient.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Chirurgie de l'épaule: de l'arthroscopie à la prothèse
Intervenants
Partie du corps
Épaule
Maladies
Année
2019
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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