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  • Complément 1 – Évolution et génétique

Génétique de l’adaptation humaine : la rate des Bajos et l’hypothèse d’un habitus aquatique

  • Dr Jacques Vallotton
  • Patrimoine génétique humain et écart avec le chimpanzé
  • Rôle de la rate dans la tolérance à l’apnée prolongée
  • Adaptation génétique constitutionnelle des Bajos
  • Disposition héréditaire versus adaptation acquise par l’entraînement
  • Hypothèse d’un habitus aquatique ancestral
  • Étude comparative population apnéiste versus peuplade terrestre
  • Mesure de la taille splénique comme marqueur d’adaptation
  • Approche évolutive et physiologique de la tolérance à l’apnée
  • Distinguer une disposition génétique constitutionnelle d’une adaptation acquise
  • Ne pas extrapoler une adaptation populationnelle à l’entraînement individuel
  • Considérer la rate comme un réservoir érythrocytaire mobilisable en apnée
  • Replacer la physiologie humaine dans une perspective évolutive longue

Brochure d'information médicale

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Dr Jacques Vallotton, 2018

Cette réflexion d’expertise aborde la plasticité du patrimoine génétique humain à travers un exemple physiologique précis : l’hypertrophie splénique observée chez les Bajos, population d’apnéistes d’Asie du Sud-Est. Le propos rappelle que l’écart de 1 % séparant l’homme du chimpanzé porte une différence fonctionnelle considérable, et que des mutations adaptatives peuvent émerger sur des échelles de temps plus courtes qu’on ne le suppose. L’angle est celui d’une mise en perspective évolutive du rôle de la rate dans la tolérance à l’apnée prolongée, distinguant disposition génétique constitutionnelle et adaptation acquise par l’entraînement. Il s’agit d’une présentation d’expertise destinée au confrère curieux des fondements physiologiques et évolutifs de la performance humaine, sans visée diagnostique ou thérapeutique directe.

L'écart de 1 % : un patrimoine génétique encore en mouvement

La proximité génomique entre l’homme et le chimpanzé, de l’ordre de 99 %, est régulièrement citée, mais c’est le pourcentage résiduel qui porte une différence considérable. Ce capital génétique, hérité sur des centaines de millions d’années, n’a pas livré toutes ses variations terminales, et c’est précisément dans ces ultimes différences que se trouvent peut-être certaines réponses sur la trajectoire évolutive humaine. Loin d’être figé, ce génome continue d’évoluer, et la part qui distingue l’homme du grand singe reste importante au regard de ses conséquences fonctionnelles.

Cette évolution ne s’inscrit pas uniquement dans les temps géologiques très longs qui mènent aux proto-hominidés. Des mutations génétiquement significatives peuvent apparaître sur des intervalles beaucoup plus courts, ce qui modifie la lecture classique de l’adaptation comme phénomène exclusivement lent. Reconnaître cette dynamique récente invite à considérer certaines particularités physiologiques contemporaines comme des marqueurs d’une évolution encore active, et non comme de simples héritages stables d’un passé lointain.

Les Bajos ont développé une rate de taille plus importante qui leur permet de vivre en apnée pendant cinq minutes et de réinjecter, par contraction de la rate, des globules rouges chargés en oxygène.

La rate des Bajos : un réservoir érythrocytaire au service de l'apnée

L’exemple des Bajos, population d’Asie du Sud-Est vivant largement en apnée, illustre concrètement cette adaptation génétique récente. Ce peuple a développé une rate de taille plus importante, dont la contraction permet de réinjecter dans la circulation des globules rouges chargés en oxygène. Ce mécanisme soutient une tolérance à l’apnée pouvant atteindre cinq minutes, en mobilisant un réservoir érythrocytaire splénique pour prolonger la disponibilité de l’oxygène lorsque l’échange pulmonaire est interrompu.

Cette hypertrophie splénique relève d’une disposition génétique constitutionnelle, inscrite dans l’évolution de cette population, et non d’une simple réponse fonctionnelle à l’environnement. La rate, par sa fonction de stockage et de relargage des hématies, apparaît ainsi comme un organe clé de la physiologie de l’apnée. L’identification d’un tel trait, corrélé à un mode de vie subaquatique transmis sur de nombreuses générations, donne un substrat anatomique concret à la notion d’adaptation génétique rapide évoquée plus haut.

Disposition héréditaire ou adaptation acquise : une distinction physiologique

Une question naturelle se pose pour le clinicien : l’entraînement régulier à l’apnée, chez le sportif, induit-il un grossissement comparable de la rate ? L’étude conduite chez les Bajos a précisément confronté cette population apnéiste à une peuplade terrestre, faisant ressortir une différence splénique attribuable au fond génétique populationnel. Chez les compétiteurs pratiquant l’apnée de manière régulière, en revanche, aucun grossissement de la rate de même nature n’a été décrit, ce qui sépare nettement la disposition constitutionnelle de l’adaptation acquise.

Cette distinction a une portée méthodologique pour le médecin : on ne peut extrapoler une caractéristique sélectionnée à l’échelle d’une population sur de nombreuses générations à l’effet d’un entraînement individuel limité dans le temps. La taille de la rate, dans le cas des Bajos, traduit une disposition enracinée profondément dans l’évolution, et non un remodelage fonctionnel rapide. Apprécier l’origine d’un trait physiologique, héréditaire ou acquise, conditionne donc l’interprétation que l’on peut en faire sur le plan de la performance et de la tolérance à l’hypoxie.

L'hypothèse d'un habitus aquatique ancestral

Le caractère ancien et constitutionnel de cette adaptation splénique nourrit l’hypothèse selon laquelle un habitus aquatique aurait été présent très tôt dans la lignée humaine. Si la disposition à mobiliser efficacement la rate en apnée remonte loin dans l’évolution, elle suggère que la relation de l’homme au milieu aquatique pourrait ne pas être un acquis tardif, mais une composante précoce de son histoire physiologique. Cette lecture, présentée comme une piste et non comme une certitude, replace la tolérance à l’immersion et à l’apnée dans un cadre évolutif plutôt que strictement culturel.

Sur ce fond commun, certaines populations ont ensuite cultivé ce rapport au milieu aquatique selon des modalités propres, ce qui a pu favoriser d’autres mutations. Le mode de vie régulier, maintenu sur plusieurs générations, a forcément une conséquence, mais seulement à très long terme. Cette articulation entre comportement durable et remodelage génétique progressif fournit un modèle cohérent pour comprendre comment certaines particularités physiologiques humaines se fixent et se transmettent.

On n'a pas décrit chez les compétiteurs qui font de l'apnée un grossissement de la rate : c'est réellement une disposition génétique qui remonte assez loin dans l'évolution.

Repères pour le médecin référent : lire un trait physiologique à l'aune de l'évolution

Pour le confrère, cet exemple rappelle qu’un trait physiologique observé chez un patient ou une population doit être interprété en tenant compte de son origine : adaptation constitutionnelle transmise, ou réponse acquise à un entraînement et à un environnement. La rate, organe souvent négligé dans le raisonnement sur la performance et l’oxygénation, mérite d’être considérée comme un acteur dynamique de la régulation érythrocytaire, en particulier dans les contextes d’apnée et d’effort en hypoxie.

Au-delà du cas particulier, cette réflexion illustre la valeur d’une perspective évolutive en médecine. Replacer la physiologie humaine dans le temps long, tout en reconnaissant que des mutations significatives peuvent émerger sur des échelles plus courtes, aide à éviter les conclusions hâtives lorsqu’on confronte des sujets aux profils génétiques et aux modes de vie différents. Cette posture, attentive à la part constitutionnelle comme à la part acquise, constitue un repère utile pour interpréter avec nuance les capacités d’adaptation observées en pratique.

Type de vidéo

Autres

Intervenants

Dr Jacques Vallotton

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2018

Thème de l'évènement

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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