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Examen médico-sportif de l’adolescent : une consultation globale au service d’une performance saine

  • Dr Boris Gojanovic
  • Cadre et structure de l’examen médico-sportif (EMS / PPE / Spu)
  • Charge d’entraînement, charge globale et surcharge
  • Déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S) : sommeil et alimentation
  • Antidopage, commotion et éducation thérapeutique du jeune sportif
  • Safeguarding et environnement du sport de haut niveau
  • Bilan médico-sportif structuré sur questionnaire standardisé en amont
  • Éducation thérapeutique et conseils personnalisés (sommeil, nutrition, charge)
  • Dépistage préventif (surcharge, RED-S, antidopage, commotion)
  • Orientation et coordination interdisciplinaire en réseau
  • Évaluer la charge totale, scolaire, sportive et environnementale, pas seulement l’entraînement
  • Prévoir le temps de voir l’adolescent seul, puis les parents, et restituer une histoire commune
  • Sensibiliser systématiquement au sommeil et à l’alimentation avant tout supplément
  • Intégrer le safeguarding et le dépistage du RED-S dans chaque consultation

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Boris Gojanovic, symposium médico-sportif, 2024

L’examen médico-sportif de l’adolescent, désigné en Suisse romande par l’acronyme EMS (examen médico-sportif) et chez les confrères germanophones par « Spu » (Sportmedizinische Untersuchung), correspond au Pre-Participation Examination (PPE) de la littérature anglo-saxonne. À la différence d’une consultation pour problème aigu, il relève d’une démarche systématique et globale, focalisée non sur une plainte mais sur le développement, la santé et la performance du jeune sportif. Cette mise au point destinée au médecin référent rappelle la structure de la consultation, les neuf éléments à passer en revue, et surtout la finalité éducative et préventive qui en fait sa valeur. L’enjeu central, du sommeil à la charge globale en passant par le déficit énergétique relatif et le safeguarding, est de replacer chaque adolescent dans une logique d’équilibre plutôt que de surcharge.

Un cadre à part : définir et structurer l'examen médico-sportif

L’examen médico-sportif se distingue d’emblée des consultations habituelles centrées sur un problème ponctuel, entorse de cheville, traumatisme du doigt ou commotion. Il s’agit d’une approche globale et systématique, que la littérature anglo-saxonne désigne par Pre-Participation Examination (PPE), que l’on nomme en Suisse romande examen médico-sportif (EMS) et chez les confrères germanophones « Spu » (Sportmedizinische Untersuchung). Cette pluralité de dénominations recouvre une même intention : faire le tour des systèmes et s’assurer que le jeune sportif peut s’engager dans sa pratique dans de bonnes conditions de santé.

Le contenu canonique passe en revue neuf éléments pertinents, dont l’évaluation des systèmes cardiovasculaire, pulmonaire, locomoteur et neurologique, ainsi que le statut vaccinal, les allergies et les carences. La forme suppose une heure de consultation dans un environnement calme, à distance de l’urgence intercalée entre deux patients. Elle repose sur des questions ouvertes plutôt que sur une simple liste fermée de symptômes, complétées par des checklists de sécurité. Cette approche, standardisée mais individualisée, doit déboucher sur un rapport structuré, condition pour partager ensuite l’information avec les interlocuteurs concernés.

Dans médecin du sport, il y a médecin d'abord. Mon rôle à moi, ce n'est pas forcément le sport à fond, c'est d'abord réfléchir à l'équilibre.

Les outils : questionnaires standardisés et rapport de consultation

Des questionnaires validés, disponibles sur les sites de la SEMS et de Swiss Olympic, structurent l’entretien. Désormais proposés en quatre langues après l’ajout de l’anglais, ils ont fait l’objet d’une version pédiatrique : les items inadaptés à un enfant de douze ans, comme la question de la stabilité récente du poids, qui peut induire des comportements délétères, ont été retirés ou reformulés. Remplis en amont, ils servent de fil conducteur à la consultation et comportent une rubrique libre permettant au jeune, ou plus souvent aux parents, de soulever leurs propres préoccupations. Toute annotation portée sur ce document mérite d’être relevée, car une question laissée sans réponse fragilise la relation.

Le modèle historique de rapport médical sépare problèmes médico-sportifs, c’est-à-dire musculosquelettiques, et problèmes médicaux internistiques, avant les recommandations et examens complémentaires. Ce format vieillissant impose une double saisie, redondante avec le dossier de consultation du praticien. La pratique gagne à structurer l’information de manière exploitable et partageable, dans une logique de coordination du suivi. Mais l’outil ne constitue qu’un support : ce qui compte est moins le « comment » que le « pourquoi » de la démarche, c’est-à-dire le sens donné à cette consultation singulière.

La charge globale et la surcharge : l'angle clé chez l'adolescent

Au-delà de la seule charge d’entraînement, l’évaluation doit porter sur la charge totale, qui intègre l’école, la famille, les loisirs et l’environnement de pratique, y compris la logistique des déplacements et le contexte humain. Chez l’adolescent, la situation la plus fréquente n’est pas la charge adéquate au développement athlétique mais la surcharge. Identifier cet excès suppose de quantifier concrètement l’agenda du jeune, comme l’illustre le cas d’un judoka cumulant entraînements quotidiens dans plusieurs villes, trente-trois week-ends de compétition par an, déplacements serrés et perspective d’une filière sport-études encore plus dense.

Mettre ces éléments en perspective relève pleinement du rôle médical : dans « médecin du sport », il y a d’abord « médecin », et la priorité reste l’équilibre du jeune, non la performance à tout prix. Le temps consacré à cette analyse, parfois un quart d’heure de discussion avec un parent, permet de réinterroger une orientation et d’éviter qu’une filière nommée sport-études ne devienne, dans les faits, une surcharge ingérable. C’est précisément dans ces consultations que la médecine préventive prend tout son sens, en dépistant et en éduquant en amont du problème.

Sommeil, alimentation et déficit énergétique relatif dans le sport

Le sommeil constitue le premier levier de récupération, avant tout supplément. La question récurrente des compléments alimentaires appelle une réponse hiérarchisée : dormir d’abord, manger ensuite, puis éventuellement supplémenter. Ouvrir la « boîte de Pandore » des suppléments sans approche alimentaire saine, équilibrée et orientée vers la croissance et l’énergie expose à un déséquilibre, voire à des conduites à risque. L’examen des habitudes alimentaires révèle fréquemment, par exemple chez un adolescent végétarien depuis deux ans s’entraînant quatorze à quinze heures par semaine, des apports tout simplement insuffisants.

Cette conjonction d’un sommeil et d’apports insuffisants définit le RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), déficit énergétique relatif dont un nouveau consensus international souligne l’importance. Le tableau est de plus en plus fréquent chez les jeunes sportifs, possiblement majoré par la pression des réseaux sociaux à atteindre des profils corporels éloignés d’un standard athlétique sain. Le repérer impose d’objectiver le rapport entre dépense et apports énergétiques. Le médecin référent occupe ici une position de première ligne pour évoquer le diagnostic, ouvrir le dialogue sur l’alimentation et orienter avant que les conséquences sur la croissance et la santé ne s’installent.

Ce qui compte, c'est le pourquoi. Chaque consultation est une opportunité d'éducation.

Antidopage, commotion et performance : chaque consultation, un moment d'éducation

L’entrée d’un jeune dans un cadre régional ou national impose d’aborder l’antidopage, souvent méconnu des familles. La plateforme de Swiss Sport Integrity permet de vérifier en consultation le statut d’un médicament : un traitement par méthylphénidate pour un trouble de l’hyperactivité, non autorisé en compétition, illustre l’intérêt d’informer avant tout contrôle. De même, selon le sport, l’éducation sur la commotion cérébrale est incontournable, l’anamnèse révélant parfois une chute récente avec céphalées persistantes passée inaperçue. Chacun de ces points consomme du temps mais relève d’une responsabilité éducative.

La performance, mot que les confrères et les familles citent spontanément, doit être resituée : elle ne consiste pas à maintenir en permanence le compteur dans le rouge mais à trouver un équilibre durable. Le médecin a un rôle de recadrage face à une culture de gain à tout prix, illustrée par les récits héroïsant la compétition malgré la maladie ou la fièvre. À l’inverse, jouer fiévreux expose à un risque cardiaque, leçon rappelée par l’expérience du Covid. La consultation devient ainsi un rendez-vous éducatif renouvelé d’année en année, et lors des blessures, autour de la charge, de la récupération et de la gestion de la douleur.

Safeguarding et travail en réseau : prévenir au-delà de la performance

La fin de consultation ouvre souvent la question la plus difficile, celle du mal-être : difficultés, environnement éprouvant, insultes, abus physiques ou maltraitance. Le safeguarding, c’est-à-dire la protection du jeune sportif, fait partie intégrante des responsabilités du praticien, aussi délicat soit-il à aborder. Au-delà de l’outil antidopage, Swiss Sport Integrity propose une plateforme d’annonce et un avis téléphonique anonyme en cas de problème : la présenter et nommer le sujet font partie de la prise en charge. Poser explicitement ces questions est indispensable, car ce qui n’est pas demandé reste invisible.

Le constat structurel est celui d’un écosystème marqué par un manque de cohérence, d’alignement, de philosophie commune, de collaboration, de science, d’éducation et de ressources. Le médecin référent contribue à combler ces lacunes en travaillant en interdisciplinarité et en réseau, dans une logique de « santé pour la performance ». Chez les plus jeunes, cela passe par la promotion du multisport, de la progression, de l’adaptation et de la périodisation, ainsi que par la formation des entraîneurs. La finalité reste un développement harmonieux, avec moins de blessures, moins de problèmes de santé, pas d’abus, et une performance saine lorsqu’elle peut s’y ajouter.

Type de vidéo

Symposium médico-sportif

Thème de l'évènement

Adolescents: Sport et activité physique des adolescents: une entité à part entière

Intervenants

Partie du corps

Maladies

Année

2024

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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