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Traitement conservateur de l’hallux limitus fonctionnel par étriers calcanéens : approche proprioceptive

  • Dr Amadou Cissé
  • Définition et biomécanique de l’hallux limitus fonctionnel
  • Conflit du long fléchisseur de l’hallux dans le tunnel rétro-thalien
  • Conséquences sur le cycle de marche et surcharge articulaire ascendante
  • Action proprioceptive des étriers calcanéens contre correction mécanique
  • Étude pilote prospective et protocole d’évaluation de la marche
  • Étriers calcanéens comme support sensoriel et proprioceptif
  • Physiothérapie axée sur la posture pendant trois semaines
  • Bilan de marche statique, postural et dynamique sur tapis
  • Confection et réajustement des orthèses par l’ergothérapeute
  • Reconnaître un déroulé du pas pathognomonique avant l’imagerie statique
  • Privilégier une option conservatrice simple, peu coûteuse et sûre en première intention
  • Conditionner le résultat à une excellente compliance du patient au port
  • S’appuyer sur la collaboration des ergothérapeutes pour la confection et le suivi

Brochure d'information médicale

Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.

Dr Amadou Cissé, Congrès Medicol, 2015

L’hallux limitus fonctionnel (HLF) se définit par une impossibilité d’extension de la première articulation métatarsophalangienne au déroulement du pas, une limitation qui s’exprime dans la dynamique de la marche et non nécessairement en décharge. Cette perte de dorsiflexion oblige le sujet à dérouler sur un pied fonctionnellement trop long, ce qui désorganise le cycle de marche et génère une surcharge ascendante de l’avant-pied jusqu’au rachis. Cette présentation rend compte d’une étude pilote prospective conduite avec les ergothérapeutes, évaluant un support plantaire particulier, l’étrier calcanéen, dont l’action n’est pas correctrice mais sensorielle et proprioceptive. L’objectif, pour le médecin référent, est de situer cette option conservatrice simple dans la prise en charge des troubles dynamiques de l’avant-pied et des conséquences mécaniques qui en découlent en amont d’un geste chirurgical.

Définir l'hallux limitus fonctionnel : un trouble dynamique du déroulement du pas

L’hallux limitus fonctionnel se caractérise, à la marche, par une impossibilité d’extension de la première métatarsophalangienne au moment du déroulement du pas. Cette limitation de dorsiflexion s’exprime dans la dynamique de la marche et non nécessairement en décharge, ce qui la distingue d’un hallux limitus structurel fixé. Le sujet est alors contraint de fonctionner avec un pied fonctionnellement trop long, comme s’il portait une palme, situation qui déplace les appuis et désorganise la séquence normale du pas.

Cette anomalie ne reste pas confinée à l’avant-pied. En perturbant la dynamique de marche, elle entraîne une surcharge articulaire en cascade, du pied à la cheville, puis au genou, à la hanche et éventuellement au rachis. Pour le médecin référent, cette chaîne ascendante explique qu’une plainte d’allure proximale, au genou ou à la hanche, puisse trouver son origine réelle dans un trouble fonctionnel du premier rayon, et justifie d’examiner le déroulé du pas avant de conclure.

Ces étriers n'ont pas pour but de corriger, mais de donner une information sensorielle au pied, et cette stimulation va permettre l'alignement postural.

Le conflit du long fléchisseur de l'hallux dans le tunnel rétro-thalien

L’origine du trouble est attribuée à un défaut de coulissement de l’unité musculotendineuse du muscle long fléchisseur de l’hallux (FHL, flexor hallucis longus). Le siège du conflit se situe dans le tunnel rétro-thalien, où le tendon doit s’engager et se trouve bloqué dans sa course par un espace devenu trop étroit. Cette entrave mécanique au glissement tendineux retentit directement sur la mobilité de la première métatarsophalangienne lors de la propulsion.

La distinction de nomenclature mérite d’être rappelée au confrère : le HLF désigne la pathologie, soit le retentissement fonctionnel, tandis que le FHL désigne le tendon en cause. Comprendre que la limitation observée à la marche découle d’un conflit de coulissement, et non d’une simple raideur articulaire isolée, oriente la logique thérapeutique vers une action sur la commande et la perception du mouvement plutôt que vers une correction passive de l’articulation.

Retentissement sur le cycle de marche et lecture de l'empreinte plantaire

Le cycle de marche normal associe une phase d’appui et une phase oscillante. En appui, le pied passe de la supination à la pronation, puis revient de la pronation vers la supination au moment de la propulsion. L’hallux limitus fonctionnel décale et retarde ces transitions entre pronation et supination, ce qui rompt l’harmonie du déroulé et installe un déséquilibre à la marche. Ce déroulé du pas perturbé est présenté comme pathognomonique de l’affection.

L’empreinte podologique objective ce dysfonctionnement par une répartition anormale des charges. On retrouve typiquement des zones de surcharge au talon, sur le bord externe du pied et sur l’hallux, tandis que la première tête métatarsienne ne prend pas appui. Cette cartographie des pressions traduit fidèlement l’esquive de la première métatarsophalangienne et fournit un repère objectif, accessible au référent, pour étayer le diagnostic et suivre l’évolution sous traitement.

Une orthèse proprioceptive : information sensorielle plutôt que correction

L’étrier calcanéen n’est pas un support plantaire classique. Son objectif n’est pas de corriger mécaniquement un axe ou un appui, mais de délivrer une information sensorielle au pied. Cette stimulation vise un alignement postural par voie proprioceptive : elle modifie le tonus à hauteur du pied et favorise une conscientisation, inconsciente, de la position du talon à l’attaque du pas. L’hypothèse de travail est que ces étriers contrecarrent les effets délétères du HLF.

L’origine de la méthode éclaire son rationnel. Il y a plusieurs décennies, Nancy Hylton, thérapeute bobath anglaise, avait développé ces orthèses dynamiques pour des patients porteurs de lourds handicaps neurologiques, notamment des enfants, et observé une meilleure stabilisation debout facilitant les transferts. La technique a été reprise en Suisse dans les années 2000, en particulier en neuropédiatrie, les ergothérapeutes de l’Hôpital orthopédique de Lausanne ayant été pionniers de son emploi chez l’enfant comme chez l’adulte, pour des pathologies variées de l’appareil locomoteur.

Il s'agit d'un véritable reset postural, qui permet aux gens de se rééquilibrer et de se réaligner correctement dans le mouvement.

Étude pilote prospective : population, protocole et bilan de marche

L’étude pilote, prospective et menée conjointement avec les ergothérapeutes, a évalué le port des étriers calcanéens sur trois semaines. Onze patients ont complété le protocole sur treize inclus, deux ayant dû être sortis. La moyenne d’âge était de 52 ans, avec un ratio hommes-femmes équilibré. Au premier jour, le patient était examiné par un orthopédiste et un ergothérapeute, bénéficiait d’un bilan de marche puis de la confection de ses étriers, revus à une semaine pour réajustement, avant une consultation combinée de contrôle à trois semaines.

Le bilan de marche comportait trois modes complémentaires. Le mode statique mesurait l’appui bipodal instantané du patient debout ; le mode postural évaluait l’appui monopodal sur quinze à trente secondes ; le mode dynamique observait la marche sur tapis. Pendant toute la durée du traitement, une physiothérapie axée sur la posture accompagnait le port des orthèses. Cette architecture associant geste orthétique et rééducation posturale est cohérente avec l’objectif proprioceptif revendiqué.

Résultats préliminaires, effet rémanent et place pour le référent

Les résultats préliminaires sont rapportés comme très encourageants. Pour des plaintes touchant le genou, le pied, le talon, le tendon d’Achille ou la hanche, plus de 90 pour cent des patients étaient améliorés, avec une sensibilité jugée particulièrement bonne sur les problèmes de genou. L’analyse des pressions montrait une tendance vers une distribution plantaire plus homogène, tant à l’avant-pied qu’au gros orteil, signe d’un meilleur recrutement du premier rayon.

Un point notable pour la pratique est l’effet rémanent décrit : porté consciencieusement pendant plusieurs semaines, le dispositif laisserait le patient continuer à fonctionner comme s’il le portait encore, au titre d’un véritable reset postural. Le traitement est présenté comme simple, peu coûteux, sûr et à bénéfice rapide, sous réserve d’une excellente compliance. Pour le médecin référent, cela dessine une option conservatrice à connaître pour les troubles dynamiques de l’avant-pied, à mettre en œuvre en collaboration avec les ergothérapeutes, et dont les conclusions définitives restent suspendues à la poursuite de l’étude.

Type de vidéo

Congrès Medicol

Thème de l'évènement

Hallux Valgus: évolution et innovation

Intervenants

Dr Amadou Cissé

Partie du corps

Pied

Maladies

Année

2015

Chirurgie:

Pathologie:

Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel

Thèmatique:

Prévention des blessures

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