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Bilan de marche et analyse podologique dans l’hallux limitus fonctionnel
- Dre Theresa Olden
- Modalités d’acquisition : analyse statique uni et bipodale, analyse dynamique sur tapis
- Cartographie colorimétrique des pressions et centre de pression instantané
- Signes de l’hallux limitus fonctionnel sur l’analyse statique et dynamique
- Cycle de la marche, alternance supination-pronation et effet de treuil du fascia plantaire
- Retentissement ascendant sur le genou : collapsus médial et lésions associées
- Bilan de marche instrumenté comme outil diagnostique non invasif
- Thénolyse du FHL avec section de la poulie rétrotalienne
- Geste combiné thénolyse du FHL et reconstruction du ligament croisé antérieur
- Suivi pré et post-opératoire par analyse podologique comparative
- Penser au bilan de marche devant une douleur du pied, de la cheville, du genou, de la hanche ou du dos
- Lire la cartographie des pressions comme un indicateur de déséquilibre fonctionnel
- Rechercher le délestage de la première tête métatarsienne et la bascule sur le bord externe
- Respecter le synchronisme inter-articulaire dans l’interprétation du déroulé du pas
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dre Theresa Olden, congrès Medicol, 2023
L’analyse podologique instrumentée et le bilan de marche complètent utilement la démarche diagnostique en pathologie du pied, en objectivant des perturbations biomécaniques que l’examen statique seul ne révèle pas. Dans l’hallux limitus fonctionnel, l’entrave du tendon long fléchisseur de l’hallux (FHL) dans sa poulie rétrotalienne désorganise le déroulé du pas et altère la répartition des pressions plantaires. Cette mise au point destinée au médecin référent décrit les modalités d’acquisition statique et dynamique, les signes caractéristiques de cette pathologie sur la cartographie des pressions, puis les modifications observées après thénolyse du FHL. L’enjeu est de fournir au confrère des repères pour intégrer cet outil non invasif au bilan d’une douleur du pied, de la cheville, du genou, de la hanche ou du dos, et pour en suivre l’évolution après geste chirurgical.
Principe et modalités de l'acquisition
Le bilan de marche repose sur une plateforme de mesure des pressions plantaires qui restitue la surface d’appui, la distribution des pressions exprimée en pourcentage de la zone d’appui totale, ainsi que la position du centre de pression instantané et sa progression. Les données sont traduites par une échelle colorimétrique où le rouge signe une pression augmentée et le bleu clair une quasi-absence de charge, ce qui rend immédiatement lisibles les zones de surcharge et de délestage. Les régions analysées sont principalement l’hallux, les têtes métatarsiennes de la première à la cinquième et le talon.
L’acquisition statique se réalise en appui unipodal ou bipodal et renseigne sur la répartition des charges à l’arrêt et sur la dispersion du centre d’équilibre. L’acquisition dynamique, effectuée sur tapis, permet d’enregistrer deux à trois pas successifs, voire des allers-retours, afin d’obtenir une représentation plus fidèle du cycle de la marche. La progression du centre des charges y apparaît sous forme d’une ligne, et des paramètres complémentaires tels que la distance entre les pas peuvent être extraits. La confrontation des deux modes, statique et dynamique, donne sa valeur diagnostique à l’examen.
Signature de l'hallux limitus fonctionnel à l'examen statique
En présence d’un hallux limitus fonctionnel, l’entrave du tendon long fléchisseur de l’hallux (FHL) dans sa poulie rétrotalienne se traduit sur l’analyse statique unipodale par un ensemble de signes convergents. On observe d’abord un déplacement du poids vers l’arrière, marqué par un renforcement du rouge au niveau du talon, puis une bascule sur le bord externe du pied, traduite par des teintes plus foncées sur ce versant. Le centre d’équilibre se disperse largement, témoin d’un déséquilibre de la répartition des appuis.
Le signe le plus évocateur reste le délestage de la première tête métatarsienne, compensé par une charge augmentée sous la pulpe de l’hallux. Cette redistribution traduit l’impossibilité pour le premier rayon d’assumer sa fonction d’appui en raison de l’entrave tendineuse. La reconnaissance de cette signature pressionnelle, simple à objectiver, oriente le diagnostic fonctionnel avant même tout geste, et fournit un état de référence pour apprécier ultérieurement l’effet d’une libération tendineuse.
Cycle de la marche et mécanique de la supination-pronation
Le cycle de la marche associe une phase d’appui et une phase oscillante. La phase d’appui débute par l’attaque du talon, les deux pieds au sol, se poursuit par un appui unipodal jusqu’au décollement de l’arrière-pied, puis par la propulsion au niveau de l’avant-pied. La phase oscillante décrit ensuite le déplacement du pied en l’air jusqu’à une nouvelle attaque du talon. Au cours de ce cycle s’enchaînent physiologiquement la supination et la pronation : l’attaque du talon se fait en position neutre, suivie d’un déroulé en supination sur le bord externe, puis d’une pronation autorisant la propulsion et d’un bref retour en supination terminale.
Dans l’hallux limitus fonctionnel, cette séquence est désorganisée. L’attaque du talon se fait en supination, avec une tension élevée du bord interne qui ne parvient pas à charger le sol, d’où un déroulé en supination exagéré. Le passage en pronation devient alors brusque au niveau de l’avant-pied, et le bref moment de supination terminale est manqué. La ligne de progression du centre des charges se déporte sur le bord externe, avec une transition abrupte en fin de phase d’appui et un délestage persistant de la première tête métatarsienne.
Effet de treuil du fascia plantaire et rôle du FHL
Le bref moment de supination observé en fin de phase d’appui correspond à un mécanisme étudié dès 1954. La dorsiflexion de l’hallux met en tension le fascia plantaire, et le tendon du FHL participe à cet effet de treuil qui enroule l’aponévrose plantaire et autorise la supination terminale en fin de phase d’appui. Cette mise en tension permet un appui propulsif plus efficace au moment du décollement de l’avant-pied.
Lorsque le FHL est entravé dans sa poulie rétrotalienne, l’effet de treuil est mis en échec. Il en résulte une pronation exagérée et prolongée qui favorise l’affaissement du pied et désorganise la répartition des forces tout au long du déroulé. Cette désorganisation explique le caractère fonctionnel de la pathologie : la limitation n’est pas d’abord structurale mais liée à la défaillance du mécanisme de mise en tension de l’aponévrose plantaire, ce que le bilan dynamique rend visible.
Apport de la thénolyse du FHL au bilan post-opératoire
La thénolyse du FHL consiste à libérer le tendon en sectionnant la poulie qui l’entrave. Sur l’analyse statique réalisée après le geste, la répartition des charges devient nettement plus homogène, le centre d’équilibre se recentre vers le milieu du pied et la dispersion des appuis se réduit. On note surtout une remise en charge de la première tête métatarsienne, signe que le premier rayon a retrouvé sa participation à l’appui.
Sur l’analyse dynamique, la ligne de progression du centre des charges se rapproche du tracé physiologique en forme de S, avec une transition douce vers la pronation au niveau de l’avant-pied et une pression de nouveau présente sous la première tête métatarsienne. L’examen comparatif pré et post-opératoire objective ainsi l’effet de la libération tendineuse et fait du bilan de marche un outil de suivi autant que de diagnostic, capable de documenter la restauration du déroulé du pas.
Retentissement ascendant et place dans la démarche du référent
L’intérêt du bilan de marche dépasse l’analyse du pied isolé, car l’entrave du FHL retentit sur l’ensemble de la chaîne ascendante. Elle entraîne le genou dans un collapsus médial qui favorise les déchirures du ligament croisé antérieur (LCA), le syndrome rotulien ou encore le syndrome de l’essuie-glace de la bandelette ilio-tibiale. La pronation exagérée et prolongée accentue l’affaissement du pied, tandis que la désynchronisation du déroulé perturbe l’équilibre global et la répartition des forces, en méconnaissant le synchronisme inter-articulaire.
Sur le plan des indications, l’association d’une thénolyse du FHL à une reconstruction du LCA a fait l’objet d’une étude évaluant le résultat fonctionnel objectif et subjectif, avec analyse du bilan de marche avant et après l’intervention et auto-questionnaire patient ; les résultats rapportés font état de plus de quatre-vingts pour cent de retour aux activités sportives antérieures à la lésion. Pour le médecin référent, le message pratique est d’intégrer cet examen non invasif, peu coûteux et rapide au bilan d’une douleur du pied, mais aussi de la cheville, du genou, de la hanche ou du dos, en raison de ce retentissement à distance.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Hallux Limitus Fonctionnel: un nouveau paradigme
Intervenants
Dre Theresa Olden
Partie du corps
Pied
Maladies
Année
2023
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
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