- Accueil
- Avancées en chirurgie
Apport des nouvelles technologies en chirurgie du rachis : ce qui change réellement la prise en charge
- Dr Pietro Laudato
- Évolution des techniques de décompression rachidienne et abords mini-invasifs
- Vissage pédiculaire : historique, modalités et risques de malposition
- Navigation 3D et assistance robotisée pour la mise en place des vis
- Cages intersomatiques et évolution des matériaux d’implant
- Réalité virtuelle et réalité augmentée au bloc opératoire
- Décompression rachidienne par abord tubulaire unilatéral
- Vissage pédiculaire percutané, navigué ou robot-assisté
- Arthrodèse intersomatique par voie transforaminale (cage)
- Cages en titane poreux imprimées en 3D
- L’efficacité clinique de la décompression reste stable depuis des décennies ; ce sont la morbidité et la durée d’hospitalisation qui ont diminué
- La navigation 3D n’améliore pas statistiquement la précision du vissage mais réduit l’irradiation de l’équipe et facilite l’enseignement
- Le titane poreux imprimé en 3D favorise la consolidation osseuse mieux que le PEEK (polyétheréthercétone)
- La robotique et la réalité augmentée restent à ce jour des outils d’appoint sans bénéfice clinique démontré
Brochure d'information médicale
Découvrez notre brochure d’information à destination des patients.
Dr Pietro Laudato, congrès Medicol, 2025
La chirurgie du rachis intègre en permanence les innovations issues des industries aérospatiale et informatique, des matériaux d’implants jusqu’aux systèmes de guidage peropératoire. Cette mise au point destinée au médecin référent fait le point sur deux gestes emblématiques, la décompression et le vissage pédiculaire, et sur ce que la navigation 3D, l’assistance robotisée et les nouvelles cages intersomatiques apportent concrètement. Le message central est nuancé : l’efficacité clinique à moyen terme n’a pas fondamentalement progressé, mais la morbidité périopératoire et la sécurité du geste se sont améliorées. Replacer ces technologies à leur juste place permet au confrère de mieux informer le patient sur le bénéfice réel attendu et sur ce qui relève encore du domaine expérimental.
Une logique d'importation technologique au service de la réduction des complications
La salle d’opération de chirurgie rachidienne est saturée de technologie, et chaque innovation issue de l’industrie civile, aérospatiale ou informatique tend à être transposée à la pratique chirurgicale. Les cages intersomatiques actuelles dérivent ainsi de matériaux développés dans l’aérospatiale dès les années 1960 à 1970, tandis que l’informatique soutient la conception de nouveaux matériaux, l’exploitation de bases de données et la planification des protocoles préopératoires et postopératoires. Cette dynamique d’emprunt structure l’évolution récente de la discipline davantage que des ruptures proprement chirurgicales.
L’objectif assumé de cette intégration technologique n’est pas d’augmenter l’efficacité du geste mais d’en réduire la morbidité : diminution des pertes sanguines, du traumatisme musculaire, du taux d’infection, mobilisation plus précoce du patient sous une meilleure antalgie, et lorsque c’est possible réduction de la durée opératoire. La maîtrise des coûts est un objectif paradoxal, puisque l’apport de technologie tend d’abord à les augmenter avant d’espérer les réduire à terme. Pour le médecin référent, cette grille de lecture est utile : le bénéfice à mettre en avant auprès du patient porte sur la récupération périopératoire, non sur un meilleur résultat fonctionnel à distance.
Décompression rachidienne : une efficacité stable, une morbidité en baisse
La décompression rachidienne, dont les premières descriptions remontent à 1929, a connu son évolution la plus marquante en 1967 avec l’introduction du microscope opératoire, qui a permis de réduire considérablement l’abord. Les techniques de crossover unilatéral, puis l’abord tubulaire permettant de décomprimer les deux côtés du canal par un seul accès, et enfin l’endoscopie, ont progressivement remplacé l’abord médian délabrant qui sacrifiait l’épineuse, les lames et la musculature paravertébrale. Le geste vise à libérer les radicelles comprimées, notamment par le ligament jaune, et le choix de la technique se fait aujourd’hui selon le profil du patient.
Le constat clinique est sans ambiguïté : l’efficacité de la décompression, évaluée entre trois mois et deux ans, est restée la même depuis près d’un siècle. Ce qui a changé, ce sont la diminution des pertes sanguines, des durées d’hospitalisation et des complications. La question de l’instabilité secondaire reste discutée, les données suggérant que la déstabilisation est limitée quelle que soit la technique employée. Ce message mérite d’être relayé au patient comme au référent : l’innovation a allégé les suites opératoires sans transformer le résultat fonctionnel attendu.
Vis pédiculaires : du fixateur interne au risque de malposition
Le vissage pédiculaire, décrit dès les années 1960 sur des luxations du rachis, s’est imposé après l’inspiration des fixateurs externes puis la conception du fixateur interne. L’innovation déterminante, au milieu des années 1980, fut la tête de vis recevant la barre, qui a grandement facilité l’instrumentation. Les évolutions ultérieures sont restées incrémentales : têtes polyaxiales autorisant plusieurs directions, filetage optimisé pour la tenue pédiculaire, vis fenêtrées permettant une cimentoplastie qui améliore l’ancrage dans l’os ostéoporotique, et passage à la voie percutanée sur broches avec extenseurs travaillant à distance du foyer.
Le risque principal demeure la malposition de la vis, dont les conséquences varient selon la direction de l’erreur : une sortie latérale expose au poumon et aux gros vaisseaux, une trajectoire trop basse à l’embrochage de la racine sortante, une effraction médiale à des lésions médullaires ou radiculaires, une effraction antérieure aux gros vaisseaux prévertébraux. C’est précisément sur ce risque que se concentre l’apport technologique, à travers les aides à l’implantation. Le médecin référent doit garder à l’esprit que la sécurité du geste, et non la précision théorique, est l’enjeu réel de ces dispositifs.
Navigation 3D et robotique : précision équivalente, irradiation réduite
Plusieurs niveaux d’aide coexistent : amplificateur de brillance peropératoire de face et de profil, navigation 2D et 3D, et assistance robotisée. Une étude conduite au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) sur 84 patients et 557 vis, comparant guidage robotique et neuronavigation, n’a montré aucune différence statistiquement significative dans la classification de la position des vis, le taux de vis malposées avoisinant 6 % quelle que soit la technique, y compris en technique standard sous amplificateur bilatéral. Autrement dit, la navigation n’améliore pas significativement la précision intrinsèque du vissage.
Son intérêt est ailleurs, et il est réel. La navigation 3D réduit l’irradiation de l’équipe opératoire, le patient étant le seul irradié lors de l’acquisition du scanner peropératoire, et elle dispense du port du tablier plombé pendant l’intervention. Elle facilite l’enseignement en rendant le geste lisible à l’écran, et permet un contrôle peropératoire immédiat de la position des vis. La robotique, en revanche, reproduit le travail de positionnement de l’opérateur sans bénéfice additionnel démontré, pour un coût élevé : son adoption généralisée pour le vissage paraît à ce jour relever davantage d’un « effet de mode » que d’un gain clinique.
Cages intersomatiques : la révolution est dans le matériau
L’arthrodèse intersomatique par voie transforaminale impose le passage par le foramen après résection de la facette, pour positionner une cage assurant un appui antérieur, restaurer la lordose et le parallélisme, rouvrir le foramen et provoquer la fusion. Les cages ont évolué des simples logettes métalliques contenant de l’os vers les cages droites posées de biais, puis les cages courbes dites « bananes » des années 2000 offrant un appui antérieur plus large et limitant le risque de subsidence, et enfin les cages expansibles, dont les études signalent toutefois des collapsus et des fractures de plateaux vertébraux en cas d’impaction excessive.
L’évolution la plus significative concerne le matériau. Le PEEK (polyétheréthercétone), appliqué à la chirurgie du rachis dans les années 1990, présente une élasticité proche de celle de l’os mais un effet inhibiteur sur l’ostéogenèse au contact. Le titane stimule l’ostéoblaste mais, trop rigide, expose à la subsidence. Les cages composites en PEEK recouvert de titane ont souffert de délaminations à l’impaction. Le titane poreux imprimé en 3D réconcilie ces exigences en reproduisant une porosité et une densité proches de l’os : plusieurs études récentes confirment qu’un implant poreux favorise une meilleure consolidation osseuse, le titane semblant supérieur au PEEK sur ce point. La multiplication des dénominations commerciales ne doit pas masquer ce principe simple : la porosité permet la repousse osseuse à travers l’implant.
Réalité virtuelle et réalité augmentée : des outils encore au stade du potentiel
La réalité virtuelle trouve des applications en préopératoire pour l’anxiolyse du patient, et surtout dans la formation des chirurgiens et des équipes de bloc, y compris à distance, avec une première suisse réalisée en 2024. Elle permet de s’entraîner à une procédure dans une salle d’opération simulée, sans risque pour le patient, et d’homogénéiser la préparation de l’équipe instrumentiste. L’expérience pratique reste cependant limitée : l’apprentissage réel d’une procédure complète par ce seul moyen n’est pas encore acquis.
La réalité augmentée superpose, via des lunettes dédiées, des informations de navigation à la vision directe du champ opératoire, sur le modèle des viseurs aéronautiques. Couplée à la navigation, elle affiche les vertèbres, la trajectoire et la position des vis, et autorise une interaction gestuelle avec la planification, sans contact manuel pour préserver l’asepsie. Ces dispositifs font l’objet de premières suisses et restent, de l’avis même de l’opérateur, des outils d’appoint. Comme toute innovation, ils ont d’abord valeur de gadget avant de prouver éventuellement leur utilité, et leur développement dépend des centres disposant des moyens de les évaluer.
Type de vidéo
Congrès Medicol
Thème de l'évènement
Nouvelles technologies - étude du mouvement - problèmes de dos
Intervenants
Dr Pietro Laudato
Partie du corps
Dos
Maladies
Année
2025
Chirurgie:
Pathologie:
Tendinites; Douleurs chroniques; Troubles liés au matériel
Thèmatique:
Prévention des blessures
Besoin d'un avis médical?
Les médecins du Centre Orthopédique d'Ouchy sont à votre disposition
1006 Lausanne
+41 21 510 33 48
En savoir plus en vidéos
Playlist
0:16
En savoir plus en vidéos
Playlist
0:16
Vous pourriez aimer aussi
Cette vidéo explique à quoi sert un robot au bloc opératoire lors d’une chirurgie du genou. Le robot ne remplace pas le chirurgien : il aide à…
English